La lauréate du prix Nobel Narges Mohammadi privée de soins médicaux après une crise cardiaque en prison
Mise à jour de la Coalition « Free Narges » sur l'état de santé critique de Narges Mohammadi dans le contexte du conflit armé au Moyen-Orient.
La Coalition « Free Narges » exprime sa grave préoccupation concernant le bien-être et le refus de soins médicaux indépendants pour Narges Mohammadi, selon des rapports récents en provenance d'Iran. Le 29 mars — après des semaines de suivi persistant et malgré les difficultés accrues liées au conflit armé et à la coupure de pratiquement toutes les formes de communication par le gouvernement iranien — l’équipe juridique de Mme Mohammadi, accompagnée d’un membre de sa famille, a pu lui rendre visite à la prison de Zandjan sous haute surveillance. Son état de santé général est extrêmement préoccupant ; elle est apparue pâle, affaiblie et présentant une perte de poids significative lorsqu'elle a été conduite au parloir par une infirmière de la prison.
Le comité de pilotage de la Coalition « Free Narges » a déclaré : « La vie de Narges Mohammadi est en danger imminent. Nous appelons les autorités iraniennes à entendre notre avertissement et à lui fournir les soins médicaux dont elle a urgemment besoin, idéalement en lui accordant un congé médical immédiat. La violation du "principe de séparation des délits" — son incarcération avec des détenus condamnés pour crimes violents malgré sa pathologie cardiaque critique et ses récents traumatismes physiques — conjuguée aux conditions de guerre et aux explosions menaçant directement la sécurité de la prison, exacerbent cette menace sur sa vie. De plus, nous demandons la libération immédiate et inconditionnelle de Mme Mohammadi ainsi que de tous les défenseurs des droits humains, écrivains et journalistes. Dans ces conditions de guerre exceptionnelles, leur sécurité ne peut être garantie que par leur retrait des zones de détention à haut risque. »
Le 24 mars, Mme Mohammadi a été retrouvée inconsciente dans son lit. Selon ses codétenues, cet état d’inconscience, accompagné d'un refroidissement des membres et d'un engourdissement corporel, a duré plus d'une heure. Ses compagnes de cellule l'auraient enveloppée dans une couverture pour la transporter à l'infirmerie du quartier des femmes, où des médicaments lui ont été administrés pour lui faire reprendre connaissance. Malgré cette urgence médicale et les signes évidents d'une crise cardiaque, les autorités ont refusé de la transférer vers un hôpital ou de lui permettre de consulter un spécialiste.
Par ailleurs, Mme Mohammadi a fait état de maux de tête persistants et invalidants, accompagnés de nausées, de diplopie (vision double) et d'une baisse de l'acuité visuelle des deux yeux, rendant toute lecture impossible. Ces symptômes ont débuté après son arrestation violente le 12 décembre 2025 à Mechhed, au cours de laquelle elle a subi des coups graves et répétés à la tête. Elle souffre également de fluctuations sévères de sa tension artérielle, que les médecins jugent très alarmantes compte tenu de ses antécédents pulmonaires et cardiaques, et de la présence d'un stent. Mme Mohammadi a précisé que 107 jours après son arrestation, des ecchymoses sont toujours visibles sur son corps, témoignant de l'extrême violence employée lors de son interpellation.
Mme Mohammadi a rapporté qu’après sa perte de connaissance au centre de détention de Mechhed, un spécialiste avait recommandé une angiographie urgente ; au lieu de cela, elle a été transférée à la prison de Zandjan. Elle a souligné que peu après le début de la guerre, les rapports de frappes à proximité et les explosions massives entendues depuis la prison ont ajouté à son stress intense. Plus récemment, le 31 mars, des frappes massives des États-Unis et d'Israël ont touché le sud de Zandjan, à seulement quelques kilomètres de la prison. Aujourd'hui, la lauréate iranienne du prix Nobel est détenue aux côtés de prisonniers condamnés pour des crimes violents, notamment des meurtres et des infractions liées à la drogue. Des rapports indiquent également que certains de ces prisonniers l'ont constamment soumise à du harcèlement, des insultes et des menaces.
Le procureur de Zandjan a restreint ses communications à des appels de moins de trois minutes avec ses seuls frères et sœurs, tout en interdisant tout contact avec ses avocats. Il a également imposé que toutes les visites se déroulent en présence des autorités, des mesures qui constituent une violation flagrante du droit international des droits de l'homme.
Le 10 février 2026, Mme Mohammadi a été secrètement transférée à Zandjan pour la troisième fois. Auparavant, le 7 février 2026, son avocat avait annoncé qu'elle avait été condamnée par la branche 1 du tribunal révolutionnaire de Mechhed à six ans de prison pour « réunion et collusion contre la sécurité nationale » et à 18 mois pour « propagande contre l'État ». Le juge a également prononcé des peines complémentaires, notamment deux ans d'exil interne dans la ville de Khosf et une interdiction de voyager de deux ans. Narges Mohammadi purge actuellement plusieurs peines et fait face à un total d'environ 18 ans d'emprisonnement.
Alors qu'un certain nombre de femmes défenseures des droits humains ont été temporairement libérées à l'approche du Nouvel An iranien, la Coalition « Free Narges » exige une action plus large et appelle toutes les parties au conflit à respecter le droit international et à protéger les personnes privées de liberté. Les sites où sont injustement détenus des défenseurs des droits humains ne doivent pas être pris pour cibles. Les autorités iraniennes doivent libérer immédiatement Narges Mohammadi et tous les prisonniers d'opinion, en garantissant leur accès aux soins, à leur famille, à un conseil juridique et à un suivi indépendant.
Narges Mohammadi est une défenseure des droits humains, auteure et journaliste iranienne qui a passé plus de 10 ans de sa vie en prison. Elle a reçu de nombreux prix internationaux pour son combat acharné, notamment le prix Nobel de la paix 2023, le prix mondial de la liberté de la presse UNESCO/Guillermo Cano 2023, le prix PEN/Barbey Freedom to Write 2023 et le prix Reporters sans frontières pour le courage en 2022.
Cette déclaration est publiée par le comité de pilotage de la Coalition « Free Narges » et peut ne pas refléter les opinions de tous ses membres. Le comité est dirigé par la Fondation Narges, PEN America, Reporters sans frontières (RSF) et Front Line Defenders.
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