Pérou : Criminalisation continue du défenseur des droits humains Asháninka, Fabián Antúnez
Le 30 janvier 2026, un mandat d'arrêt contre le défenseur des droits humains Asháninka, Fabián Antúnez, a été confirmé suite à un appel interjeté par ses avocats. La procédure judiciaire engagée contre le défenseur est une mesure de représailles contre les manifestations organisées par le peuple Asháninka à Puerto Ocopa en 2023 pour réclamer justice pour le meurtre du défenseur des droits humains Santiago Contoricón. Dans le contexte des manifestations, quatre personnes ont disparu et leur disparition a servi de prétexte pour engager des poursuites pénales infondées contre les leaders Asháninka, dont Fabián Antúnez.
Fabián Antúnez est un défenseur des droits humains et un leader autochtone Asháninka originaire du district de Río Tambo, dans la région de Junín, en Amazonie péruvienne. Il est un survivant du conflit armé interne, marqué par de graves violations des droits humains commises à l'encontre des membres de sa famille. Il est l'ancien président de l'organisation autochtone Central Ashaninka del Río Tambo (CART), qui regroupe plus de 50 communautés autochtones. Son travail en faveur des droits humains se concentre sur la protection du territoire autochtone en menant des actions contre l'exploitation forestière illégale, la déforestation et la culture illégale de feuilles de coca liée au trafic de drogue. Il dénonce publiquement ces activités et encourage les actions communautaires visant à protéger la vie, la sécurité et les droits des communautés de Río Tambo. En 2016, il a fondé la coopérative Kemito Sankori, qui promeut la culture durable du cacao et l'artisanat afin d'améliorer la stabilité économique des communautés autochtones et de contribuer à un environnement communautaire digne.
Le 30 janvier 2026, un mandat d'arrêt contre le défenseur des droits humains Asháninka, Fabián Antúnez, a été confirmé suite à un appel interjeté par ses avocats. La procédure judiciaire engagée contre le défenseur est une mesure de représailles contre les manifestations organisées par le peuple Asháninka à Puerto Ocopa en 2023 pour réclamer justice pour le meurtre du défenseur des droits humains Santiago Contoricón. Dans le contexte des manifestations, quatre personnes ont disparu et leur disparition a servi de prétexte pour engager des poursuites pénales infondées contre les leaders Asháninka, dont Fabián Antúnez.
Fabián Antúnez est un défenseur des droits humains et un leader autochtone Asháninka originaire du district de Río Tambo, dans la région de Junín, en Amazonie péruvienne. Il est un survivant du conflit armé interne, marqué par de graves violations des droits humains commises à l'encontre des membres de sa famille. Il est l'ancien président de l'organisation autochtone Central Ashaninka del Río Tambo (CART), qui regroupe plus de 50 communautés autochtones. Son travail en faveur des droits humains se concentre sur la protection du territoire autochtone en menant des actions contre l'exploitation forestière illégale, la déforestation et la culture illégale de feuilles de coca liée au trafic de drogue. Il dénonce publiquement ces activités et encourage les actions communautaires visant à protéger la vie, la sécurité et les droits des communautés de Río Tambo. En 2016, il a fondé la coopérative Kemito Sankori, qui promeut la culture durable du cacao et l'artisanat afin d'améliorer la stabilité économique des communautés autochtones et de contribuer à un environnement communautaire digne.
L'enquête contre le défenseur des droits humains Fabián Antúnez a débuté à la suite d'une plainte légitime déposée par les familles des personnes disparues lors des manifestations de 2023. Malgré l'absence de preuves convaincantes concernant l'identité des auteurs, le premier parquet pénal provincial de Satipo, dans le département de Junín, a accusé les leaders autochtones Asháninka d'avoir enlevé les quatre personnes disparues et, en septembre 2023, a engagé des poursuites judiciaires contre trois défenseurs des droits humains et leaders Asháninka : Fabián Antúnez, qui était alors président de Central Asháninka del Río Tambo (CART), Fredi Gavilán, président de la Federación Asháninka del Río Ene (FARE), et Ángel Pedro Valerio, président de la Central Asháninka del Río Ene (CARE).
En août 2024, après onze mois d'enquête, le tribunal de première instance de Satipo a exclu le leader Asháninka Ángel Pedro Valerio de la procédure. La Cour a reconnu l'absence de preuves et a abandonné les poursuites contre lui. Au cours des mois précédents, des organisations nationales et internationales de défense des droits humains avaient fait part de leurs inquiétudes, soulignant une série vices de procédure dans le processus judiciaire et dans l'implication présumée d'Ángel Pedro dans les disparitions. À ce jour, les poursuites contre Fabián Antúnez et Fredi Gavilán n’ont toujours pas été abandonnées, bien qu’il y ait les mêmes irrégularités dans les prétendues preuves reliant les deux leaders autochtones aux disparitions.
