Ouganda : Les autorités prennent pour cible les défenseur⸱ses des droits humains et annoncent la coupure d'Internet avant les élections
Front Line Defenders est vivement préoccupée par les attaques visant les défenseur⸱ses des droits humains dans le contexte des prochaines élections en Ouganda, prévues le 15 janvier 2026, et par les restrictions supplémentaires imposées à l'espace civique. L'organisation condamne la suspension de plusieurs ONG de premier plan, notamment le Center for Constitutional Governance, The National Coalition of Human Rights Defenders in Uganda et Chapter Four Uganda, ainsi que l’acharnement judiciaire et la détention arbitraire de la défenseuse des droits humains et avocate Dr Sarah Bireete.
Dr Sarah Bireete est défenseuse des droits humains, avocate et présidente de l’East African Civil Society Organisations’ Forum. Son vaste travail dans le domaine des droits humains se concentre sur les questions de la gouvernance, la promotion du constitutionnalisme, les droits électoraux et l'espace civique en Ouganda. Le Dr Sarah Bireete est également associée fondatrice et directrice exécutive du Center for Constitutional Governance (CCG), un organisme ougandais de surveillance constitutionnelle qui vise à faire respecter l'état de droit et à promouvoir les droits fondamentaux dans toute l'Afrique de l'Est. La National Coalition of Human Rights Defenders in Uganda est une organisation à but non lucratif qui mobilise les défenseur⸱ses des droits humains qui œuvrent collectivement pour la coordination de leur protection et de leur sécurité, et pour la promotion de leur action en faveur des droits humains à travers le pays. Chapter Four Uganda est une ONG qui utilise son expertise juridique pour défendre et promouvoir la protection des libertés civiles et des droits fondamentaux, tout en cherchant à traduire en justice les responsables de violations des droits humains. Ces organisations ont reçu une lettre leur annonçant leur suspension. Front Line Defenders a reçu des informations crédibles selon lesquelles jusqu'à sept autres organisations de défense des droits humains auraient également reçu des lettres de suspension, mais nous n’avons pas été en mesure de vérifier ces informations de manière indépendante au moment de la rédaction de la présente déclaration.
Le 9 janvier 2026, l’Uganda National NGO Bureau, sous l'autorité du ministère de l'Intérieur, a ordonné la suspension de plusieurs ONG, dont le Center for Constitutional Governance, la National Coalition Human Rights Defenders in Uganda et Chapter Four Uganda. Les organisations ont reçu des lettres au libellé identique le 9 janvier 2026, leur ordonnant de cesser toutes leurs activités avec effet immédiat en vertu de l'article 42(d) de la loi sur les ONG (NGO Act Cap 109) telle que modifiée. Le Bureau national affirme que cette lettre a été envoyée suite à la réception d'informations provenant des services de renseignement et prétend que les ONG seraient impliquées dans des activités contraires aux lois ougandaises qui mettraient en danger la sécurité nationale. Le Bureau a en outre demandé à l'inspecteur général de la police de veiller à ce que les ordres de suspension soient respectés jusqu'à la fin de l'enquête.
Le 30 décembre 2025, la défenseuse des droits humains Sarah Bireete, a été arrêtée à son domicile à Kampala sans motif ni mandat, puis emmenée au poste de police de Nateete, où elle a été détenue pendant quatre jours, ce qui viole la limite de 48 heures garantie par la Constitution. Le 2 janvier 2026, la défenseuse des droits humains a comparu devant le tribunal de Buganda Road, où elle a été accusée d'« obtention ou divulgation illégale de données personnelles ». Cela semble être lié à une déclaration publique qu'elle a faite, dans laquelle elle discutait d'informations relatives au registre national des électeurs, un documentaccessible au public. La Cour a décidé de reporter l'audience relative à la demande de mise en liberté sous caution au 21 janvier 2026, prolongeant ainsi de 20 jours sa détention dans la section pour femme de la prison de Luzira Upper afin de « laisser le temps à l'accusation de répondre », ce qui constitue une nouvelle violation de ses droits constitutionnels.
Dans ce contexte de violations persistantes, la Commission ougandaise des communications a ordonné une coupure nationale d'Internet qui prendra effet le 13 janvier 2026 à 18 h 00, heure locale, et restera en vigueur jusqu'à ce qu'un avis de rétablissement soit publié. Cette coupure empêchera l'accès aux informations sur, entre autres, les plateformes de réseaux sociaux, la navigation sur Internet, les services de messagerie électronique personnels et les applications de messagerie.
Cette série d'événements se déroule dans le contexte des prochaines élections générales qui auront lieu en Ouganda le 15 janvier 2026. Les défenseur⸱ses des droits humains et les organisations semblent être pris pour cible par les autorités dans le but de mettre un terme à leurs activités légitimes en faveur des droits humains, qui visent à promouvoir les libertés démocratiques et les garanties constitutionnelles.
La suspension des ONG, la détention prolongée du Dr Sarah Bireete et la coupure d'internet visent à restreindre l'espace civique, à réduire au silence les dissidents et à entraver la liberté d'expression et de réunion à un moment crucial de la vie politique du pays. En restreignant l'espace civique par le biais d’actions contre les défenseur⸱ses des droits humains et le black-out de l'information, les autorités sapent la transparence, le contrôle social et la participation publique qui constituent l'environnement propice à une gouvernance responsable et au développement durable en Ouganda.
Front Line Defenders exhorte les autorités ougandaises à cesser de prendre pour cible les défenseur⸱ses des droits humains et leur ingérence dans leurs activités légitimes en faveur des droits humains, qui sont essentielles pour promouvoir les garanties constitutionnelles et les droits fondamentaux. L'organisation appelle les autorités à lever la suspension des ONG de premier plan en Ouganda, notamment le Center for Constitutional Governance, la National Coalition of Human Rights Defenders in Uganda et Chapter Four Uganda. Elle demande également la libération immédiate du Dr Sarah Bireete et exhorte les autorités à abandonner les poursuites engagées contre elle, car elles bafouent ses droits constitutionnels et fondamentaux.


