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20 Janvier 2026

Lettre ouverte : Justice pour Quinto Inuma : Des organisations internationales appellent à mettre fin à la violence et à l'impunité dont sont victimes les défenseur⸱ses des droits humains autochtones au Pérou

40 organisations internationales signent une lettre de solidarité à l'occasion de l'ouverture du procès de l’assassinat de Quinto Inuma Alvarado, un leader kichwa respecté et défenseur des droits humains et de l’environnement originaire de l'Amazonie péruvienne.  

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Aujourd'hui marque le début du procès pénal pour l’assassinat d'Apu Quinto Inuma Alvarado, un leader autochtone kichwa respecté et défenseur des droits humains et de l’environnement dans la communauté de Santa Rosillo de Yanayacu, en Amazonie péruvienne. Quinto Inuma a été assassiné le 29 novembre 2023, alors qu'il rentrait dans sa communauté, lorsque des coups de feu tirés sur son bateau l'ont tué et ont blessé Axeldina Barbarán, une autre membre de la communauté. Il a été assassiné après des années de menaces liées à son travail en faveur de l’environnement et du droit à la terre des populations autochtones. Avec le début des audiences publiques le 20 janvier 2026, qui se poursuivront les 21 et 22 janvier, les organisations internationales soussignées expriment leur solidarité avec la famille et la communauté de Quinto Inuma et demandent que justice soit faite. Nous affirmons que nous suivrons de près les procédures et soulignons que son issue est importante non seulement pour cette affaire, mais aussi pour la protection des défenseur⸱ses des droits humains et de l’environnement autochtones à travers le monde, ainsi que pour l'avenir de l'Amazonie, une région d'une importance vitale pour le climat mondial.

Apu Quinto a joué un rôle central dans les efforts visant à obtenir le titre foncier collectif de Santa Rosillo de Yanayacu, un processus essentiel pour protéger le territoire autochtone contre le trafic foncier, l'exploitation forestière illégale et la production illicite de stupéfiants. Il a passé des années à dénoncer les menaces qui pesaient sur les terres de sa communauté et à agir par les voies institutionnelles pour exiger leur protection.

À partir de 2017, Quinto a maintes fois signalé des menaces contre sa vie et a demandé des mesures préventives aux autorités péruviennes, notamment au Bureau du médiateur, aux ministères concernés et aux organismes internationaux de défense des droits humains tels que les Nations unies et le système interaméricain des droits humains. Malgré ces efforts, et bien qu'il ait été officiellement reconnu par l'État péruvien comme défenseur des droits humains menacé et qu'il bénéficiait de toutes les garanties de protection de l'État, il a été assassiné.

Quinto était également membre fondateur et membre du comité directeur de la Iniciativa Tolerancia Cero, qui vise à s'attaquer aux causes profondes des homicides et des violences commis à l'encontre des défenseur⸱ses des droits humains liés aux chaînes d'approvisionnement mondiales. À ce titre, il dénonçait ouvertement les risques auxquels les leaders autochtones font face lorsqu’ils défendent leurs territoires et leurs droits.

L’assassinat de Quinto Inuma est emblématique de la crise plus large à laquelle sont confrontés les défenseur·ses autochtones qui protègent l'Amazonie, l'un des plus importants puits de carbone au monde et un rempart essentiel contre le changement climatique mondial. Au cours de la dernière décennie, au moins 35 leaders autochtones ont été assassinés en Amazonie péruvienne, selon les organisations autochtones nationales. La grande majorité de ces affaires reste impunie.

Cette affaire est particulièrement importante, car, contrairement à la plupart des assassinats de défenseur·ses autochtones, l'enquête a permis d'identifier à la fois les auteurs matériels et les auteurs intellectuels présumés du crime, et des poursuites pénales ont été engagées à leur encontre. Les accusés sont poursuivis pour assassinat commandité, tentative d’assassinat et dissimulation de preuves, avec différents degrés d'implication. Cela favorise la possibilité de rendre des comptes dans un contexte où la justice est trop souvent bafouée. Rendre justice dans cette affaire enverrait un message clair indiquant que la violence à l'encontre des défenseur·ses ne sera pas tolérée.

Ainsi, il s'agit du premier cas au Pérou où toutes les personnes accusées de l’assassinat d'un défenseur autochtone sont placées en détention préventive et où la prison à vie est même requise, envoyant ainsi un message de tolérance zéro envers les menaces et les homicides visant les défenseur·ses autochtones qui défendent leurs territoires. [i]

Cette affaire revêt une importance qui dépasse largement les limites de Santa Rosillo de Yanayacu. L'attaque contre Apu Quinto visait à intimider et à réduire au silence les communautés autochtones qui résistent à la spoliation de leurs territoires et à la destruction de leur environnement. Il est donc essentiel que justice soit rendue dans cette affaire, non seulement pour la famille Inuma, mais aussi pour contrer l'effet répressif plus large que de telles violences exercent au Pérou, en Amazonie et dans le monde entier.

