Mexique: harcèlement et intimidation du défenseur des droits humains, le Père Alejandro Solalinde Guerra

Publié le 2010/02/04

Le Père Alejandro Solalinde Guerra, défenseur des droits humains, a récemment été harcelé et intimidé à cause de ses activités en faveur des droits humains. Le Père Alejandro Solalinde Guerra est directeur de l'Albergue del Migrante Hermanos en el Camino de la Esperanza (Refuge pour les frères migrants sur le chemin de l'espoir) et coordinateur du Centre Pastoral de Soins pour les Migrants. Le refuge fournit de la nourriture, un refuge et une assistance juridique aux milliers de migrants qui se rendent aux États-Unis en passant par la ville d'Ixtepec, dans l'État de Oaxaca. Lors des deux dernières années, le refuge a rapporté plusieurs affaires de corruption de responsables de l'État et du gouvernement fédéral, ainsi que plusieurs cas d'enlèvements de migrants.

Informations complémentaires

Le 19 janvier 2010, le Père Alejandro Solalinde Guerra s'est rendu à la prison de Juchitan pour sa visite hebdomadaire; chaque semaine, il apporte un soutien spirituel aux détenus. Alors qu'il se trouvait dans la prison, il a été informé qu'une récompense serait offerte à la personne qui le tuerait et on lui a demandé pourquoi il ne pardonnait pas aux trois policiers impliqués dans l'agression d'un groupe de migrants fin décembre 2009. Lors de l'incident de décembre 2009, des membres de la police municipale de Juchitan auraient volé près de 2.000 pesos mexicains à un groupe de sept personnes provenant d'Amérique Centrale, et ils les auraient menacés avec une arme. Le lendemain de l'incident, le Père Solalinde a accompagné deux des victimes au poste de police afin de rapporter l'incident et elles ont reconnu les policiers impliqués. Depuis, Père Solalinde a déclaré avoir été victime de plusieurs actes de harcèlement.

Le 11 janvier 2010, les migrants qui ont porté plainte en décembre et le secrétaire du refuge, Alberto Donis, se sont rendus au poste de police pour suivre l'affaire. Trois hommes les ont suivis jusqu'à leur domicile; l'un des hommes est monter dans le même bus qu'eux par la porte arrière, et deux par la porte avant. Les hommes se sont présentés comme étant des membres de la police judiciaire de l'État de Oaxaca et ont demandé aux migrants et à Alberto Donis de s'identifier. Ensuite, ils ont tenté de faire descendre les migrants du bus. Un policier a déclaré connaître les migrants, les a appelés par leur nom et a donné leur adresse dans leur pays d'origine. Le Père Solalinde est arrivé sur les lieux 15 minutes plus tard et a pris une photo de l'un des policiers; cet homme a été identifié comme étant le chef de la police municipale de Juchitan. L'incident a été rapporté à la Commission d'État pour les Droits de l'Homme ainsi qu'au Procureur général adjoint de l'Istmo. Depuis plusieurs années, l'Albergue del Migrante Hermanos en el Camino de la Esperanza est victime d'actes d'intimidation, de harcèlement et de menaces. Le 11 juillet 2009, un groupe d'hommes, qui serait liés à une organisation criminelle connue sous le nom de « Los Zetas », a pénétré par effraction dans le refuge et a menacé l'un des vingt migrants honduriens qui avaient trouvé refuge, lui demandant de dénoncer six autres migrants une fois qu'ils seraient arrivés dans la communauté Medias Aguas à Sayula, dans l'État de Veracruz, ou sinon il serait tué. Dans les jours qui ont suivi, il y a eu plusieurs effractions au centre, commises par des personnes qui seraient liées à « Los Zetas », et qui cherchaient des migrants dans le but de les enlever.

En juin 2008, un groupe d'environ 50 personnes, dont 14 policiers municipaux, a pénétré dans le refuge et aurait menacé d'incendier le bâtiment s'il n'était pas fermé dans les 48 heures. De plus, plusieurs personnes qui travaillent au refuge ont aussi reçu des menaces de mort ces dernières années.

Les autorités n'ont pris aucune mesure afin de protéger le refuge, les migrants ou le personnel et, jusqu'à maintenant, elles n'ont pas réussi à identifier les responsables des effractions de 2009 et des menaces de mort proférées contre le personnel du refuge.

Front Line pense que le Père Alejandro Solalinde Guerra est pris pour cible à cause de ses activités en faveur des droits humains, particulièrement en faveur des droits humains des migrants au Mexique. Front Line est très préoccupée pour l'intégrité physique et psychologique du Père Alejandro Solalinde Guerra et de ses collègues au refuge.