Iran : Les défenseur·ses des droits des enseignants kurdes victimes d’acharnement judiciaire et de licenciements
Front Line Defenders exprime sa profonde inquiétude concernant l’acharnement judiciaire, l’intimidation et le licenciement des défenseur·ses des droits des enseignants et des syndicalistes en Iran, en particulier ceux affiliés à la Kurdistan Teachers' Trade Association. Entre septembre et octobre 2025, les autorités iraniennes ont intensifié leur persécution à l’encontre des enseignants kurdes, citant plusieurs défenseur·ses des droits des enseignants, dont Parviz Ahsani, Faysal Noori, Majid Karimi et Hiva Ghoreishi, à comparaître devant la Commission des violations administratives du ministère de l’Éducation à Téhéran.
Parviz Ahsani, Faysal Noori, Majid Karimi et Hiva Ghoreishi sont tous membres ou affiliés à la section kurde de l’Iranian Teachers’ Trade Association, qui est régulièrement prise pour cible par les autorités en raison de ses activités pacifiques d’organisation et de plaidoyer public. Les quatre défenseur·ses des droits des enseignants ont déjà fait l’objet de harcèlement, de mesures disciplinaires et de menaces en raison de leurs activités légitimes en faveur des droits humains, notamment pour avoir revendiqué des salaires équitables, des conditions de travail sûres et l’accès à l’éducation pour tous les enfants.
Affiliée à Education International, l’Iranian Teachers’ Trade Association (ITTA) est un syndicat d’enseignants qui se concentre sur les droits syndicaux des enseignants et des étudiants depuis 1998. Le conseil d’administration et les membres de l’ITTA sont poursuivis pour avoir défendu les droits des enseignants à un rassemblement et à une association pacifiques.
Le 18 octobre 2025, le ministère de l’Éducation a cité au moins huit enseignants, dont Faysal Noori, Parviz Ahsani, Hiva Ghoreishi et Majid Karimi, à comparaître devant la Commission des violations administratives du ministère de l’Education, bien que leurs affaires soient en cours d’examen par la Cour de justice administrative. Les autorités iraniennes n’ont fourni aucune justification juridique à la réouverture de ces dossiers, ce qui suscite de vives inquiétudes quant à cet acharnement continu et les procédures arbitraires.
En août 2025, le ministère de l’Éducation a pris des mesures disciplinaires sans précédent à l’encontre de quatorze enseignants kurdes en raison de leurs activités syndicales pacifiques et de leur plaidoyer en faveur des droits des enseignants. Ces mesures comprenaient des licenciements définitifs, des mises à la retraite forcées, des suspensions, des abaissements de rang professionnel et des exils internes. Parmi les personnes touchées, Majid Karimi a été définitivement démis de ses fonctions gouvernementales, Faysal Noori a été condamné à cinq ans d’exil interne dans la province de Kermanshah, et Parviz Ahsani et Hiva Ghoreishi ont tous deux été démis de leurs fonctions. Ces mesures privent également plusieurs enseignants de leurs droits à la retraite et à la sécurité sociale.
Le 29 août 2025, les militants kurdes de la société civile et des syndicalistes de Sanandaj ont organisé une marche pacifique en solidarité avec les enseignants licenciés. Suite à la marche de solidarité, quatre des enseignants — dont Majid Karimi et Faysal Noori — ont été convoqués par le bureau des renseignements de la police nationale et soumis à des heures d’interrogatoire et de menaces.
Les nouvelles citations à comparaître d’octobre 2025 marquent une nouvelle escalade dans le harcèlement des éducateurs kurdes perpétré par l’État et s’inscrivent dans le cadre d’une répression nationale contre les enseignants et les syndicats d’enseignants indépendants dans tout l’Iran. La répression est particulièrement sévère dans la province du Kurdistan, où les associations indépendantes d’enseignants restent très actives parmi les organisations de la société civile qui plaident pour les droits du travail et à l’éducation.
Le 1er octobre 2025, Front Line Defenders a fait état de l’arrestation et de la détention arbitraires du défenseur des droits des enseignants, Masoud Farhikhteh, et de dix-sept autres défenseur⸱ses des droits des enseignants. Le 16 septembre 2025, les forces de sécurité ont fait une descente lors de l’assemblée générale du Coordinating Council of the Iranian Teachers’ Trade Associations (CCITTA) à Shahreza, dans la province d’Ispahan. Bien que les autres détenus aient été libérés successivement, Masoud Farhikhteh est toujours en détention. Le défenseur a été informé que sa condamnation arbitraire à trois ans et six mois de prison prononcée par la branche 12 de la cour d’appel d’Alborz pour « rassemblement et collusion contre la sécurité nationale » était entrée en vigueur.
En outre, en décembre 2022, la branche I du tribunal révolutionnaire de Sanandaj a condamné Parviz Ahsani à cinq ans de prison pour « rassemblement et collusion contre la sécurité nationale » à cause de son implication dans l’organisation Jileh Mo. La Cour a suspendu la peine de cinq ans d’emprisonnement pour une période de quatre ans, à condition que le défenseur respecte les restrictions suivantes : il doit informer les autorités de toute entrée ou sortie du pays, se présenter tous les deux mois devant le bureau de renseignement et s’abstenir de participer à des rassemblements de plus de trois personnes.
Front Line Defenders est vivement préoccupée par l’acharnement judiciaire continu et les actions punitives contre les défenseur⸱ses des droits humains, enseignants et syndicalistes kurdes en Iran. Ces mesures sont directement liées à leur défense pacifique des droits du travail et à leurs activités syndicales, et constituent une grave violation de leurs droits à la liberté d’association, d’expression et de réunion pacifique. Les représailles en cours portent aussi atteinte aux obligations de l’Iran en vertu du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP).
Front Line Defenders appelle les autorités iraniennes à annuler immédiatement toutes les sanctions disciplinaires et les citations à comparaître contre les défenseur·ses des droits des enseignants ciblés et à cesser toute forme de harcèlement, d’intimidation et de représailles contre les membres de la Kurdistan Teachers’ Trade Association. L’organisation exhorte en outre les autorités à garantir une procédure régulière et l’indépendance de la justice dans toutes les affaires en cours, et à respecter les droits des enseignants et des membres des syndicats à la liberté de réunion et d’association.
Front Line Defenders appelle également la communauté internationale et les mécanismes pertinents des Nations unies, y compris la Mission d’établissement des faits des Nations unies sur l’Iran, à suivre de près la situation des défenseur·ses des droits du travail et des défenseur·ses des droits humains issus des groupes ethniques marginalisés en Iran, et à faire pression pour mettre fin à la répression systématique des syndicats indépendants qui s’organisent dans le pays.






