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Serbie : Intrusion et saccage du domicile de Ljiljana Nešić

Statut: 
Domicile saccagé
À propos de la situation

Le 22 décembre 2025, des inconnus se sont introduits par effraction au domicile de la défenseuse des droits des femmes Ljiljana Nešić à Leskovac en Serbie, et l’ont saccagé.

About Ljiljana Nešić

Ljiljana Nešić is a woman human rights defender and the President of the Citizens’ Association of Women for Peace. Since 2007, Ljiljana Nešić has been protecting women's human rights and peace activism in the fight against patriarchy, nationalism, militarism and fascism. Žene Za Mir (Citizens’ Association of Women for Peace) is a human rights organisation founded in 2007 in Leskovac, Serbia. The human rights organisation runs a hot-line for women and children who are victims of domestic violence and works to empower women survivors. Their mission is to promote, educate and protect women’s rights, with a commitment to building peace and achieving non-violence.

12 Janvier 2026
Serbie : Intrusion et saccage du domicile de Ljiljana Nešić

Le 22 décembre 2025, des inconnus se sont introduits par effraction au domicile de la défenseuse des droits des femmes Ljiljana Nešić à Leskovac en Serbie, et l’ont saccagé. L'incident s'est produit quelques jours seulement après son passage à la télévision, le 17 décembre 2025, au cours duquel elle a évoqué publiquement les récents cas de féminicides à Leskovac.

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Ljiljana Nešić est défenseuse des droits humains et présidente de Žene za mir. Depuis 2007, Ljiljana Nešić protège les droits des femmes et milite pour la paix dans la lutte contre le patriarcat, le nationalisme, le militarisme et le fascisme. Žene Za Mir (Association citoyenne des femmes pour la paix) est une organisation de défense des droits humains fondée en 2007 à Leskovac, en Serbie. Cette organisation de défense des droits humains gère une ligne d'assistance téléphonique pour les femmes et les enfants victimes de violence domestique et œuvre en faveur de l'autonomisation des femmes survivantes. Leur mission est de promouvoir, d'éduquer et de protéger les droits des femmes, avec un engagement en faveur de la paix et de la non-violence.

Le 22 décembre 2025, des individus non identifiés ont pénétré de force et saccagé le rez-de-chaussée de la maison de Ljiljana Nešić. La défenseuse des droits humains vit au premier étage avec sa famille, qui dispose d'une entrée séparée. Elle a déclaré n'avoir rien remarqué d'inhabituel lorsqu'elle a quitté son domicile tôt ce matin-là. Vers midi, heure locale, son mari l'a appelée pour lui dire que quelqu'un s'était introduit par effraction au rez-de-chaussée. Plus précisément, il a découvert la porte ouverte, et sa vitre brisée. La police est arrivée sur les lieux peu après. Tous les tiroirs et placards avaient été complètement mis à sac et les meubles étaient renversés. Cependant, rien n'a été volé dans la maison, bien qu'il y ait de l'argent et d'autres objets de valeur sur la table. Cette combinaison de faits soulève la question de savoir si cet incident était une tentative de cambriolage ou plutôt un acte d'intimidation à l'encontre de la défenseuse des droits humains.

Ljiljana Nešić s’est rendu au poste de police de Leskovac le 26 décembre 2025 afin de faire une déposition concernant l’incident. Elle a déclaré aux policiers que l’intrusion était une tentative d’intimidation liée à son travail en tant que présidente de Žene Za Mir. Elle a également indiqué avoir déjà été victime d'une série d'attaques liées à son travail en faveur des droits humains.

Le 28 décembre 2025, elle est retournée au poste de police, où les agents lui ont montré des images de vidéosurveillance provenant d'une maison voisine. Il manquait une séquence de 10 minutes dans la vidéo, qui contenait probablement des preuves visuelles des auteurs et de l’intrusion. Lorsque Ljiljana Nešić a demandé pourquoi les images avaient disparu, la police a répondu qu'il pouvait s'agir d'un problème technique ou que le capteur de la caméra n'avait peut-être détecté aucun mouvement. Cependant, les images de vidéosurveillance obtenues par la défenseuse, dans un intervalle de dix minutes, passent directement de la porte du rez-de-chaussée intacte à la même porte avec une vitre brisée. Les images manquantes couvrent donc la période pendant laquelle l’intrusion a eu lieu. Cela laisse supposer que les images de vidéosurveillance ont pu être délibérément altérées afin de dissimuler l'identité des auteurs et leur intrusion dans le domicile de Ljiljana Nešić.

Le 17 décembre 2025, cinq jours avant l'incident, la défenseuse des droits des femmes a été interviewée sur la chaîne N1 TV. Elle a parlé d’un féminicide récent perpétré dans une rue de Leskovac. Au cours de l'entretien, elle a évoqué le nombre élevé de féminicides à Leskovac et l'incapacité des institutions publiques à protéger les femmes et à lutter contre les violences sexistes et les féminicides. L'absence d'images de vidéosurveillance et le moment choisi pour commettre cet acte soulèvent des questions légitimes quant à la nature de cette effraction, qui pourrait être une attaque ciblée visant à intimider et à réduire au silence Ljiljana Nešić et à mettre un terme aux activités de l'organisation Žene Za Mir.

Depuis 2022, Ljiljana Nešić et Marija Trajković, qui dirigent l'organisation Žene Za Mir, sont fréquemment victimes de harcèlement et d'intimidation. Elles sont menacées, victimes de cyberattaques et font l'objet de campagnes de dénigrement et de plaintes pénales. De plus, les deux défenseuses ont été agressées physiquement, harcelées et surveillées par des hommes non identifiés, et ont reçu des avertissements non verbaux, tels que des dommages suspects causés à leurs voitures et la disparition répétée de leurs animaux de compagnie.

Front Line Defenders est profondément préoccupée par la sécurité de Ljiljana Nešić. L'organisation estime qu’elle est prise pour cible uniquement en raison de son travail légitime en faveur de la défense et de l'autonomisation des droits des femmes, en particulier en ce qui concerne la violence sexiste et les féminicides. Les circonstances entourant la disparition des images de vidéosurveillance et la réponse inadéquate des autorités, qui ont ignoré la crainte légitime de la défenseuse qu’il s’agisse d'une attaque ciblée, sapent la confiance dans le processus d'enquête et soulèvent de sérieuses inquiétudes quant à la possibilité que les auteurs ne soient pas identifiés ou tenus responsables. Front Line Defenders estime que cela met davantage en danger Ljiljana Nešić et contribue à une culture d'impunité pour ceux qui s'en prennent aux défenseur⸱ses des droits humains en Serbie.

Front Line Defenders exhorte les autorités serbes à :

  1. Veiller à ce que l'enquête en cours sur l'effraction et le saccage du domicile de Ljiljana Nešić soit menée rapidement, de manière approfondie et impartiale, et permette de traduire les responsables en justice conformément aux normes internationales ;
  2. Enquêter sur la possibilité que les images de vidéosurveillance aient été falsifiées et prendre les mesures administratives et judiciaires nécessaires pour demander des comptes aux responsables ;
  3. Prendre les mesures nécessaires afin de garantir l'intégrité physique et psychologique et la sécurité de Ljiljana Nešić et de l’équipe de Žene Za Mir ;
  4. Garantir que tous les défenseur·ses des droits humains en Serbie puissent mener à bien leurs actions légitimes en faveur des droits humains, sans craindre ni restrictions ni représailles.