L’évaluation des menaces : comprendre les menaces de manière approfondie

La répression des défenseurs des droits humains est une affaire de psychologie. Les menaces visent surtout à ce que les défenseurs se sentent vulnérables, anxieux, désemparés et impuissants. En dernière analyse, la répression vise aussi à briser les organisations et à miner la confiance des défenseurs en leurs dirigeants et collègues. Les défenseurs doivent concilier à la fois une gestion soignée et efficace des menaces et le maintien d’un sentiment de sécurité au travail. C’est également le sujet principal de ce chapitre.

Au chapitre deux, nous avons défini les menaces comme "la possibilité qu’une personne porte atteinte à l’intégrité physique et morale d’une autre personne ou de ses biens par un acte délibéré et souvent violent". Nous avons aussi abordé les menaces possibles (lorsqu’un défenseur lié à votre travail est menacé et qu’il y a des raisons fondées de croire que vous serez menacé(e) à votre tour) et les menaces déclarées (comme par exemple recevoir une menace de mort). Nous allons à présent examiner aux moyens de gérer les menaces déclarées.

Une menace déclarée est l’annonce ou l’indication de l’intention d’infliger un dommage, de punir ou de blesser, généralement afin de parvenir à une fin concrète. Les défenseurs des droits humains reçoivent des menaces à cause de l’impact de leur travail, et la plupart des menaces ont pour but avoué de mettre fin aux activités des défenseurs, ou de les forcer à faire quelque chose.

La menace a toujours une origine, c’est-à-dire la personne ou le groupe qui est mis en cause par le travail du défenseur et qui menace. Une menace a aussi un objectif, qui dépend de l’impact du travail du défenseur, et un moyen d’expression, autrement dit la manière dont elle se manifeste au défenseur.

Les menaces sont délicates. Nous pourrions dire avec une pointe d’ironie que les menaces sont "écologiques » car elles ont pour but d’obtenir des résultats maximaux avec un investissement minimal d’énergie. La personne qui menace a choisi ce moyen plutôt que de passer à l’acte, qui exige un investissement d’énergie plus important. Pourquoi ? Il peut y avoir de nombreuses raisons qui méritent d’être signalées dans ce contexte :

  • L’auteur de la menace dispose de la capacité d’agir mais s’inquiète dans une certaine mesure du prix politique d’une action au grand jour contre un défenseur des droits humains. Des menaces anonymes peuvent être proférées pour les mêmes raisons.
  • L’auteur de la menace n’a qu’une capacité limitée d’action et veut obtenir le même résultat en cachant ses moyens défaillants par une menace. Cette capacité limitée peut être seulement passagère, en raison d’autres priorités, ou permanente ; dans les deux cas cependant les choses peuvent changer et entraîner une agression directe du défenseur à une date ultérieure.

Une menace est toujours une expérience personnelle, et elle n’est jamais sans effet. Pour l’exprimer autrement, les menaces affectent toujours les personnes visées de quelque façon que ce soit., Un défenseur a dit un jour : « Les menaces ont toujours un effet, ne serait-ce que parce que nous en parlons ». En fait, toute menace peut produire un effet double, émotionnel et sécuritaire. Nous nous concentrerons sur la sécurité dans ce qui suit, mais nous ne devrions pas oublier qu’il y a une dimension émotionnelle dans toute menace.

Nous savons qu’une menace est généralement due à l’impact de notre travail. Recevoir une menace représente donc une réaction à la façon dont notre travail touche une personne donnée. De ce point de vue, une menace est une source inestimable d’informations qui devrait être analysée minutieusement.