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19 Août 2021

Appel à mener une action urgente pour protéger les défenseur-ses des droits humains en danger

Front Line Defenders appelle à des mesures immédiates pour protéger la vie des défenseur-ses des droits humains, notamment des femmes défenseuses des droits humains, des journalistes et des avocats en Afghanistan. La prise d'une grande partie du pays et de la capitale Kaboul par les talibans le 15 août 2021 place les défenseur-ses et les journalistes, en particulier les femmes, dans une situation extrêmement dangereuse, sans aucune possibilité d'échappatoire ou de protection. Front Line Defenders salue le courage des défenseur-ses des droits humains en Afghanistan, en particulier des femmes, qui passent leur vie à plaider pour la responsabilité et la justice et qui ont contribué aux immenses progrès en matière de droits humains ces dernières années, souvent à un grand coût personnel. Nous sommes solidaires avec elles-eux et appelons la communauté internationale, en particulier les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, la Norvège et les États membres de l’UE, à faciliter de toute urgence le passage en toute sécurité hors d’Afghanistan pour les défenseur-ses des droits humains qui en ont besoin.

 

Le besoin de soutien et de protection est plus urgent que jamais. Préserver le droit à la vie et à la dignité des défenseur-ses des droits humains doit être une priorité. Au cours des dernières années, les défenseur-ses des droits humains en Afghanistan, y compris les membres de leur famille, ont fait l’objet de menaces, d’intimidation, de harcèlement, de surveillance, de détention arbitraire, de disparitions forcées et d’exécutions extrajudiciaires. Les DDH des provinces et les défenseuses des droits humains sont particulièrement vulnérables. Le non respect du droit international humanitaire et l’absence de responsabilité pour les attaques contre les défenseur-ses des droits humains et les militants n’ont fait qu’accroître le danger pour les défenseur-ses et encourager les auteurs. Nous avons déjà réclamé la fin de la violence, et appelé à la responsabilité pour les crimes et l’inclusion significative des femmes et des défenseur-ses dans le processus de paix. L’escalade de la violence, qui culmine aujourd’hui avec la crise, est directement liée à l’échec des pourparlers de paix qui ont duré des années et au retrait précipité des troupes américaines et alliées.

Nous sommes profondément préoccupés par les informations provenant de zones sous contrôle taliban, y compris la capitale Kaboul, concernant des violences et des abus contre des civils. Les défenseur-ses des droits humains sont contraints de se cacher et changent fréquemment d’emplacement pour échapper aux fouilles menées porte-à-porte par les talibans et les groupes armés. La Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA) et des groupes nationaux de défense des droits humains ont publié des rapports troublants sur la situation des droits humains dans le pays. Nous sommes conscients que les incidents signalés d’attaques vengeresses contre des défenseur-ses des droits humains et les abus contre des civils ne reflètent pas pleinement l’ampleur de la violence, étant donné les difficultés à documenter et à travailler sur le terrain. Les défenseur-ses des droits humains dans les provinces, en particulier celles et ceux issus des minorités ethniques et religieuses, sont particulièrement en danger et ont besoin d’un soutien et d’une protection immédiats. Nous sommes particulièrement préoccupés pour la sécurité des défenseuses des droits humains, des femmes journalistes et des femmes qui ont occupé des postes officiels et publics et qui seront ciblées à cause de leur travail et de leur profil par le régime des talibans.

Nous sommes alarmés par les images et les premiers rapports sur la crise à l’aéroport international de Kaboul, et par les dires que certains avions décollent alors qu’ils ne sont pas à pleine capacité, malgré la crise évidente et le fait qu’ils représentent la seule passerelle salvatrice pour les défenseur-ses des droits humains. Nous recevons de plus en plus de témoignages selon lesquels l’accès à l’aéroport est restreint, même pour ceux qui sont en possession de documents de voyage autorisés, tant par les forces talibanes que par les troupes américaines et britanniques.

Front Line Defenders appelle à une action internationale urgente pour aider de manière proactive les défenseur-ses des droits humains et leurs familles qui cherchent à quitter l’Afghanistan. Nous saluons les efforts déjà entrepris, y compris l’ouverture de places pour les défenseur-ses des droits humains pour avoir accès à des visas, et les exemptions de visa par les pays voisins ainsi que les États-Unis, le Canada, l’Irlande, le Chili et d’autres États membres de l’UE. Toutefois, compte tenu de l’ampleur de la crise et du besoin de soutien, il faut faire beaucoup plus et d’une manière coordonnée et adaptée aux besoins des défenseur-ses des droits humains sur le terrain. Nous saluons l’appel lancé récemment par Ylva Johansson, commissaire de l’Union européenne chargée des affaires intérieures, aux États membres de l’UE pour qu’ils « intensifient leur engagement en matière de réinstallation, qu’ils augmentent les quotas de réinstallation pour aider ceux qui ont besoin d’une protection internationale et qu’ils offrent des voies juridiques complémentaires » pour atteindre le sol européen. Cela doit comprendre l’accélération de la délivrance des visas, favoriser le passage sécurisé des défenseur-ses des droits humains hors de l’Afghanistan, y compris depuis l’aéroport de Kaboul, la réinstallation et la suspension de toutes les expulsions et de tous les retours forcés en Afghanistan.

Front Line Defenders appelle les pays engagés dans les évacuations à se concentrer de toute urgence sur la sécurisation de l’accès à l’aéroport et la création d’un corridor humanitaire permettant à quiconque le souhaite, y compris les défenseur-ses des droits humains, de quitter l’aéroport de Kaboul. Toutes les frontières terrestres devraient être rouvertes, ce qui réduirait le goulot d’étranglement sur l’aéroport de Kaboul et fournirait à ceux qui cherchent à fuir les options alternatives pour quitter le pays.

La communauté internationale doit également s’employer de toute urgence à faire pression sur les talibans pour qu’ils respectent leur engagement de permettre l’accès à l’aéroport, de ne pas exercer de représailles et de soutenir les droits humains, y compris les droits des femmes et la liberté de la presse, et que cela se fasse dans le plein respect du droit international relatif aux droits humains. L’action internationale devrait inclure des mesures pratiques pour documenter et consigner les violations et demander des comptes aux responsables.