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5 Février 2026

Colombie : Inquiétudes concernant une vague de menaces graves et l'absence de mesures de protection efficaces pour les membres du CREDHOS

Depuis fin décembre 2025, la Corporación Regional para la Defensa de los Derechos Humanos (CREDHOS) fait état de graves menaces proférées à son encontre dans la région de Barrancabermeja, dans le Magdalena Medio. Ces menaces semblent liées aux intérêts d'entreprises, des forces étatiques et de groupes paramilitaires, et augmentent le risque pour les membres de la CREDHOS, en particulier son conseil d'administration et son président, le défenseur des droits humains Iván Madero.

La sous-région de Magdalena Medio (Antioquia) bénéficie d'une situation stratégique en termes de ressources naturelles et est une région pétrolière reconnue en Colombie. Elle abrite également l'une des principales installations d'Ecopetrol, la plus grande compagnie pétrolière publique du pays. Cela place Barrancabermeja au centre de conflits prolongés pour le contrôle territorial, politique et économique entre divers acteurs armés et non armés, politiciens et entreprises, et entraîne depuis de nombreuses années de graves violations des droits des populations civiles.

Dans ce contexte, la CREDHOS œuvre pour dénoncer les violations des droits humains et du droit international humanitaire perpétrées par les paramilitaires et les forces de l'État. Depuis les années 1980, l'organisation soutient les victimes et les survivants de violences ainsi que les défenseur⸱ses des droits humains en danger dans la région de Barrancabermeja. Les principaux thèmes sur lesquels la CREDHOS travaille sont l'accès à la justice pour les victimes de violations des droits humains commises pendant le conflit armé interne, l'exigence du respect intégral des accords de paix et la défense du territoire et de l'environnement. La CREDHOS soutient et représente également les communautés et les organisations de défense des droits humains qui dénoncent les graves dommages environnementaux et la pollution des cours d'eau liés à l'extraction pétrolière dans la région. En ce qui concerne ces dommages, l'organisation exige la vérité, des réparations et des garanties de non-répétition. L’actuel président de la CREDHOS, Iván Madero, est un défenseur des droits humains de longue date et un survivant du génocide contre l'Union patriotique.

Le 22 décembre 2025, l’organisation a informé les autorités colombiennes d'une série de menaces et d'attaques graves à son encontre. Une plainte officielle a été déposée, entre autres, auprès du ministère de la Défense, du parquet général et de la Juridiction spéciale pour la paix (JEP). Dans sa plainte, la CREDHOS détaille une opération vraisemblablement menée par les services de renseignement impliquant la surveillance et le contrôle de l'organisation. Cette opération semble s'inscrire dans le cadre d'une enquête lancée par une alliance entre des militaires en activité et à la retraite et des policiers, et viserait à stigmatiser le conseil d'administration de la CREDHOS et, en particulier, son président, le défenseur Iván Madero. La CREDHOS considère qu'il s'agit d'une tentative visant à l’accuser d’appartenir à la structure urbaine des dissidents des FARC à Barrancabermeja. Dans un contexte de conflit entre groupes armés, où le Clan del Golfo est toujours en conflit avec les dissidents des FARC et l'Armée de libération nationale (ELN), cette opération et la stigmatisation potentielle qui en découle augmentent encore davantage les risques pour l'intégrité et la sécurité auxquels les membres de la CREDHOS dans la région sont confrontés en permanence.

Dans la région du Magdalena Medio, les défenseur⸱ses des droits humains sont fréquemment déclarés cibles militaires par les groupes armés, ce qui les expose à des menaces et à des intimidations directes et continues. Ces menaces et intimidations systématiques comprennent la distribution de tracts par des escadrons de la mort, qui ont précédé de nombreux cas d'assassinats de défenseur⸱ses des droits humains.

Outre l'opération de renseignement susmentionnée, en décembre 2025, de nouveaux tracts, prétendument publiés par l'ELN, ont été diffusés ; ils déclaraient que la CREDHOS et Iván Madero étaient des cibles militaires et menaçaient de prendre le contrôle de Barrancabermeja en « éliminant » les leaders sociaux et les défenseur⸱ses des droits humains. Cependant, la CREDHOS a obtenu des informations selon lesquelles ces tracts constituaient une tactique d'intimidation de la part d'acteurs économiques touchés par des plaintes pour pollution environnementale dans la région.

En raison des multiples menaces proférées à l'encontre de la CREDHOS et d'Iván Madero au fil des ans, ceux-ci bénéficient de mesures de protection mises en œuvre par l'Unité nationale de protection (UNP). Ces mesures comprennent un agent et un véhicule dédiés à leur sécurité personnelle pendant les activités et les transferts (également appelé « dispositif de sécurité »). Cependant, les mesures de protection présentent des lacunes notables et persistantes. Dans une plainte récemment déposée auprès de la JEP, la CREDHOS a signalé que l'actuel responsable opérationnel des programmes de sécurité de l'UNP a comparu devant la JEP pour des affaires de violations graves des droits humains (dans les macro-affaires 03 et 08). Dans l'une des affaires - macro-affaire 08 - des membres de la CREDHOS apparaissent également comme victimes et représentants. Cette situation met en danger non seulement la sécurité des membres de la CREDHOS, mais aussi celle de tous les défenseur⸱ses des droits humains bénéficiant des mesures de protection de l'UNP à Barrancabermeja.

Front Line Defenders exprime son inquiétude face aux risques et aux menaces qui affectent le travail de la CREDHOS et du défenseur des droits humains Iván Madero. Front Line Defenders exprime également sa profonde préoccupation face aux graves lacunes et risques identifiés dans les mesures de protection de l'UNP, ainsi qu'à l'absence de réponse officielle ou de suivi concret de la part du gouvernement colombien, alors même que la CREDHOS a signalé ces problèmes il y a plus d'un mois.

Front Line Defenders exhorte les autorités colombiennes, en particulier le ministère de la Défense et le parquet général, à mener des enquêtes transparentes, rapides et objectives afin de clarifier l'implication présumée des forces de l'État et de l'armée dans l'opération de renseignement menée contre les membres de la CREDHOS et le défenseur des droits humains Iván Madero. Front Line Defenders exhorte également les autorités colombiennes à éviter tout acte de criminalisation et de stigmatisation visant à associer les membres de la CREDHOS à des groupes armés.

La CREDHOS joue un rôle clé dans la défense des droits humains et l'accès à la justice pour les victimes de graves violations des droits humains, dans le contexte complexe de la Colombie, où l’on compte le nombre d’assassinats de défenseurs le plus élevé au monde. Front Line Defenders exhorte l'État colombien à reconnaître publiquement l'importance du travail accompli par la CREDHOS, ainsi que l'importance de la défense des droits humains en Colombie en tant qu'élément indispensable à la justice et à la paix ; nous l’exhortons aussi à garantir son travail en luttant contre l'impunité des attaques contre la CREDHOS et en mettant en œuvre des mesures efficaces pour sa protection holistique.