Venantie Bisimwa, DRC
Je m’appelle Venantie Bisimwa Nabintu. Je viens de la ville de Bukavu en République Démocratique du Congo. La ville de Bukavu est le chef-lieu de la province du sud-Kivu, province située aux frontières congolaises avec les républiques du Rwanda et du Burundi.
Depuis le 02 août 1998, les deux pays voisins cités ci-haut et l’ouganda, un autre pays limitrophe de la RDC à la frontière nord-est, avaient franchi, avec leurs armées, les frontières congolaises, agressant ainsi la RDC qu’ils ont occupée et exploitée depuis 5 ans. Cette occupation du territoire de la RDC par les armées de ces pays voisins s’était accompagnée, dès le premier jour, des massacres des militaires congolais non impliqués dans la trahison observée au niveau du commandement et des civils.
Ensuite s’en est suivi, durant toutes les années d’occupation jusqu’à ce jour, un chapelet de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité. Tous les droits humains sur cette partie de la RDC sont violés, à commencer par le droit d’avoir son pays, d’y vivre en paix et le droit à la vie. Sur terrain, les seuls ennemis des armées d’agression et leur allié, le Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD), étaient les populations civiles et les acteurs de la Société Civile.
La Société Civile a constitué une cible parce qu’elle traduit les aspirations des populations congolaises de l’Est ; elle avait été la première à dénoncer la guerre d’agression et la tentative de balkanisation de la RDC au bénéfice des pays voisins. Les organisations de défense des droits de l’homme très actives à cette période se sont mises à documenter et à dénoncer par tous les moyens à leur possession (internet, radio, rapport, pétition, mémo, etc.) et à tous les niveaux les multiples crimes et violations des droits humains commis sur le territoire congolais.
Au delà des violations des droits civils et politiques, les armées des pays agresseurs et leurs alliés rebelles avaient détruit dans les milieux ruraux les infrastructures scolaires, de santé, de production, les symboles de l’autorité coutumière (tous les pays ont un attachement très fort à la coutume), pillé les églises, incendié les maisons des paysans et forcé ceux-ci au déplacement.
La documentation et la dénonciation de ces crimes visaient entre autres la recherche de la justice afin de combattre l’impunité. Cela a aussi justifié que ces belligérants ont fait des acteurs de la Société civile et des défenseurs des droits de l’homme la cible des attaques de toute nature, des intimidations jusqu’à forcer quelques-uns à l’exil. Pour ce qui me concerne en tant que défenderesse des droits de l’homme, j’ai été aussi victime des abus commis par le pouvoir d’occupation.
J’ai été victime d’une campage de discrédit. Les femmes de Bukavu avaient decrété la journée du 08 mars 2000 « Journée sans femmes », en signe de deuil suite à tous les crimes perpétrés sur les leurs. La campagne menée contre les femmes avait pour objectif de disloquer les familles et de susciter, dans le chef du public, un rejet des femmes leaders. La radio du pouvoir d’occupation et des tracts ont diffusé des messages comme quoi le leadership féminin était composé de femmes infidèles. L’infidelité dans notre sociéte est un fait grave qui conduit au divorce dans la plupart des cas.
En date du …, pendant que les membres du Réseau des Associations de Défense des Droits Humains au Sud-Kivu (RADHOSKI) attendaient se réunir, ils sétaient vus assiégés par les militaires du RCD et les agents de la Division Spéciale de renseignements. Ils ont commencé à tabasser les défenseurs des droits humains en utilisant de gros batons de 10 cm de diamètre. Dans la débandande, j’avais réussi à m’enfuir. J’ai parcouru une distance de 5 km en courant après avoir perdu mes souliers. Mes collègues avaient été arrêtés et detenus avant d’être relâchés plus tard. En l’occasion, papiers et ordinateurs du bureau ont été emportés.
Plusieurs rapports produits par la Division Spéciale de renseignements du RCD donnent regulièrement les noms des activistes des droits de l’homme considérés comme opposants à l’occupation de la RDC. A plusieurs reprises, elle a déposé la liste des noms des défenseurs des droits de l’homme aux services d’immigration pour empêcher la sortie du pays. Mon nom figurait souvent sur ces listes.
Dans un de ses rapports de l’année 2002 à sa hiérarchie, la Division Spéciale de renseignements formule des observations allant dans le sens bloquer les activités des activistes des DH. Mon nom figurait parmi ceux des acteurs de la société Civile qu’il fallait museler.
Les actions de nuisance contre les défenseurs des droits de l’homme de sexe féminin s’étendent jusqu’aux maris. C’est ainsi que mon mari a été arbitrairement revoqué de ses fonctions de directeurs de parcs nationaux. Il avait appris, à partir de plusieurs mécanismes de recours introduits, qu’on lui reprchait aussi de ne m’avoir pas empechée d’agir contre les violations des droits humains perpétrées par le RCD. Il a été accusé d’être mon complice. Ce stratagème vise à museler les activistes des droits de l’homme en les privant des moyens financiers pour vivre et mener leurs actions.