
María Esperanza Sánchez García
María Esperanza Sánchez García est une défenseuse des droits humains qui milite pacifiquement depuis 2018. Elle a commencé lors d’une vague de manifestations au Nicaragua pour s'opposer à plusieurs réformes de la sécurité sociale. Elle a participé au mouvement du 19 avril à Matagalpa, puis au Movimiento de Unidad Nacional Azul y Blanco (UNAB), qui réclamait la libération des prisonniers politiques et s'opposait aux violations des droits humains commises par le gouvernement actuel.
Les manifestations qui ont éclaté en avril 2018 ont été parmi les plus importantes que le pays ait connues dans son histoire récente. La réponse des autorités à ces manifestations a été brutale, la police et des groupes armés pro-gouvernementaux s'en prenant directement aux manifestants. La crise sociopolitique qui s'en est suivie perdure encore aujourd'hui et on estime que plus de 100 000 personnes, dont des défenseur⸱ses des droits humains et des journalistes, n'ont eu d'autre choix que de quitter le pays par crainte d'être arrêtées et de subir des représailles.
En raison de ses activités en faveur des droits humains, María Esperanza Sánchez García est persécutée, menacée et elle a été licenciée de plusieurs emplois. Depuis novembre 2019, elle a vécu dans différents refuges afin de protéger sa famille contre les persécutions liées à son activisme. Des hommes armés se sont présentés à son domicile à plusieurs reprises en 2019 et des messages menaçants ont été peints sur les murs de sa maison.
Le 26 janvier 2020, la défenseuse a été arbitrairement détenue dans l'un de ces refuges et emmenée à El Chipote, un poste de police de Managua. Sa famille n'a pas été informée de son arrestation et n'a appris où elle se trouvait que quelques jours plus tard.
« J'ai réalisé que ma mère avait été enlevée dans l'après-midi du 26. Je l'avais cherchée partout. Nous pensions qu'elle avait été tuée et que son corps avait été abandonné quelque part. Nous étions très inquiets », se souvient Shirley, la fille de María Esperanza Sánchez García.
Lorsque sa famille a finalement été informée de son arrestation et autorisée à lui rendre visite en détention, elle a remarqué des marques distinctives sur ses bras et ses jambes, indiquant qu'elle avait été torturée pendant son interrogatoire afin de la forcer à accepter les accusations portées contre elle. La défenseuse a été accusée de trafic de drogue, ce qu'elle nie fermement, et transférée à la prison pour femmes La Esperanza, située à Tipitapa, à environ vingt-cinq kilomètres de la ville de Managua. Selon plusieurs organisations nicaraguayennes de défense des droits humains, ces accusations pénales s'inscrivent dans la stratégie de l'État nicaraguayen visant à criminaliser les militants, à les emprisonner et à nier leur statut de prisonniers politiques.
À l'issue d'un procès entaché d'irrégularités qui s'est tenu en mai 2020, María Esperanza Sánchez García a été reconnue coupable de trafic de drogue et condamnée, le 2 juillet 2020, à 10 ans d'emprisonnement et à une amende de 31 000 córdobas (environ 900 dollars américains).
Selon certaines sources, la vie carcérale à la prison pour femmes de La Esperanza est extrêmement difficile. La surpopulation, le manque d'eau potable, de nourriture adéquate, de lits et de soins médicaux sont des problèmes récurrents. Pour María Esperanza Sánchez García, qui souffre de problèmes de santé chroniques, notamment d'hypertension artérielle, d'asthme cardiaque et de thrombose coronaire, ces problèmes étaient particulièrement préoccupants. Selon certaines informations, tout au long de l'année 2020, la défenseuse a souffert de plusieurs crises d'asthme et d'au moins un épisode grave d'hypertension. À plusieurs reprises, elle s’est vu refuser le droit de recevoir des soins et des médicaments, ainsi que le matériel de protection individuelle pour se protéger contre le Covid-19, bien que sa famille les avait fournis aux autorités pénitentiaires.
En outre, alors que les conditions de détention des détenus ordinaires à La Esperanza sont notoirement difficiles, les défenseur⸱ses des droits humains et les militants auraient été exposés à d'autres mauvais traitements de la part des gardiens et d'autres codétenus, les gardiens encourageant activement à insulter, maltraiter et menacer les détenus activistes. Conformément à la résolution 82/2020 de la Commission interaméricaine des droits de l'homme concernant la privation de liberté au Nicaragua, María Esperanza Sánchez García et une autre codétenue ont écrit une lettre à la direction du centre pénitentiaire, signalant la situation et tenant une codétenue abusive pour responsable de toute atteinte à leur vie ou à leur intégrité physique. En réponse, les autorités pénitentiaires auraient transféré l'agresseuse dans une autre cellule ; cependant, les agressions auraient continué de la part d'autres codétenues.
En juin et juillet 2020, dans le but de désengorger le système pénitentiaire nicaraguayen en pleine pandémie mondiale de Covid-19, plus de 6 000 détenus ont été libérés. Cependant, seules quatre des quelque 80 personnes détenues pour des motifs politiques figuraient parmi celles qui devaient être libérées. Il est clair que les prisons au Nicaragua sont utilisées par le gouvernement pour réduire au silence celles et ceux qui pensent différemment et s'expriment ouvertement contre lui.
María Esperanza Sánchez a été libérée en février 2023 avec 221 autres prisonniers politiques et envoyée aux États-Unis après avoir été déchue de sa nationalité nicaraguayenne. La défenseuse vit actuellement aux États-Unis.
