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22 Décembre 2025

Solidarité avec Misael Socarrás Ipuana et les défenseur·ses de la terre, de l'environnement et des droits humains à La Guajira, en Colombie.

Les organisations nationales et internationales soussignées condamnent fermement l'attaque perpétrée le 12 décembre dernier contre le défenseur autochtone Wayúu Misael Socarrás Ipuana, lorsque des individus non identifiés ont tiré depuis une moto sur le véhicule dans lequel il se trouvait.

Nous soutenons la déclaration publiée par le Colectivo de Abogados y Abogadas José Alvear Restrepo (Cajar), le Centro de Investigación y Educación Popular (Cinep), Censat Agua Viva – Amigos de la Tierra Colombia et l’Asociación Interamericana para la Defensa del Ambiente (AIDA), qui dénonce ces événements et exige que l'État clarifie immédiatement ce qu’il s'est passé, identifie et punisse les responsables matériels et intellectuels, adopte des mesures immédiates et urgentes pour protéger la vie et l'intégrité physique de Misael Socarras et de sa famille, et prenne des mesures urgentes pour protéger les personnes en danger pour avoir défendu le territoire à La Guajira, en Colombie.

Nous connaissons Misael Socarras Ipuana depuis de nombreuses années grâce à son travail sans relâche en faveur du territoire et du ruisseau Bruno à La Guajira, une région affectée par l'expansion minière d'El Cerrejón, la plus grande mine de charbon à ciel ouvert d'Amérique latine, propriété de la société minière transnationale suisse Glencore.

L'attaque contre le défenseur des droits humains Misael Socarrás Ipuana n'est pas un incident isolé. Elle s'inscrit dans un schéma de menaces, d'attaques et de stigmatisation systématiques dont il est victime, ainsi que d'autres défenseur⸱ses des droits humains qui protègent leurs territoires, depuis de nombreuses années. C'est pourquoi nous exprimons notre profonde préoccupation face à la violence structurelle persistante dont sont victimes celles et ceux qui défendent le territoire, la terre, l'environnement et les droits humains, en particulier à La Guajira, en Colombie, et en Amérique latine en général.

Demandes et revendications

Face à cette réalité alarmante, nous demandons ce qui suit :

Nous appelons l'Unité nationale de protection et l'État colombien à élaborer un plan d'urgence pour La Guajira, compte tenu de la violence qui sévit dans la région, notamment la présence de groupes armés. Nous demandons également la mise en place d'un plan de protection individuel afin de garantir la vie, la sécurité et la sûreté de Misael Socarrás Ipuana, de sa famille, de sa communauté et de tous les défenseur⸱ses des droits humains en danger.

Le Bureau du Médiateur, dans le cadre de l'alerte précoce 010-2025 - émise en juillet 2025 en raison du risque de violations des droits à la vie, à l'intégrité physique, à la liberté, à la sécurité, et de violations du droit international humanitaire (DIH) - devrait adopter des mesures urgentes et spécifiques pour protéger les personnes en danger qui défendent leur territoire et les biens communs, en accordant une attention particulière à celles qui dénoncent l’impact de l'exploitation des mines de charbon et le contrôle territorial des groupes armés.

Nous appelons les autorités judiciaires et les entités étatiques compétentes en Colombie à ouvrir sans délai des enquêtes indépendantes et approfondies afin d'identifier et de punir les auteurs de l'attaque et leurs commanditaires, y compris en examinant les liens éventuels avec la mine Cerrejón, la société Glencore et ses partenaires, mettant ainsi fin à l'impunité historique qui caractérise ces affaires.

Le ministère de l'Environnement devrait s'engager à mettre pleinement en œuvre les instruments régionaux et internationaux, tels que l'accord d'Escazú, afin de prendre des mesures immédiates et précises pour garantir la protection des défenseur·ses de l'environnement en danger, et mettre en place la table ronde sur la situation des droits humains et des défenseur·ses de l'environnement à La Guajira.

Nous appelons les organisations nationales et internationales de défense des droits humains et de l'environnement à faire entendre leur voix face à cette situation grave et au risque encouru par Misael Socarrás Ipuana. Le peuple Wayúu ne peut continuer à être menacé, harcelé et intimidé par des attaques contre ses dirigeants. Nous exhortons les entités étatiques et les organisations internationales à tenir compte des plaintes répétées provenant de La Guajira, à reconnaître la gravité de la situation et à garantir des mécanismes de protection réels pour les leaders sociaux et environnementaux qui défendent leurs territoires.

Contexte régional et national de l'attaque

L'attaque contre Misael Socarrás s'inscrit dans un contexte de violence continue à l'encontre des défenseur·ses du droit à la terre en Amérique latine, en particulier en Colombie :

● En 2024, au moins 146 défenseur·ses du droit à la terre et de l'environnement ont été tués dans le monde, à cause de leur activisme pacifique, selon le rapport annuel de Global Witness. Cela porte à au moins 2 253 le nombre total de cas documentés depuis 2012.

● 82 % de ces attaques ont eu lieu en Amérique latine, où la majorité des cas se concentrent de manière persistante, année après année.