Le droit de Fabián Antúnez à bénéficier d’un procès équitable aurait été violé par plusieurs vices de procédure et les accusations portées contre lui reposent sur des témoignages contradictoires. Les preuves présentées par le parquet et les témoignages des témoins de référence contredisent les enquêtes et les preuves recueillies par la Direction des enquêtes criminelles (Dirincri), et les témoins associent Fabián Antúnez aux disparitions uniquement à cause de son rôle en tant que président du CART en 2023 et de sa participation à la manifestation pacifique. Les témoignages ne mentionnent pas son nom, mais font référence à un surnom qu’il n’utilise jamais. De plus, un témoignage clé d'une religieuse franciscaine du couvent où des autochtones de différentes communautés asháninka séjournaient durant la manifestation n'a pas été pleinement pris en compte lors de l'enquête et des audiences devant la chambre d'appel pénale de Satipo. Son témoignage confirme que Fabián Antúnez a passé la nuit au couvent et n'aurait pas pu quitter les lieux, car l'entrée est strictement contrôlée par les religieuses. Quoi qu'il en soit, le parquet a poursuivi l'affaire et un mandat d'arrêt a été délivré à son encontre.
Depuis 2023, la criminalisation de Fabián Antúnez, et en particulier le mandat d'arrêt, entraîne des risques pour sa vie et son intégrité physique et émotionnelle, causés entre autres par son isolement prolongé. C'est pourquoi, en janvier 2026, Fabián Antúnez et son équipe juridique ont cherché à faire annuler ce mandat et à promouvoir la transparence de l'enquête en interjetant appel devant la chambre d'appel pénale de Satipo. Cependant, le 30 janvier 2026, les juges de la Chambre ont décidé de maintenir le mandat d'arrêt contre le défenseur des droits humains, ce qui a entraîné le maintien de son isolement. Quoi qu'il en soit, Fabián Antúnez et son équipe juridique poursuivent leurs efforts pour faire annuler la décision de la Chambre et prouver son innocence.
La criminalisation des leaders autochtones s'inscrit dans un contexte plus large de risques pour les défenseur⸱ses des droits humains autochtones au Pérou. Le pays enregistre l'un des plus grands nombres d'assassinats de leaders autochtones de la région. En particulier, le peuple Asháninka est actuellement confronté à de graves risques liés à l'expansion du trafic de drogue, de l'élevage bovin, de l'exploitation forestière illégale et des cultures illicites sur son territoire, ainsi qu'à d'autres conflits territoriaux. L'État, les entreprises et les acteurs du crime organisé sont tout autant impliqués dans l'appropriation des terres autochtones, ce qui expose les leaders autochtones et leurs communautés à des menaces et à des violations de leur sécurité, de leur territoire et de leurs droits collectifs. Le peuple Asháninka est donc victime d'une violence croissante lorsqu'il tente de mettre fin à ces activités, de renforcer la souveraineté autochtone sur ses territoires et de protéger et promouvoir les droits autochtones.
Front Line Defenders fait part de sa profonde préoccupation quant à la criminalisation du leader autochtone Fabián Antúnez dans le contexte plus large des attaques contre les leaders autochtones en Amazonie péruvienne. Front Line Defenders estime qu'il est pris pour cible en représailles contre son travail en faveur des droits des peuples autochtones.
Front Line Defenders souligne qu'en isolant et en criminalisant les leaders autochtones, les autorités péruviennes affaiblissent la capacité des peuples autochtones à exercer leur droit de réunion pacifique et à réclamer justice. En ciblant les leaders autochtones, les autorités délégitiment et sapent également les processus organisationnels menés par les peuples autochtones dans le pays.
Enfin, Front Line Defenders réitère l'obligation qui incombe au gouvernement péruvien de garantir que les défenseur⸱ses des droits humains puissent exercer leur travail dans un environnement exempt d'attaques, de menaces et de restrictions, ainsi que de reconnaître l'importance de leur travail pour la société, en particulier celui des défenseurs⸱ses autochtones dans la protection de l'environnement et de leurs territoires.
Front Line Defenders exhorte les autorités péruviennes à :
- Abandonner les poursuites contre le défenseur des droits des peuples autochtones Fabián Antúnez et garantir le respect des procédures légales, le droit à la défense et la présomption d'innocence ;
- Prendre toutes les mesures nécessaires pour garantir l'intégrité physique et psychologique et la sécurité du défenseur des droits humains Fabián Antúnez ;
- Mettre fin aux enquêtes infondées visant les leaders autochtones de l'Amazonie péruvienne et reconnaître la légitimité des processus de défense des droits menés par les peuples autochtones et leurs leaders ;
- Front Line Defenders réitère la nécessité pour les autorités de mener une enquête sérieuse, transparente, objective et efficace qui garantisse l'accès à la justice pour les personnes disparues et leurs familles ;
- Veiller à ce que tous les défenseur⸱ses des droits humains au Pérou puissent mener à bien leurs activités légitimes en faveur des droits humains sans craindre de représailles et sans aucune restriction, y compris l’acharnement judiciaire.
