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7 Janvier 2019

Analyse globale 2018

Analyse globale 2018 détaille les agressions physiques, les campagnes de diffamation, les menaces contre la sécurité numérique, l'acharnement judiciaire et les attaques basées sur le genre, perpétrées contre les DDH et les défenseuses des droits humains (FDDH). Décembre 2018 a marqué le 20e anniversaire de la déclaration sur les défenseurs des droits humains et le 70e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'Homme ; pourtant, les DDH à travers le monde continuent de faire face à des menaces meurtrières de la part d'acteurs étatiques, non étatiques et liés au monde des affaires, dans leurs luttes pacifiques en faveur des droits.

Télécharger Global Analysis 2018 (en anglais)*

En 2018, 321 défenseur-ses dans 27 pays ont été pris pour cible et tués à cause de leur travail, le nombre le plus élevé jamais enregistré selon les données collectées par Front Line Defenders. Plus des trois-quarts, 77 % du nombre total d'activistes assassinés, défendaient le droit à la terre, l'environnement et les droits des populations autochtones, souvent dans le contexte de l'opposition à des projets miniers ou des méga-projets soutenus par l'État.

Front Line Defenders indique que les assassinats de DDH ne sont pas des actes isolés, mais qu'ils étaient précédés d'acharnement judiciaire, de menaces et d'agressions physiques. Au moins 49% des personnes tuées avaient déjà reçu des menaces particulières, et dans 43% des cas, des menaces avaient été proférées en général contre les DDH de la région. Dans la grande majorité des cas, les DDH n'avaient pas reçu la protection ou le soutien nécessaire entre le moment où ils avaient signalé les menaces et leur assassinat.

Les normes relatives aux droits humains sont remises en question partout dans le monde. Il est plus important que jamais que les gouvernements qui attachent de la valeur aux droits humains accordent un soutien affirmé, pratique et financier au travail de ces militants pacifiques qui luttent contre une vague de xénophobie, de racisme, d'homophobie, de misogynie et de dégâts environnementaux.
- Ed O'Donovan, responsable de la protection

Selon l'Analyse globale 2018 de Front Line Defenders, outre les menaces également subies par leurs collègues masculins, les FDDH font face à des attaques sexistes et à caractère sexuel de la part d'acteurs étatiques ou non étatiques, mais aussi au sein même de leur mouvement en faveur des droits humains. Ces violations incluent notamment leur éviction de positions publiques ou élevées dans les ONG, les syndicats et les organisations politiques ; des campagnes de diffamation remettant en question leur engagement auprès de leur famille ; des agressions sexuelles et des viols ; une violence militarisée ; et des actes de harcèlement et à l'encontre de leurs enfants. En Arabie Saoudite, les autorités ont arrêté, agressé sexuellement et torturé des DDH qui avaient mené avec succès la campagne pour la levée de l'interdiction de conduire en 2018. Malgré ces attaques et les menaces permanentes visant à les réduire au silence, les FDDH saoudiennes, ainsi que les membres de leur famille, ont publiquement dénoncé et condamné ces attaques et reçoivent ne visibilité nationale, régionale et internationale sans précédent grâce à leur activisme.

Outre les agressions physiques et les cas de torture, l'Analyse globale 2018 de Front Line Defenders met en lumière la tendance continue vers l'adoption de lois restrictives visant à étouffer le travail efficace des DDH et des FDDH, notamment par le biais de :

  • Une loi sur la sécurité numérique au Bangladesh qui prévoit une peine de 14 ans de prison pour l'utilisation des réseaux sociaux "dans le but de porter préjudice à l'État" ;
  • Une loi rétroactive dans la province de Xinjiang en Chine, qui légalise l'utilisation des "camps de rééducation" pour la minorité Ouïghoure, dont les DDH ;
  • Une loi contre le terrorisme au Nicaragua qui élargit la définition du terrorisme pour y inclure les personnes accusées de dégradation de biens ; cela a conduit à l'arrestation de douzaines de manifestants qui sont désormais accusés de terrorisme et risquent 20 ans de prison.

En 2018, l'équipe de protection numérique de Front Line Defenders a répondu à un grand nombre de signalements au Brésil, en Égypte, au Guatemala, au Honduras, en Irak, au Mexique, au Nicaragua et au Venezuela. Selon l'Analyse globale, les autorités dans le monde entier utilisent fréquemment la surveillance des téléphones et des e-mails pour cibler les défenseur-ses des droits LGBTI+, les FDDH et les défenseurs de l'environnement en particulier. Ce rapport constate qu'en Tanzanie, au Pakistan, en Russie, en Malaisie, au Nicaragua, en Turquie et dans de nombreux pays du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord, les gouvernements affirment que les DDH menacent la "sécurité nationale", un prétexte pour censurer et bloquer les sites web des ONG.

Malgré les risques graves encourus par les DDH et souvent au péril de leur vie, l'Analyse globale 2018 met en lumière plusieurs réussites importantes pour les DDH et les FDDH en 2018, notamment :

Le rôle essentiel joué par les DDH pour garantir l'Accord d'Escazu, désormais signé par 24 pays d'Amérique Latine et des Caraïbes, et qui préconise une approche participative pour les projets environnementaux et l'atténuation des conflits ;

Le vote historique pour les droits reproductifs en Irlande, obtenu grâce aux campagnes intensives, pendant des décennies, des FDDH irlandaises malgré les campagnes de diffamation et menaces ;

La Coalition des femmes leaders pour l'environnement et le développement durable en République Démocratique du Congo (RDC), qui a milité avec succès pour un décret dans la province d'Équateur protégeant le droit des femmes à jouir de la terre et de la forêt.

En réponse aux attaques contre les DDH en 2018, Front Line Defenders travaille avec les DDH pour promouvoir leur sécurité grâce à plusieurs programmes de protection. En plus des formations sur la gestion des risques et la protection numérique, du plaidoyer national, international et au niveau de l'UE, ainsi que la relocalisation d'urgence, Front Line Defenders a accordé près de 550 subventions de protection à des militants en danger en 2018. Front Line Defenders travaille aussi avec des DDH pour concevoir des campagnes de visibilité afin de contrecarrer les campagnes de diffamation et de calomnie qui les met en danger.

*Traduction bientôt disponible en français