Rapport de l'atelier francophone
Analyser les types d’attaques contre les DDH, incluant les défis spécifiques auxquels doivent faire face les femmes DDH.
« Quand vous vous engagez à éteindre l’incendie, la flamme vous menace, c’est ça le travail des défenseurs ». Yacoubou Blaise, MDDHL, Cameroun.
«Les régimes changent de méthodes de répression, comme les antibiotiques et les virus ». Naziha Rjiba Om Zied, Journal Kalima on line, Tunisie.
Les différents types d’attaques recensées par les participants sont les suivants :
-Filatures, surveillance policière, écoutes téléphoniques : En Tunisie, ce sont des pratiques courantes. Abdul Raouf Ayadi, CNLT, Tunisie, indique qu’il n’a plus aucune intimité. Même les lignes téléphoniques de ses fils sont surveillées. Des agents en civils font le guet devant sa maison, en permanence. Ils notent les numéros d’immatriculation des voitures des visiteurs, pour les intimider, pour isoler les DDH. Même les victimes ont peur de rencontrer les DDH. La participante mauritanienne indique qu’elle a remarqué qu’elle est surveillée : en face de sa maison, un étage est habité par des policiers, de temps en temps il y a de nouveaux locataires mais ce sont toujours des policiers.
-Lois anti-terroristes qui peuvent être utilisées contre les DDH (ex. de la Tunisie)
-Confiscation du système judiciaire par l’autorité publique. Procès montés de toutes pièces contre les DDH. Manipulation de la justice: ex de Mohamed Abou en Tunisie. Création de contentieux fiscal (Tunisie). Ex, Yacoubou Blaise, MDDHL, Cameroun : les membres de son organisation son convoqués tous les mois devant le tribunal, pour raisons fallacieuses. Harcèlement judiciaire de tous les instants. Pour un fait, même fondé (ex : trouble de l’ordre public qui doit être normalement sanctionné par une contravention), les peines sont plus élevées pour les DDH.
-rétorsion administrative et intimidations contre les proches, en particulier les enfants des DDH (la majorité des participants sont confrontés à ce problème): en Tunisie, les enfants n’ont pas l’accès facile au travail et aux concours nationaux. Même obtenir une équivalence d’un diplôme national ou étranger devient un problème (représailles). Les enfants bacheliers se voient systématiquement refuser les bourses nationales d’études (ex de la Mauritanie). Le participant togolais indique que le 13 mai 2005, peu de temps après qu’il ait critiqué le Président dans une émission de télévision nationale, son fils a été agressé dans la rue, blessé avec un tesson de bouteille, alors qu’il faisait la fête avec des amis. La participante haïtienne indique que son fils de 9 ans a été traumatisé par des harcèlements des milices privées de l’ex président Aristide : les milices sont allées chez elle, ont tiré sur sa maison, adressé des messages téléphoniques anonymes à son enfant. Ils ont même tiré sur les barrières de l’école de son fils. Le petit garçon a dû partir à l’étranger où il vit sans sa maman. Il suit une psychothérapie. Le participant ivoirien indique que son supérieur hiérarchique à son travail (il est enseignant) a été enlevé et tué par de jeunes patriotes. Il a été très affecté par ce meurtre et craint que ça ne puisse être lié à son travail de dénonciation des violations des droits humains.
-Intimidations physiques, agressions : Le participant togolais indique qu’il a été menacé par un homme armé après la présentation du rapport préliminaire de son association sur les élections de mai 2005. Un journaliste togolais a été sauvagement attaqué et grièvement blessé par plusieurs hommes armés dans la nuit du 9 octobre 2005. La participante haïtienne, qui habite à 5 mn de son bureau ne peut pas y aller à pieds par peur d’être agressée. Elle se fait toujours escorter, partout où elle va. Le participant ivoirien indique que les locaux de son organisation ont été attaqués et la secrétaire battue. En juillet 2005, des gens ont tiré sur son portail au cours d’une opération de police. Des voisins ont entendu des propos des policiers qui laissent à penser qu’ils le recherchaient. Le participant de Guinée Equatoriale indique que dans son pays on tue des DDH (un prêtre militant a été tué en janvier 2004). Tous les membres de son groupe ont connu la prison, la torture, et des pressions familiales.
