Cinq étapes pour évaluer une menace
1. Établissez les faits concernant la ou les menaces. Il est important de connaître exactement les faits. Vous pouvez le faire en menant des entretiens ou en interrogeant des individus-clés, et quelquefois grâce à des rapports pertinents.
2. Établissez si les menaces présentent ou non une constante au fil du temps. Si plusieurs menaces sont faites à la suite (comme cela arrive souvent), il est important de chercher une constante, tels que les moyens employés pour menacer, le moment où les menaces se produisent, des symboles, de l’information écrite à la main ou une communication verbale, etc. Il n’est pas toujours possible d’établir de telles constantes, cependant elles sont importantes pour une évaluation correcte des menaces.
3. Établissez le but de la menace. Puisque habituellement une menace a un but clairement lié à l’impact de votre travail, suivre la piste de cet impact pourrait vous aider à établir le but de la menace.
4. Établissez l’origine de la menace. (Ceci n’est possible qu’après avoir suivi les trois premières étapes). Essayez d’être aussi précis que possible. Par exemple, vous pourriez dire que le "gouvernement" vous menace. Comme tout gouvernement est un acteur complexe, il est plus utile de chercher quelle partie du gouvernement pourrait être à l’origine de la menace. Des acteurs tels que "les forces de sécurité"ou les "groupes armés" sont également des acteurs complexes. Souvenez-vous que même si elle est signée, une menace peut s’avérer fausse. Ceci peut être un bon moyen pour l’auteur des menaces d’éviter un prix politique tout en parvenant à sa fin d’effrayer le défenseur et de l’empêcher de poursuivre son travail.
5. Arrivez à une conclusion raisonnable sur la probabilité que la menace puisse être mise à exécution ou non. La violence est conditionnelle. Vous ne pouvez jamais savoir avec certitude qu’une menace sera mise – ou non – à exécution. Etablir des prévisions en matière de violence revient à affirmer que dans certaines circonstances précises, il existe un risque qu’un individu ou qu’un groupe particulier use de violence contre une cible donnée.
Les défenseurs ne sont pas devins et ne peuvent pas prétendre savoir ce qui surviendra. Cependant, vous pouvez arriver à une conclusion raisonnable sur la probabilité qu’une certaine menace soit mise à exécution ou non. Vous pouvez ne pas avoir obtenu assez d’informations sur la menace aux quatre premières étapes et pouvez ne pas aboutir à une conclusion. Vous pouvez aussi avoir des avis divergents sur ce qu’est une menace "réelle". De toute façon, vous devez partir du scénario-catastrophe.
Exemple:
Des menaces de mort ont été émises à l’encontre d’un défenseur des droits humains. Le groupe analyse les menaces et aboutit à deux conclusions divergentes, toutes deux partant d’un raisonnement solide. Certains disent que la menace est une imposture complète, tandis que d’autres pensent qu’ il y a des indices inquiétants que les menaces seront mises à exécution. En fin de réunion, le groupe opte pour le scénario - catastrophe, c’est-à-dire qu’il estime que la menace peut se concrétiser et prend donc les mesures nécessaires. Cette évaluation de la menace évolue de faits concrets (1e étape) vers un raisonnement spéculatif. La 2e étape introduit une légère interprétation des faits que l’on approfondit progressivement dans les 3e, 4e et 5e étapes. Il y a des raisons fondées pour lesquelles il convient d’observer l’ordre des étapes. Si vous commencez directement par la 2e ou la 4e étape, par exemple, vous vous privez d’informations plus concrètes découlant des étapes précédentes.