Affirmation
" Je suis surprise et renversée de voir tant de gens remarquables dans cette pièce… "
Mary Lawlor.
Quand elle a parlé devant l’assemblée le premier jour, Hina Jilani a mis l’accent sur l’importance des conférences qui réunissent les défenseurs des droits humains. Cela permet aux gens de partager leurs expériences et d’être plus solidaires. D’autres intervenants, y compris Michael McDowell TD, le Ministre de la justice, de l’égalité et des réformes juridiques du Gouvernement de la République d’Irlande et Jon Benjamin, directeur du plan d’action sur les droits humains au Bureau des affaires étrangers et du Commonwealth, à Londres, ont manifesté leur admiration envers le travail des défenseurs des droits humains qui défendent la justice et les gens qui n’ont pas de protection et, en faisant cela, se mettent en danger. La conférence, en ce sens, était une forme de célébration: un acte de reconnaissance, un moment de convivialité et de relaxation, mais également un moment pour évaluer ce qui a été fait (tous ces cas de courage et de succès, aussi minimes soient-ils, l’ont souvent remporté face au désespoir et à l’adversité).
Il est important de reconnaître cet aspect de la conférence. Derrière de nombreux exemples de violations et de souffrances rencontrés par les participants et que ceux-ci nous ont décrit, se dresse un grand courage. Même s’elles ne portent pas immédiatement leurs fruits, ces actions donnent espoir et font renaître la confiance envers les autres. L’engagement qui pousse les défenseurs des droits humains à continuer leur travail, quelle que soit la menace, et même s’il existe un déséquilibre entre les parties concernées, leur détermination à vouloir prendre la défense de valeurs essentielles telles que la vérité, la justice et l’impartialité pour les pauvres et les riches, pour les hommes et les femmes, pour les minorités et les puissants, a transpiré lors de l’audition des différents témoignages.
« Je sais combien il est important pour ma propre sécurité d’avoir un réseau de défenseurs des droits humains autour de moi »
Hina Jilani.
Les témoignages ont également montré la force que peuvent apporter la coopération et les alliances. La conférence elle-même était un acte d’alliance, une preuve de l’engagement des défenseurs des droits humains les uns envers les autres. Toujours et encore, les participants ont décrit l’importance pour eux de travailler ensemble, malgré les différences de culture et de langue. Ils ont aussi rappelé que, dans de nombreuses occasions, une telle coopération a sauvé des personnes contre la violence et l’emprisonnement, et a permis aux défenseurs de faire des actions plus efficaces.
Voici trois différents exemples de réussite:
La Cour Pénale Internationale
La création de la CPI en 2003 fut l'une des avancées les plus importantes pour les droits humains ces dernières années. Cela n'est pas principalement parce que la Cour pourra enfin poursuivre et condamner quelques-uns des pires contrevenants aux droits humains. Comme le juge Maureen Harding Clark l'a souligné dans sa présentation, le mandat de la Cour est limité et même si elle est complètement opérationnelle, elle n'est compétente que dans certaines circonstances et pour certains crimes seulement.
L'importance de la Cour réside dans le fait qu'elle met en place un mécanisme d'exécution qui permettra des poursuites internationales et qui, avec le temps, permettra également de renforcer la capacité des tribunaux nationaux à condamner des violations graves des droits humains. La CPI fournit un renfort pour les cas ou la règle de droit était absente. Un renfort pour lequel les défenseurs des droits humains ont fait campagne pendant plus de 50 ans, sans succès jusqu'à maintenant.
Il y a une autre réussite à souligner. Comme le juge Clark l'a dit à Dublin: « Ceci est votre Cour. Vous êtes les personnes qui feront en sorte que la Cour fonctionne. » Elle avait deux fois raison. La Court fut créée grâce à l'une des campagnes les plus réussies de toute l'histoire des droits humains. Les ONG et les défenseurs des droits humains, avec un certain nombre de gouvernements, ont fait un effort formidable pour, tout d'abord, faire appliquer le Traité de Rome, ensuite pour s'assurer qu'il y ait assez de ratifications pour que le Traité puisse entrer en vigueur et, enfin, pour garantir que les élections des membres de la Cour soient démocratiques et représentatives. Tous ces objectifs ont été réalisés dans une période très courte, malgré une très vive résistance (notamment des Etats-Unis), mettant ainsi en place une nouvelle institution judiciaire qui peut agir pour condamner et si possible empêcher certaines des pires violations des droits humains.