Nous, les organisations soussignées de la communauté internationale, exprimons notre profonde solidarité avec la famille et la communauté de Quinto Inuma et nous nous joignons à leurs demandes de réparation civile tant pour la famille de Quinto que pour Axeldina Barbarán. Nous réaffirmons également que nous porterons une attention particulière à ces procédures, qui seront suivies de près par la communauté internationale des droits humains, compte tenu de leur importance pour la responsabilité, la justice et la protection des défenseur·ses des populations autochtones et de l'environnement.

Rendre justice dans cette affaire constituerait un pas décisif vers la fin de l'impunité pour les crimes commis contre les défenseur·ses autochtones et de l'environnement, et rendrait hommage à l'héritage d'Apu Quinto Inuma, qui a défendu les forêts et les eaux de l'Amazonie, un héritage qui reste vital non seulement pour les peuples autochtones, mais aussi pour la protection du climat mondial.

 En solidarité :

  1. Acción Ecológica, Ecuador 
  2. African Law Foundation (AFRILAW), Nigeria
  3. Asia Indigenous Peoples Network on Extractive Industries and Energy (AIPNEE), Philippines
  4. Asociación Arbio Amazonía, Peru
  5. Asociación de mujeres indígenas Artesanas Sinchi Warmikuna, Peru
  6. Asociación Paz y Esperanza
  7. Asociación ProPurús, Peru
  8. Asociación Tchon Tchomano (defensores de la tierra y pueblos indígenas), Guinea Bissau
  9. Bangladesh Indigenous Peoples Forum (BIPF)
  10. Bangladesh Indigenous Women’s Network, Bangladesh
  11. Centro Loyola Ayacucho, Peru
  12. Comisión Intereclesial de Justicia y Paz, Colombia
  13. Community Empowerment and Social Justice Network (CEMSOJ), Nepal
  14. Comunidad Nativa Santa Rosillo de Yanayacu, Peru
  15. Consejo de Mujeres Awajún Wampis Umukai Yawi, Peru
  16. Consejo Étnico de los Pueblos Kichwa de la Amazonía (CEPKA), Peru
  17. FAPI - Federacion por la Autodeterminacion de los Pueblos Indígena, Paraguay
  18. Federación de Comunidades Nativas de Ucayali y Afluentes (FECONAU), Peru
  19. Federación de pueblos Indígenas kechwa Chazuta Amazonía (FEPIKECHA), Peru
  20. Federación de Pueblos Indígenas Kechwas del Bajo Huallaga San Martín (FEPIKBHSAM), Peru
  21. Fondo Socioambiental del Peru 
  22. Forest Peoples Programme (FPP), UK 
  23. Forum Solidaridad Peru
  24. Front Line Defenders - Internacional
  25. Grupo Impulsor de Mujeres y Cambio Climático GIMCC Peru
  26. Instituto de Defensa Legal (IDL), Peru
  27. International Service for Human Rights, Internacional
  28. Lawyers’ Association for Human Rights of Nepalese Indigenous Peoples (LAHURNIP), Nepal 
  29. Munay Pukara, Casa Amawtica de fortalecimiento y revitalización del pensamiento quechumara, Cochabamba, Bolivia
  30. Not1More (N1M), International
  31. Pastoralists Alliance for Resilience and Adaptation Across Nations (PARAAN), Kenya 
  32. POINT - Promotion of Indigenous and Nature Together, Myanmar
  33. Proceso de Comunidades Negras de Colombia (PCN), Colombia
  34. Programme Intégré pour le Développement du Peuple Pygmée (PIDP), DRC
  35. Protection International Mesoamérica 
  36. Proyecto sobre Organización, Desarrollo, Educación e Investigación (PODER), Mexico
  37. Red Agua Desarrollo y Democracia (REDAD) - Peru
  38. Red de Mujeres defensoras de la vida “Tejiendo Resistencia”, Peru
  39. Resguardo Indigena Cañamomo y Lomaprieta, Colombia
  40. Sorong Research and Resource Centre, Bangladesh 

 

[i]  L'un des auteurs présumés de l’assassinat de Quinto Inuma, Belustiano Saboya Pisco, était en fuite malgré une ordonnance de détention préventive et un mandat d'arrêt à son encontre. Malheureusement, il ne sera pas traduit en justice, car il est décédé lors de l'opération policière visant à le capturer.