Déclaration de Front Line au Conseil des droits humains des Nations unies

Mutabar Tadjibaeva; Fariba Davoodi Mohajer lors d'une manifestation à Téhéran

A l'occasion de la quatrième session du Conseil des droits humains des Nations unies, qui s'est tenue à Genève du 12 mars au 5 avril 2007, Front Line a publié une déclaration sur les dangers auxquels doivent faire face les défenseurs des droits humains en Iran et en Ouzbékistan.

Iran et Ouzbékistan
Défenseurs des Droits Humains – Trop dangereux pour les droits humains

Front Line, la Fondation internationale pour la protection des défenseurs des droits humains, a été fondée afin de fournir une protection urgente aux défenseurs des droits humains en danger. Front Line est préoccupée car, pendant que le Conseil des droits humains discute - en vase clos - de la situation en Iran et en Ouzbékistan, les défenseurs des droits humains risquent l'emprisonnement, la torture et même leur vie.

Le Conseil des droits humains va-t-il enfin aborder sérieusement la question des dangers encourus par les défenseurs en Iran et en Ouzbékistan? Le 4 mars, trente-trois femmes ont violemment été arrêtées à Téhéran car elles avaient participé à une manifestation pacifique contre une législation discriminatoire. Les arrestations avaient été planifiées afin de s'assurer qu'aucune manifestation ne marquerait la Journée Internationale de la Femme. Pendant leur détention, elles ont entamé une grève de la faim et, à leur libération, plusieurs ont déclaré avoir été maltraitées.

Ces arrestations ne constituent que le dernier avatar d'une longue série de harcèlements allant à l'encontre de l'article 27 de la Constitution iranienne.

Selon les propos de Fariba Davoodi Mohajer, éminente auteure et défenseure des droits humains en Iran: “Je suis victime de persécutions acharnées depuis plusieurs années en raison de mes actions et critiques contre les pratiques du gouvernement iranien. La première fois que j'ai été arrêtée, en mars 2001, j'étais chez moi, j'ai été battue et agressée verbalement. J'ai ensuite été placée en cellule d'isolement pendant quarante jours dans une prison pour hommes et on m'a refusé la possibilité de contacter mon avocat. Depuis ce jour, j'ai été convoquée huit fois devant la Cour révolutionnaire.” Au cours de la même semaine, nous avons reçu plus de détails concernant le mauvais usage de traitements psychiatriques en Ouzbékistan, utilisés pour punir les défenseurs des droits humains..

Mutabar Tadjibaeva, l'une des plus éminentes femmes défenseurs des droits humains du pays avait été arrêtée alors qu'elle se rendait à Dublin pour participer à la troisième Plate-forme des défenseurs des droits humains. Elle a depuis été transférée dans la section psychiatrique d'un centre de détention pour femmes afin d'être punie pour avoir publiquement critiqué les conditions d'emprisonnement et le traitement des détenus. La fille de Mutabar, Mahliyo Akramova, a déclaré: “Hier, j'ai appris que ma mère avait été battue juste avant le 8 mars”, “Je me suis rendue à Tashkent pour la sixième fois et je dois maintenant repartir sans l'avoir vue. J'ai rencontré beaucoup de difficultés au cours de mes voyages entre Margilan et Tashkent avec mon bébé. Mais tout le monde s'en moque.”

“Elle est souvent placée en cellule d'isolement, ce qui est d'habitude utilisé comme moyen de punition. Ils trouvent des raisons, la tourmentent mentalement et physiquement”, a déclaré Rasul, le frère de Mutabar Tadjibaeva. “Dès que je pars, ma soeur est placée en cellule d'isolement et ils lui disent que je suis responsable du fait qu'elle soit si maltraitée.”

Dans une note récemment envoyée à ses parents, Mutabar Tadjibaeva écrivait :”J'espère qu'ils ne m'abandonneront pas. Lorsque j'ai débuté mon combat, je savais à quoi j'aurais à faire face. J'aime profondément ma patrie et mes compatriotes. C'est ce patriotisme qui m'a permis de survivre... Je souhaite prouver ce dont une femme ouzbèke est capable.”