Posted 2012/6/21

Ouganda: Des organisations condamnent le raid de la police lors d'un atelier organisé par des militants LGBTI à Kampala

Carte d'Ouganda

Le 19 juin 2012, 7 organisations de défense des droits humains ont publié une déclaration afin de faire part de leurs préoccupations concernant le raid de la police lors d'un atelier organisé par des militants LGBTI à Kampala.

Le raid lancé hier par la police ougandaise lors d'un atelier destiné à des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres et intersexuées (LGBTI) était arbitraire. Il constitue une infraction illégitime à la liberté d'association et de réunion, ont déclaré East and Horn of Africa Human Rights Defenders Project – EHAHRDP (Projet défenseur-ses des droits humains de l'Est et de la Corne de l'Afrique), Front Line Defenders, Freedom House, Foundation for Human Rights Initiative –FHRI, Amnesty International, Civil Society Coalition on Human Rights and Constitutional Law –CSCHRCL (Coalition de la société civile pour les droits humains et le droit constitutionnel).

L'atelier de renforcement des capacités, destiné aux militants LGBTI et organisé au Esella Country Hotel en dehors de Kampala, a été soudainement fermé après un raid de la police ougandaise, lancé trois heures après le début; l'atelier devait durer trois jours. L'atelier était organisé par EHAHRDP et rassemblait près de 20 défenseur-ses des droits LGBTI, venant d'Ouganda, du Kenya, de Tanzanie et du Rwanda.

Cet incident a eu lieu près de quatre mois après la fermeture arbitraire d'un autre atelier par le ministre d'État pour l'Éthique et l'intégrité, le révérend Lokodo Simon.

"Cette fermeture arbitraire confirme le comportement des autorités vis-à-vis des personnes LGBTI et ceux qui travaillent sur les questions liées aux LGBTI, qui ne bénéficient pas de la même protection que d'autres personnes dans le pays" a déclaré Hassan Shire Sheikh, directeur exécutif de EHAHRDP.

Les journalistes locaux étaient les premiers à arriver sur le lieu de l'atelier, après avoir été informé par le révérend Lokodo Simon que des arrestations allaient avoir lieu. Peu après, un important contingent de policiers en uniforme et en civil est arrivé sur les lieux et a bouclé les entrées.

Les participants à l'atelier, d'autres clients de l'hôtel et le personnel de l'hôtel ont alors été retenus en otages pendant près de trois heures tandis que la police tentait d'identifier et d'arrêter les participants. Deux employés et un stagiaire de l'EHAHRDP, et trois participants ont été retenus dans un fourgon de police pendant près d'une heure. L'une des personnes détenues, Jane Wothaya, chargée de communication pour Gay Kenya Trust a déclaré "alors que je revenais dans la pièce avec d'autres collègues, trois policiers ont couru après moi et m'ont attrapée et malmenée, puis ils m'ont conduite à l'entrée de l'hôtel. J'étais intimidée… [et] ils ne m'ont pas dit pourquoi j'étais arrêtée ni pourquoi ils m'ont choisie parmi les autres personnes".

Les personnes arrêtées ont pu rencontrer l'officier chargé du Département régional des enquêtes criminelles (CID) à Kampala, Charles Kataratambi, ainsi que d'autres officiers du CID. Les policiers ont conseillé à l'EHAHRDP de suspendre la formation et de remettre au CID une copie des documents d'enregistrement et des documents administratifs que l'organisation a fourni le 19 juin 2012. Les autorités ont aussi conseillé à l'EHAHRDP d'obtenir l'accord préalable de la police lorsqu'il organise de tels rassemblements, afin d'éviter d'autres interruptions.

"Les conseils que la police donne à l'EHAHRDP n'ont aucune base juridique. Il s'agit donc d'un abus de pouvoir de la police. Cet acharnement et ces actes d'intimidation continuels contre les militants doivent cesser et la police doit commencer par respecter les lois qu'elle est censée protéger et appliquer" a annoncé Michelle Kagari, directrice adjointe d'Amnesty International Afrique.

EHAHRDP, FHRI, Amnesty International, Freedom House, Front Line Defenders et CSCHRCL appellent les autorités ougandaises à mettre fin à leur silence face au harcèlement dont sont victimes des militants LGBTI, et à affirmer haut et fort qu'elles ne cautionnent pas un tel comportement qui discrédite les obligations de l'Ouganda en matière de droits humains.

Pour plus d'informations sur la situation des défenseur-ses des droits humains en Ouganda, cliquez ICI.