-Non reconnaissance des ONG de droits humains : Tunisie, Guinée, Mauritanie… La Ligue togolaise des DH n’a pas reçu son reçu de récépissé pendant 15 ans, jusqu’à l’intervention de la FIDH lors de leur mission au Togo en 2005. Une ONG interdite est de fait privée de bureaux et n’a pas le droit de recevoir des financements de l’étranger, sous peine de sanctions pénales (ex : SOS esclaves en Mauritanie).
-Dénigrement des DDH : peu nombreux et connus, ils sont stigmatisés par les autorités (ex de la Mauritanie). En Côte d’Ivoire, les DDH sont attaqués publiquement et directement par les politiques, dans des déclarations publiques ou par les média : ils sont accusés d’être la caisse de résonance de l’opposition.
-Paupérisation par privation de salaire ou d’emploi : le participant togolais signale que lui et un collègue de son association n’ont pas touché leur salaire depuis de nombreux mois. Licenciements abusifs. Le participant de Guinée Equatoriale a lui aussi été victime de privation de salaire. Il est médecin et ne peut plus travailler dans un hôpital public. Le participant de Guinée, professeur à l’université, a été mis à la retraite avant l’âge légal.
-Violence non étatique : milices privées. Au Brésil, la violence ne vient pas de l’Etat mais des milices privées. Des milices privées attaquent aussi les DDH en Haïti.
-Difficultés à trouver un logement : la participante d’Haïti indique qu’elle a mis 1 an à trouver une maison, après avoir dû quitter la sienne. Le participant de Guinée Equatoriale a été mis dehors avec ses 5 enfants du jour au lendemain car son propriétaire avait peur de représailles des autorités.
-Tracasseries administratives : En Guinée, l’Etat a changé ses pratiques. Moins d’arrestations brutales et plus de tracasseries administratives : on coupe le téléphone ou l’électricité aux DDH sans raison. Le participant de Guinée Equatoriale indique que dans son pays les DDH font aussi l’objet d’impôts personnalisés et de discrimination administrative (« on veut un certificat pour quoi que ce soit, il nous est refusé »).
-Flatteries, utilisation de la tradition africaine (respect) par le gouvernement pour tenter de réduire les DDH au silence (ex. de la Guinée).
-Création par les gouvernement de fausses ONG de droits de l’Homme (Gongos ?),ONG alternatives qui sont des vitrines pour les Etats
-Achat de consciences, corruption des DDH par les gouvernements : les autorités proposent à des DDH des postes au gouvernement, mieux payés ou prestigieux, pour les faire quitter leur ONG et donc les réduire au silence.
-Dangers de la médiatisation : Les media nationaux peuvent être utilisés par les gouvernements pour critiquer les DDH, les attaquer. L’utilisation des media par les DDH pour témoigner peut les mettre en danger. Joël Bisubu de RDC indique qu’un de ses collègues DDH, Pascal Kabungulu, avait donné une interview à la BBC et RFI quelques semaines avant d’être assassiné. Les groupes armés écoutent plus la radio internationale que les média locaux. Les media aiment les sujets très sensibles. La médiatisation des DDH comporte de gros risques. Il indique qu’une radio allemande avait dit publiquement que son organisation, Justice Plus, collaborait avec la CPI. Cela a suscité des menaces pour les membres, dont 2 ont dû fuir. Une autre participante de RDC, Gégé Katana, confirme qu’il faut rester prudent avec les média.
-Rôle souvent ambigu des Nations unies sur le terrain : les DDH doivent parfois s’en méfier (remarques des participant ivoirien et congolais).
-Etouffement financier des organisations : la participante burundaise indique que son gouvernement a bloqué les cotisations directes des membres des organisations syndicales pendant 7 mois (impossible pour les organisations d’effectuer des retraits).
-Contrôle des communications internet/email par les autorités : le participant de Guinée Equatoriale a reçu confirmation par yahoo que sa boite email était sous surveillance.