Atelier sur la sécurité (Français)

Groupe de travail sur la sécurité

12/09/2003 : Groupe de travail D, français Président

Michel Forst Rapporteuse

Delphine Roch

Le groupe de travail D est composé de défenseurs d’Afrique noire francophone (Afrique de l’Ouest et Afrique Centrale), à l’exception de Pierre Espérance pour Haïti.

1) Problèmes de communication (téléphone/fax/email):

Communications électroniques :

Surveillance des cafés internet : les participants sont connus des autorités de leurs pays et généralement surveillés. Les cafés internet étant des lieux publics, les autorités ont toute latitude pour, la nuit venue, accéder aux sites auxquels les usagers se sont connectés et lire les messages email qu’ils ont envoyés (exemple de la Mauritanie). Par ailleurs, si le défenseur est parvenu à lire ses messages dans le café, le plus souvent le propriétaire ne l’autorisera pas à imprimer ses documents joints dans son cyber café car il sait que ça risque de lui causer des problèmes avec le gouvernement.

Boites email : les défenseurs présents constatent que souvent leurs boites sont bloquées, parfois pendant plusieurs semaines : ils ne parviennent pas à ouvrir leurs boites email et ne peuvent pas accéder à leurs messages. Certains d’entre eux voient leur boite email saturée par des dizaines, voire des centaines de messages ou paralysée par des virus envoyés par des agents de leurs gouvernements ou contractés sur internet.

Recommandations :

1) Avoir plusieurs adresses email et en changer régulièrement ; exemple d’une participante de RDC qui indique qu’elle a 4 adresses email pour son organisation et 3 adresses email personnelles.

2) Former les participants à l’utilisation d’internet et aux précautions à prendre pour minimiser le risque de virus. Frontline pourra, lorsqu’elle a connaissance d’un virus virulent ou autre menace électronique, envoyer l’information par email à une liste de personnes chargées de la répercuter aux défenseurs de leur région (système de réseau).

3) Lors de sa prochaine réunion, les participants recommandent à Frontline d’organiser un atelier très pratique en petits groupes concernant la surveillance électronique des communications, une formation avec des conseils pratiques et faciles à mettre en œuvre pour les participants, formation que le défenseurs pourraient restituer à leur retour dans leur pays aux autres ONG de défense des droits de l’Homme (sur la base d’outils ou manuels qui leur seront donnés).

Ecoutes téléphoniques :

Téléphone fixe / fax : la plupart des participants indiquent que leurs téléphones au bureau et à leur domicile, ainsi que les fax, sont sur écoute du ministère de l’Intérieur ou de la justice de leur pays, aussi ils se demandent comment alerter leurs contacts dans le pays ou à l’étranger en cas d’arrestations ou de problème.

Téléphone portable : la plupart des participants indiquent que leur portable est sur écoute, il leur est donc difficile de communiquer des informations importantes ou de donner des rendez-vous par le biais de leur portable.

Une participante de RDC explique que pour contourner ces écoutes, elle a décidé de ne plus utiliser son portable pour communiquer les informations les plus confidentielles et d’utiliser dans ce cas des cabines téléphoniques publiques. Elle s’est malheureusement rendue compte que la plupart de ses interlocuteurs étaient eux-mêmes sur écoute (elle a donné l’exemple de la section droits de l’Homme de la Monuc).

Recommandations :

Plusieurs participants ont exposé les méthodes qu’ils ont trouvé pour essayer d’échapper aux écoutes téléphoniques de leur téléphone cellulaire :

1. Toujours avoir un n° de réserve que l’on ne communique qu’à un nombre très restreint de personnes et qui ne sera utilisé par le défenseur que pour les cas où il est gravement inquiété ou arrêté (méthode adoptée par Radhia Nasraoui). Beaucoup de défenseurs ont des portables qu’ils n’utilisent pas à bon escient. Il est important d’avoir un portable de réserve avec un n° secret qui ne sera jamais utilisé pour les communications quotidiennes de l’association mais seulement en cas de danger. (recommandation de Michel Forst). La participante du Burundi a indiqué qu’elle a 3 numéros, chacun étant utilisé pour une situation bien précise, définie au préalable avec les membres de l’association. Bien entendu tout le monde n’a pas connaissance de l’ensemble des numéros. 2. Changer la carte SIM de son portable régulièrement, car en achetant une nouvelle carte, on peut changer de n° de téléphone. Ainsi, après avoir passé une ou plusieurs communications importantes, on change sa carte SIM pour tromper la surveillance des autorités.

2) Problème de la protection des DDH en danger:

Recommandations :

1. Pour certains pays à hauts risques, les ONG de défense des droits de l’Homme pourraient créer avec l’aide de Frontline une base de données où seraient envoyées régulièrement des informations sur des menaces concernant les défenseurs. En RDC, vu la quantité d’informations, on pourrait envisager plusieurs bases de données régionales alimentées par des personnes contacts dans chaque région. Grâce à ces informations protégées et actualisées dans une base de données, Frontline et d’autres organisations internationales pourraient réagir plus rapidement et efficacement aux atteintes portées aux DDH dans le pays concerné. 2. Création ou renforcement d’un réseau régional d’alerte entre les ONG de défense des droits humains concernant la protection des DDH. Golden Misabiko (RDC) a indiqué que lorsqu’il avait dû fuir la RDC pour des raisons de sécurité, il avait bénéficié de la protection des DDH du réseau Afronet en Zambie. Un autre participant de l’Est de la RDC a suggéré qu’un défenseur en danger en Uvira devrait pouvoir fuir au Burundi avec l’aide logistique d’un réseau régional de protection des DDH au niveau des grands lacs. Il serait alors mis à l’abri et sécurisé à Bujumbura grâce au soutien des DDH basés au Burundi. Frontline pourrait aider à la création ou au renforcement de ces réseaux régionaux, en tenant compte des initiatives existantes (cf travail initié par AI dans ce domaine en Afrique).