Posted 2012/1/31
Ouzbékistan: Intimidation, menaces, surveillance et acharnement judiciaire contre la défenseuse des droits humains Tatiana Dovlatova et les membres de sa famille

La défenseuse des droits humains Mme Tatiana Dovlatova et les membres de sa famille sont victimes d'intimidation, harcèlement, menaces et surveillance continue par les autorités chargées de faire respecter la loi en Ouzbékistan, suite à la diffusion d'un programme télévisé dans lequel elle a ouvertement dénoncé la situation des droits humains dans le pays.
Tatiana Dovlatova est membre de Human Rights Alliance of Uzbekistan, une organisation non enregistrée qui travaille sur les questions relatives aux droits humains, telles que la torture, l'accès à la justice, le droit à un procès équitable, les droits sociaux et économiques, et les droits des groupes vulnérables en Ouzbékistan.
Le 24 avril 2011, Mme Tatiana Dovlatova est apparue dans un programme télévisé russe, dans lequel elle évoquait les conditions de vie difficiles des retraités et des handicapés en Ouzbékistan, à cause des petites pensions que l'Etat leur verse. Le programme faisait suite à un entretien qu'elle avait accordé au journaliste Igor Shestakov en février 2011.
Le 25 avril 2011 vers 21h00, le lendemain de la diffusion du programme, quatre femmes sont arrivées au domicile de Tatiana Dovlatova. Elles lui ont demandé de repasser à la télévision ouzbèke afin de revenir sur ses déclarations et l'ont avertie qu'elle serait désolée d'avoir humilié le pays.
Tatiana Dovlatova a rapporté cet incident à la police du district de Yakkasaray, cependant, il n'y a eu aucune suite à cette plainte. En août 2011, les mêmes femmes sont revenuent chez la défenseuse et ont menacé de mettre le feu à sa maison et de la chasser hors du pays.
Le 11 mai 2011, Tatiana Dovlatova a été citée à comparaître au district de Yakkasaray, pour répondre à une plainte déposée par Mme Antonina Nikolaeva et sa nièce Mme Natalia Lebedeva. Les deux femmes, qui auraient été encouragées par le NSS, prétendent que le jour de l'interview, Tatiana Dovlatova a pénétré sans autorisation sur sa propriété lorsqu'elle était avec les journalistes, et ce bien que Mme Nikolaeva paraisse très accueillante devant la caméra.
Tatiana Dovlatova a été condamnée à payer une amende de 10 000 000 soms ouzbèks (4 175€) et à 25 000 soms ouzbèks (11€) pour avoir pénétré sur la propriété de Mme Nikolaeva, pour l'avoir insultée et pour lui avoir causé des dommages moraux, en vertu de l'article 1022(2) du Code Civil de la République d'Ouzbékistan.
Elle a aussi reçu l'ordre de s'excuser auprès de Mme Lebedeva pour les commentaires du directeur du programme, M. Rogatkin, et de payer une amende supplémentaire de 798 501 soms (334€) pour aucune raison apparente. N'étant pas en mesure de payer de telles amendes, un droit de rétention a été placé sur ses biens, et elle est sous le coup d'une interdiction de voyager. Son mari a donc dû vendre son appartement pour payer les amendes.
En juin 2011, les autorités locales ont mis fin aux aides financières de Tatiana Dovlatova et ont refusé de certifier que sa famille est considérée comme désavantagée. Elle a adressé une plainte à la mairie du district de Yakkasaray contre M. Ubaidulla Asadov, le chef de l'administration locale.
M. Asadov n'a pas donné suite à la plainte, mais il a écrit au parquet local, prétendant que le 30 juin 2011 Tatiana Dovlatova s'était présentée à son bureau et l'avait insulté.
Le 7 juillet 2011, elle a été condamnée pour comportement désordonné (article 183 du Code des Infractions Administratives de la République d'Ouzbékistan) par le Tribunal Pénal de Yakkasaray, lors d'une audience qui avait duré moins de 5 minutes, et avait été condamnée à une amende de 200 000 soms (84€). Elle n'avait pas pu avoir d'avocat ni d'interprète et n'avait pas été autorisée à prendre connaissance de l'affaire avant l'audience.
Elle a fait appel de cette décision auprès du tribunal pénal de Tachkent, mais elle n'a jamais été informée de la date de l'audience, et ce bien qu'elle en ait fait la demande. Son appel a été rejeté en son absence. Peu après, ses privilèges liés à son handicap ont été supprimés. Le 27 octobre 2011, elle a été contrainte de mettre sa maison aux enchères car elle ne pouvait pas rembourser les amendes.
Les membres de la famille de Tatiana Dovlatova ont aussi été pris pour cible après la diffusion du programme susmentionné. Le 8 septembre 2011, son mari a été renvoyé de son travail, à la demande du NSS.
Le 11 septembre 2011, un concessionnaire automobile a repris deux voitures que son beau fils et son frère avaient presque fini de payer dans le cadre d'un plan de location-achat. Le NSS aurait dit à la compagnie qu'elle n'avait pas besoin de rendre la somme d'argent de l'achat aux hommes. Sa fille et sa famille ont été obligées de déménager en Ukraine après avoir été harcelés et surveillés par des policiers.
Front Line Defenders pense que les actes d'intimidations, menaces et surveillance de la défenseuse des droits humains Tatiana Dovlatova et des membres de sa famille ont un lien direct avec son travail en faveur des droits humains, notamment l'exercice légitime de son droit à la liberté d'expression. Front Line Defenders est profondément préoccupée pour l'intégrité physique et psychologique de Tatiana Dovlatova et sa famille.
Action Update Needed. Before taking further action on this case please contact info@frontlinedefenders.org for further information












