Posted 2009/12/11
Colombie: menaces de mort contre les leaders des syndicats Sinaltrainal et CUT Santander
Les leaders syndicaux colombiens sont en danger suite à une série de menaces de mort. M. Luis Javier Correra Suarez a été menacé qu'il serait tué s'il ne démissionnait pas de son poste de président national de Sinaltrainal, le syndicat national de l'industrie alimentaire en Colombie. Sinaltrainal est impliqué dans une campagne qui vise à améliorer les conditions de travail des travailleurs colombiens, en particulier chez Coca-Cola. Actuellement, la compagnie et les syndicats sont en conflit car Coca-Cola refuse de signer un accord collectif avec les employés.
Informations complémentaires
Le 24 novembre 2009, Luis Javier Correra Suarez a reçu un appel sur son téléphone portable, d'une personne qui a dit s'appeler Arnoldo Jimenez. Le Ministère de la Justice avait donné ce téléphone à Luis Javier Correra Suarez dans le cadre d'un programme de protection des syndicalistes. L'homme qui a dit s'appeler Arnoldo a dit: « Tu as jusqu'au 22 décembre pour démissionner de ton poste au syndicat. Il n'y aura pas de second appel ». Lorsque Luis Javier Correra Suarez a demandé ce qu'il voulait dire, l'homme a répondu: « Ne fais pas semblant de ne pas savoir de quoi je parle » et il a raccroché.
Cette menace de mort fait suite à d'autres menaces proférées aux bureaux de Sinaltrainal. Dans un appel passé au bureau du syndicat, un inconnu a dit « Javier doit faire attention à sa vie ». Le 20 novembre, un fax a été envoyé au bureau et déclarait: « Coca-Cola a de l'influence et des liens étroits avec le gouvernement et avec la famille d'Alvaro Uribe [le Président colombien] ». Plus tard, un inconnu a téléphoné et a confirmé les déclarations du fax.
Le 25 novembre 2009, le bureau de Sinaltrainal à Bucaramanga a reçu une lettre de menaces de mort; le bureau est situé au sein du siège de la Central Unitaria de Trabajadores Santander (CUT). Elle déclarait: « Une opération militaire va être menée contre la guérilla et le mouvement bolivarien. Nous allons en finir avec les terroristes qui ternissent l'image de Coca-Cola Copetran... Ils se taisent ou meurent » (« Se llevará a cabo un operativo militar contra guerrilleros y movimiento bolivariano. Acabaremos con los terroristas que le hacen daño a la imagen en coca cola copetran.... se silencian o muerte »). Les menaces étaient adressées à Luis Garcia, un employé de Coca-Cola et président de la section de Bucaramanga de Sinaltrainal, ainsi qu'à David Flores et Cesar Plazas, tous deux membres du Comité Exécutif du CUT Santander.
Il semble que les menaces de mort soient liées aux critiques de Sinaltrainal à propos d'un accord commercial entre Coca-Cola et la famille Uribe. Ces menaces ont été proférées quelques jours après que la Cour Interaméricaine des Droits de l'Homme a demandé que les autorités colombiennes renforcent les mesures de sécurité pour les membres de Sinaltrainal. Les menaces reçues à Burcaramanga ont été proférées le lendemain d'une manifestation organisée par des membres de Sinaltrainal, devant les bâtiments de la compagnie Copetran, contre son comportement anti-syndicaliste et contre les assassinats et les menaces de mort contre les leaders syndicaux.
Par ailleurs, ces menaces ont été proférées suite à la tournée en Australie du leader de la section de Medellin de Sinaltrainal, M. Durban Velez, qui a ouvertement critiqué la façon dont Coca-Cola traite ses employés en Colombie. Le 26 novembre 2009, il a prononcé un discours lors de la rencontre annuelle de BHP Billiton, la plus grande compagnie minière au monde, afin de mettre en lumière les préoccupations concernant le traitement des ouvriers dans sa mine de charbon de Cerrejón. Cerrejón est la plus grande opération minière en Colombie et force les communautés indigènes de la région à se déplacer.
La violence et les actes d'intimidation contre les syndicats et les activistes en faveur du droit du travail sont fréquents en Colombie. Selon certaines sources, 31 syndicalistes ont été assassinés en 2009. Les membres de Sinaltrainal reçoivent des menaces de mort depuis longtemps: Gustavo Gómez, membre du syndicat a été assassiné par balle le 21 août 2009. Son cousin, José de Jesús Marín Vargas, lui aussi membre du syndicat, avait été assassiné dans la même municipalité le 22 novembre 2007.
Front Line pense que les menaces de mort contre Luis Javier Correra Suarez, Luis Garcia, David Flores, Cesar Plazas et tous les syndicalistes, ont un lien direct avec leur travail en faveur des droits humains, et que ceci fait partie d'une campagne de harcèlement contre les défenseurs des droits humains en Colombie. Front Line est très inquiète pour l'intégrité physique et psychologique des défenseurs des droits humains mentionnés ci-dessus.
Front Line demande instamment aux autorités colombiennes de:
1. Mener immédiatement une enquête complète et impartiale sur les menaces de mort proférées contre Javier Correra Suarez, Luis Garcia, David Flores et Cesar Plazas, avec l’objectif de publier les résultats de cette enquête, ainsi que de traduire en justice les responsables selon les standards internationaux;
2. Prendre les mesures nécessaires afin de garantir l’intégrité physique et psychologique de tous les défenseurs des droits humains et syndicalistes en danger;
3. Assurer que tous les défenseurs des droits humains en Colombie, qui mènent à bien des actions légitimes en faveur des droits humains, puissent travailler sans craindre ni restrictions ni représailles.
Une mise à jour est nécessaire pour cette action. Avant de poursuivre cette action, contactez info@frontlinedefenders.org pour plus d'informations