Le juge Clarke a aussi fait remarquer qu'une participation des défenseurs des droits humains au travail de la Cour sera cruciale pour que celle-ci soit efficace. 600 plaintes ont déjà été reçues et 5 font actuellement l'objet d'une enquête. Mais le plus dur reste à faire. Dans beaucoup de régions du monde, peu de gens connaissent la Cour et son mandat. Les participants ont admis qu'ils avaient besoin de se renseigner pour savoir comment fournir des informations à la Cour et ainsi aider les membres de la Cour à condamner avec succès.
« La CPI fonctionnera lorsque vous – les yeux et les oreilles de la communauté internationale – informerez la Cour et le monde entier sur ce qui se passe. »
Juge Maureen Harding Clark.
Disposition pour un répit.
Une deuxième réussite a été notée à la Plate-forme de Dublin, quand le ministre irlandais de la Justice, Michael McDowell, a annoncé lors de la conférence que, à la demande de Front Line, le Gouvernement irlandais établirait un système pour fournir des visas temporaires aux défenseurs des droits humains qui ont besoin d'une protection immédiate. Ils recevront également un soutien financier et ce dont ils ont besoin pendant tout le temps qu'ils resteront en Irlande.
En plus, le gouvernement irlandais a promis que les mesures pour soutenir et protéger les défenseurs des droits humains seront une priorité pendant que l'Irlande sera à la présidence de l'Union Européenne, les six premiers mois de 2004.
Ceci est un très bon exemple de coopération pratique entre les organisations des défenseurs des droits humains et les gouvernements. La création de ces dispositions pour un répit répond à un problème rencontré par beaucoup de défenseurs des droits humains et leur famille dans le monde. C'est également une preuve de l'engagement des gouvernements envers la Déclaration des Nations unies sur les défenseurs des droits humains. Il faut maintenant espérer que d'autres gouvernements suivront le chemin tracé par l'Irlande dans ce domaine.
Le gouvernements irlandais s'est aussi engagé à soutenir et protéger les défenseurs des droits humains et en fera une de ses priorités lors de sa présidence de l'Union européenne lors du premier semestre 2004.
La Lokita.
Le troisième exemple est le plus fort. Il est tiré d'un témoignage qui nous a été donné. Amelia, plus connue sous le nom de « La Lokita » est une jeune femme vivant dans un village colombien, et qui a été dénommée ainsi car on la considérait simple d'esprit. Un jour de mai 2002, les paramilitaires des AUC (Autodéfense Unies de Colombie), un groupe d'extrême droite, vinrent dans son village, qui était attaqué par des guérilleros. Lors des combats, l'église du village fut détruite par une bombe, tuant 119 villageois qui s'étaient réfugiés dedans et en blessant beaucoup d'autres. Le prêtre, les soeurs et les villageois ont fui et ont traversé la rivière pour se mettre à l'abri. Quand le prêtre et les soeurs sont revenus, quelques jours plus tard, ils trouvèrent La Lokita, qu'on avait oubliée dans la confusion. Travaillant toute seule, elle avait été cherché de l'eau et du sel, et avait nettoyé les plaies de ceux qui avaient été blessés. Elle avait aussi ramassé les corps mutilés et déchiquetés, et leur a remis des vêtements. En redonnant une dignité à ceux qui étaient morts, et en prenant soin des vivants, elle a montré les grandes valeurs des défenseurs des droits humains.
Comme l'a fait remarquer Hina Jilani, s'intégrer au groupe des défenseurs des droits humains signifie partager les dangers, accepter les dilemmes ensemble et faire face à la peur ensemble. Dans tous les nombreux témoignages que nous avons entendus, ces valeurs et l'importance de l'espoir étaient parmi les thèmes vitaux qui sont clairement apparus.
Ils ont également été exprimés de façon différente, par le poète Seamus Heaney et le musicien Liam O'Flynn. Liam O'Flynn a joué deux morceaux de cornemuse, l'un reflétant la souffrance des gens tout au long de l'Histoire, l'autre illustrant la capacité de ces mêmes personnes à partager la joie de vivre. Seamus Heaney a lu une traduction de la tragédie grecque Antigone – le personnage de l'antiquité qui est associée à la défense des droits humains et à la protection de la liberté. Elle représente, d'après lui, la passion pour son intégrité.