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Prix Front Line Defenders 2019 pour les défenseur-ses des droits humains en danger

"Les défenseur-ses des droits LGBTI sont des acteurs clés de la résistance face aux restrictions toujours plus nombreuses contre la société civile ; ils remettent continuellement en question les gouvernements de manière innovante et inspirante. Le courage d'œuvrer pour le respect et l'égalité, face à une répression brutale, est le fil conducteur qui relie nos cinq lauréats régionaux".
- Andrew Anderson, directeur exécutif

-Badr Baabou - award

Pour la première fois en 14 années d'existence du Prix Front Line Defenders pour les défenseur-ses des droits humains en danger, l'organisation a décerné le prix à cinq défenseurs LGBTI+ en danger, tous exposés à de graves menaces en raison de leur activisme pacifique.

Des défenseurs et défenseuses des droits humains LGBTI+ de Tunisie, de République Dominicaine, de Russie, d'Indonésie et du Malawi ont reçu le prix en reconnaissance de leur lutte acharnée pour les droits des personnes LGBTI+ dans leur pays et pour la fin des violences, des actes d'intimidation, des arrestations et du harcèlement qu'ils subissent en défendant leur communauté.

La cérémonie de remise du prix s'est tenue le vendredi 17 mai, à Dublin, à l'occasion de la Journée mondiale contre l'homophobie, la transphobie et la biphobie (IDAHOT). Lors de la cérémonie, Mme Katherine Zappone, ministre irlandaise de l'Enfance et de la jeunesse, a remis le prix au Tunisien Badr Baabou nommée Lauréat mondial par un jury irlandais.

2019 FLD Award
Dr. Katherine Zappone, Ministre de l'enfance et de la jeunesse, a remis le prix mondial à M Badr Baabou de Tunisie.
(Photo Kenneth O Halloran / No Fee)

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Front Line Defenders a dédié le prix 2019 à la visibilité du militantisme LGBTI+, en l'honneur du 50e anniversaire du soulèvement de Stonewall, soulèvement fondateur mené par des activistes queers, transgenres et travailleurs du sexe de couleur, qui a contribué à faire naitre le mouvement pour les droits des LGBTI+ aux États-Unis et a exprimé sa solidarité avec les activistes d’identité queer du monde entier. Le directeur exécutif de Front Line Defenders, Andrew Anderson, a déclaré aujourd'hui que l'organisation reconnaissait particulièrement le travail des défenseurs des droits humains transgenres, "à la lumière de la violence et des réactions brutales ciblées auxquelles ils et elles sont confrontés".

"Aujourd’hui, nous rendons hommage au travail des défenseurs LGBTI+ et à l’incroyable résistance qu’ils cultivent chaque jour", a déclaré Andrew Anderson lors de la cérémonie de remise du prix. Le travail des activistes et des collectifs altersexuels continue de façonner et de remodeler notre compréhension des luttes personnelles et politiques et pour la liberté. Il n'existe aucune lutte pour les droits humains qui n'ait été renforcée par les analyses intersectionnelles d’abord présentées par les défenseurs queers. Nous espérons que ce prix sera une petite reconnaissance du courage immense, souvent sans limite, nécessaire pour se rendre visible à la fois en tant que militant et personne LGBTI+ dans des lieux qui humilient et criminalisent chacune de ces identités."

Les lauréats sont :

Badr Baabou, DAMJ, Tunisie (Lauréat mondial)

badr_webste.jpgBadr Baabou est cofondateur et président de DAMJ (qui signifie "inclusion"), une organisation œuvrant pour l’égalité et la justice pour la communauté LGBTI+. Il est également coprésident de M-Coalition, le premier réseau régional sur les droits des HSH et le VIH dans la région MOAN, qui plaide pour un meilleur accès aux services de lutte contre le VIH dans les pays membres. Auparavant, il a travaillé pour ATL, une organisation tunisienne qui œuvre pour la diminution de la transmission des MST et du VIH parmi les HSH. Pour lui, il est important que les gens associent son visage et son nom à la lutte contre l'homophobie et la transphobie car beaucoup de monde - trop selon lui- reste anonyme.

“Je n'ai plus peur. Notre orientation sexuelle n'est que l'un des aspects qui nous définissent en tant qu'êtres humains. Tôt ou tard, 'homophobie sera une question sociale désuète.”