● La Colombie est le pays qui comptait le plus grand nombre d'homicides de défenseur·ses de l'environnement et du territoire en 2024, avec 48 cas, ce qui en fait le pays le plus meurtrier au monde pour celles et ceux qui défendent la terre et l'environnement pour la troisième année consécutive.

● Selon les rapports de Front Line Defenders et du Mémorial des DDH, au moins 324 défenseur⸱ses des droits humains (DDH) de 32 pays ont été tués en 2024. Parmi eux, au moins un cinquième travaillaient pour défendre le droit à la terre, les droits civils et les droits des peuples autochtones. Avec 157 cas, la Colombie est le pays qui compte le plus grand nombre d’homicides.

Compte tenu de cette situation, les organisations nationales et internationales ont indiqué que la Colombie est l'un des pays les plus dangereux au monde pour les défenseur⸱ses des droits humains et du territoire, avec des milliers de défenseur⸱ses assassinés ou agressés au cours de la dernière décennie. La violence à l'encontre des défenseur·ses ne se traduit pas seulement par des assassinats, mais aussi par la criminalisation, des détentions arbitraires, des campagnes de dénigrement, des menaces et des persécutions judiciaires dans plusieurs pays, ce qui aggrave leur situation. L'objectif est de faire taire les voix des défenseur·ses qui protègent leurs territoires. C’est pourquoi les organisations soussignées font cette déclaration.

Organisations signataires : 

  1. Act for Tomorrow - RD Congo 
  2. Aid/Watch - Australie
  3. Alyansa Tigil Mina - Philippines
  4. Asamblea Argentina mejor sin TLC - Argentine
  5. Asociación Telar - Allemagne 
  6. Association of Ethical Shareholders Germany
  7. ATTAC - Argentine
  8. Ausgeco2 - Allemagne
  9. Bench-Marks Foundation - Afrique du Sud
  10. Canadian Union of Public Employees - New Brunswick (CUPE NB) - Canada
  11. Catholic Agency for Overseas Development (CAFOD) - UK
  12. CEDAR project at St. Thomas University - Canada
  13. Centre for Natural Resources Governance (CNRG) - Zimbabwe
  14. Centro Hondureño de Promoción Para el Desarrollo Comunitario (CEHPRODEC) - Honduras
  15. Centro Sociojurídico SIEMBRA - Colombie
  16. Coal Action Network - UK
  17. Calition for Responsible Energy Development in New Brunswick (CRED-NB) - Canada
  18. Colombia Solidarity Campaign - UK
  19. Comité para la Defensa del Agua y el Páramo de Santurbán - Colombie
  20. Corporación de Apoyo a Comunidades Populares (CODACOP) - Colombie
  21. Corporación Comité Cívico por los Derechos Humanos del Meta (CCDHM) - Colombie
  22. Earth Thrive - UK/Serbie
  23. Eau Secours - Québec, Canada
  24. End Cement - Allemagne
  25. FreeBruno - Allemagne
  26. Front Line Defenders
  27. Global Justice Now - UK
  28. Institute for Policy Studies - Global Economy Program - USA
  29. Kolko - Derechos Humanos por Colombia e.V. - Allemagne
  30. London Mining Network - UK
  31. Madhu Verma Migrant Justice Centre - Canada
  32. Melbourne Rainforest Action Group - Australie
  33. Mining Injustice Solidarity Network (MISN) - Canada
  34. MiningWatch Canada
  35. Organización regional no gubernamental para la política de desarrollo de Baden-Württemberg - Allemagne
  36. Pastoral Rural y de la Tierra, Puerto Leguizamo Putumayo - Colombie
  37. Plano Negativo - Colombie
  38. Plataforma América Latina mejor sin TLC - Amérique latine
  39. Rainforest Information Centre - Australie
  40. Regroupement Vigilance Mines de l’Abitibi et du Témiscamingue - Québec, Canada
  41. Rettet den Regenwald - Allemagne
  42. Revuelta Malcriada - Bolivie
  43. Rural Women’s Assembly - Southern Africa
  44. Salva la Selva - Espagne
  45. Still Burning - Allemagne
  46. TerraJusta - Bolivie
  47. The Gaia Foundation - Global
  48. Transnational Institute (TNI) - Global
  49. Tutela Legal Dra. María Julia Hernández - El Salvador
  50. War on Want - UK
  51. Yes to Life No to Mining/Si a la Vida No a la Mina - Global
  52. Funvipas- Diocesis de San Vicente del caguán-caquetá colombia
  53. Comité Arrêt des rejets et émissions toxiques (ARET) Rouyn-Noranda
  54. Financial Justice Ireland
  55. Irish Coalition for Business and Human Rights  
  56. Corporación Desarrollo y Paz del Magdalena Medio
  57. re/presentare - México
  58. Experimentos en Historia, Teoría y Crítica (eHTC) - Costa Rica
  59. NoCoalectivo - Allemagne
  60. Fachschaftsintiative del Lateinamerika Institut de la Freie Universitaet Berlin - Allemagne
  61. United Balkans Resistance and Labour (ZBOR)
  62. Alliance for Land, Indigenous, and Environmental Defenders (ALLIED)
  63. Mères au front de Rouyn-Noranda