L’espace de travail sociopolitique des défenseurs des droits humains

Ce manuel examine la protection et de la sécurité des défenseurs des droits humains qui travaillent dans des environnements hostiles et les mesures propres à renforcer leur sécurité. Il existe bien sur des actions socio–politiques permettant d’améliorer le respect des droits humains et l’environnement des défenseurs. Les campagnes et initiatives des défenseurs des droits humains visent à consolider la reconnaissance effective des droits humains par la société ou à exiger des acteurs politiques qu’ils lancent des mesures plus efficaces de protection des droits humains. Nous ne pensons habituellement pas que ces activités relèvent de questions de sécurité, cependant elles peuvent favoriser considérablement la protection de l’espace de travail sociopolitique des défenseurs des droits humains lorsque les résultats sont bons.

Cet espace d’activité sociopolitique est défini par toute activité que le défenseur peut mener sans dépasser son seuil personnel de tolérance au risque. En d’autres termes, le défenseur perçoit un « large éventail d’activités politiques possibles et associe à chacune d’entre elles un certain prix ou un ensemble de conséquences ». En définissant certaines conséquences comme « tolérables, et d’autres comme intolérables, le défenseur circonscrit un espace politique défini».

Par exemple, un groupe de défenseurs peut s’occuper d’un cas de droits humains jusqu’à ce que l’un des membres du groupe reçoive une menace de mort. S’ils considèrent qu’ils ont un espace sociopolitique suffisant, ils peuvent décider d’informer le public de cette menace, et éventuellement de poursuivre leur travail. En revanche, si leur espace sociopolitique leur paraît réduit, ils peuvent juger que dénoncer la menace entraînera un prix inacceptable. Ils pourraient même mettre de côté le cas provisoirement et améliorer leurs capacités de sécurité dans l’intervalle.

Le concept de risque "tolérable" peut varier au cours du temps et différer énormément d’un individu à un autre ou d’une organisation à une autre. Pour certains, la torture ou la mort d’un membre de la famille sont les risques les plus insupportables. D’autres défenseurs estiment que l’emprisonnement est un risque tolérable tant qu’il leur permet d’atteindre leurs objectifs. Pour d’autres encore, le seuil peut être atteint dès la première menace.

Cet espace politique d’activité, en plus d’être défini subjectivement par ceux qui y évoluent, est très sensible au moindre changement de l’environnement politique national. Il faut considérer qu’il s’agit d’un espace fluctuant et relatif.