 

Rosanna Marzán, Diversidad Dominicana, République Dominicaine

Rosanna MarzanEn tant que directrice exécutive de Diversidad Dominicana, Rosanna Marzán mène une nouvelle vague de sensibilisation pour les LGBTI+ en République Dominicaine. Pendant ses études de droit, Rosanna a fièrement représenté la communauté LGBTI+ de la République Dominicaine lors d'une longue série de réunions politiques locales et internationales. Rosanna, qui se considère elle-même comme une "éducatrice sociale", œuvre avec ses collègues pour sensibiliser le public à la nécessité d'inclure l'orientation sexuelle, l'identité et l'expression du genre et des caractéristiques sexuelles. En tant que porte-parole de la caravane des fiertés LGBTI en République Dominicaine, elle a assisté à une assemblée de l'Organisation des États américains et a fait partie des activistes présents à la première réunion thématique sur les LGBTI+ de la Commission interaméricaine des droits humains.  Tout en faisant pression pour l’égalité des droits de toutes les personnes LGBTI+ en République Dominicaine et en s’attaquant aux problèmes particuliers auxquels sont confrontés les lesbiennes, Rosanna s’emploie également à soutenir les migrants, les réfugiés et les survivants de violences domestiques.

"Nous continuerons à lutter, nous ne nous arrêterons pas. C'est à propos de ma vie, à propos des vies de ceux qui m'entourent, parce que la violence, la discrimination et l'homophobie ne sont rien de plus qu'un manque d'amour envers des êtres humains".

 

Veronika Lapina, Russian LGBT Network, Russie

veronika_lapina_credit_lorenacotza.jpgVeronika Lapina est universitaire et militante au sein du Russian LGBT Network (réseau LGBT russe). Après la divulgation de plusieurs rapports faisant état d'une vague de répression contre la communauté LGBTI+ en Tchétchénie, Veronika a rejoint le Réseau pour aider à mettre en sécurité et à protéger des membres ciblés de la communauté. Elle a risqué sa vie et sa liberté en se rendant en Tchétchénie, parfois seule, afin de mettre des personnes en sécurité en Russie. Grâce à son travail, plus de 100 personnes homosexuelles et bisexuelles ont été évacuées de Tchétchénie évitant ainsi le danger imminent auquel elles faisaient face. Elle est régulièrement menacée à cause de son travail en faveur des droits humains et de son appartenance à la communauté LGBTI+.

"Je me rappelle de tous les témoignages des gens que nous avons aidés, leurs histoires resteront en moi pour toujours. C'est un travail très difficile, mais c'est une lutte qui se poursuit et nous ne l'abandonnerons pas".

 

Shinta Ratri, Pondok Pesantren Waria al-Fatah, Indonésie

shinta webShinta Ratri est une femme transgenre qui a cofondé Pondok Pesantren Waria al-Fatah, un pensionnat islamique pour les femmes transgenres. Elle a ouvert l'école en 2008 à Yogyakarta dans le but de servir des femmes transgenres plus âgées coupées de leur famille et empêchées de pratiquer leur religion dans la plupart des centres islamiques du pays. En 2016, un groupe politique islamiste a attaqué l'école, lors d'une vague de violence contre la communauté LGBTI+ en Indonésie perpétrée à la fois par des groupes politiques et par la police. Après l'avoir fermée pour une courte période, Shinta a rouvert l'école et continue de proposer un espace à Yogyakarta permettant aux personnes transgenres de construire une communauté, de pratiquer leur religion et de se soutenir mutuellement.

"Ici nous pouvons penser que nous ne sommes pas des pêcheurs parce que nous sommes trans. Je veux qu'autant de gens que possible nous connaissent. J'espère que le jour viendra où tout le monde pourra prier ensemble, dans le même lieu, sans se sentir mal à l'aise".

 

Nyasa Rainbow Alliance, Malawi

ericEn décembre 2015, Eric Sambisa est devenu la première personne a faire ouvertement son coming-out en tant qu'homosexuel à la télévision nationale. L'année suivante, avec d'autres membres de la communauté LGBTI+, il a fondé la Nyasa Rainbow Alliance à Blantyre, afin d'apporter un soutien et de défendre ouvertement les droits de la communauté. L'organisation propose un espace sécurisé à la communauté LGBTI+ pour discuter de problèmes de santé, recevoir un soutien médical, pratiquer sa religion, former un réseau, éduquer ses pairs et collaborer pour développer des projets de recherche. En 2018, l'organisation a tenté de s'enregistrer officiellement mais le ministre de la Justice a bloqué la procédure bureaucratique habituelle - une décision maintenant contestée devant la Haute Cour du pays au motif qu'elle est inconstitutionnelle, car elle viole la disposition relative à la liberté d'association.

"Être gay au Malawi est toujours associé à des aspects négatifs. J'ai voulu montrer à la Nation malawite que nous sommes des êtres humains. C’est important d’être visible. C’est important de s'aimer soi-même. C'est donc ce que nous faisons ; nous encourageons les gens à être visibles, à s'aimer eux-mêmes pour éliminer l'esprit de haine de soi".