Posted 2011/11/30
Dublin/ Bahreïn: Le procès en appel des médecins bahreïnis ajourné après que l’accusation a tenté d’introduire une nouvelle preuve, enfreignant les procédures habituelles

Adam Shapiro de Front Line a observé aujourd’hui la dernière audience du procès en appel des 20 médecins et professionnel-les de la santé, dont les médecins formés en Irlande Dr Ghassan Daif, Dr Basim Daif et Dr Ali Al Ekri. Les médecins faisaient appel de leur condamnation à des peines allant de 5 à 15 ans de prison.
L’audience a repris ce matin, dans une salle d’audience au Ministère de la Justice à Manama, et a été ajournée jusqu’au 9 décembre.
Alors que l’audience se déroulait aujourd’hui, l’accusation a tenté d’introduire une nouvelle preuve qui n’avait jamais été présentée durant le premier procès. " Ce qui s’est passé aujourd’hui a clairement indiqué que le rapport de la Commission d’enquête indépendante du Bahreïn (BICI), dirigé par le professeur Cherif Bassiouni, a eu peu d’impact sur les procédures.
Bien qu’il soit établi que les médecins ont été victimes d’un procès inéquitable, et malgré l’engagement du procureur de faire respecter les normes pour un procès équitable, ce qui s’est produit dans la salle d’audience s’apparentait à un show totalement secondaire" a déclaré Adam Shapiro.
Dr Nada Dheif a été autorisée à faire une courte déclaration sur la torture et les abus qu’elle a subis lorsqu’elle était détenue. Un autre médecin, Dr Bassam Dheif, s’apprétait à prendre la parole. A ce moment là, l’Avocat Général est intervenu et a été autorisé à présenter une preuve contre les médecins. Des officiers du tribunal ont alors présenté trois boites et ont eu beaucoup de mal à défaire le papier adhésif qui les entourait. Il y a eu un moment de suspens et ensuite l’audience a éclaté de rire lorsque deux Kalachnikovs ont été sorties des boîtes.
Le juge a ordonné que les boites soient placées devant lui. Les officiers de la cour ont ensuite sorti les articles un à un : des couteaux de cuisine, des sabres, des poignards, des cocktails molotov, des marteaux et d’autres objets contendants ; ils ont aussi comptés 50 balles. L’Avocat Général a indiqué qu’il y avait d’autres balles dans un autre sac quelque part. Certains objets étaient étiquetés, d’autres non, et les gardes brandissaient les armes à mains nues, détériorant ainsi de possibles empreintes digitales qui auraient pu servir de preuves.
Bien que les médecins aient déjà été jugés et inculpés par le Tribunal pour la Surêté Nationale et que cette audience était un appel (le juge a confirmé que ce n’était pas un nouveau procès, une victoire mineure pour les médecins), c’était la première fois que cette « preuve » était présentée à la cour. L’équipe de la défense n’avait pas été avertie de cette « preuve » et pourtant l’Avocat Général a annoncé que la « preuve » avait été trouvée dans une ambulance lors de l’enquête initiale. Selon un avocat pénaliste bahreïni qui était présent à l’audience, « l’accusation tente de présenter une nouvelle preuve, en violant toutes les procédures, afin qu’il y ait un nouveau procès ».
Front Line Defenders note que le rapport de la BICI conclut en expliquant clairement que « la Commission indique que les accusations portées contre le personnel médical, qui aurait aidé les manifestants en leur fournissant des armes, sont infondées. La seule preuve présentée à la Commission qui soutient de telles allégations, consiste en plusieurs photos fournies par GoB, qui montrent deux kalachnikovs sur le sol du SMC. Ces photos, dont la source n’a pu être authentifiée, ne relient pas les deux armes aux personnel médical » (paragraphe 841).
Le juge n’a pas rejeté la preuve ou parlé de l’exclure, mais il a ajourné l’audience. Après 20 minutes, la cour a repris la session et le juge a autorisé la défense ajouter le rapport de BICI aux preuves à décharge. Toutefois, le rapport doit être traduit en arabe car la version arabe diffusée le 23 novembre n’est pas conforme à la version anglaise.
« Ce qui aurait pu être une opportunité pour que justice soit faite pour les médecins est retardé, encore une fois, et l’insécurité dans laquelle vivent ces professionnels continue » a déclaré M. Shapiro.
La directrice de Front Line Defenders, Mary Lawlor, a pris la parole à Dublin : « Front Line Defenders est profondément préoccupée que, en dépit des conclusions du rapport de la BICI, qui annoncent que les médecins et autres professionnel-les de la santé arrêtés lors de la vague de répression ont été torturés et n’ont pas été jugés équitablement, le gouvernement bahreïni semble déterminé à poursuivre l’appel sans prendre en compte les problèmes soulevés par le rapport. La tentative d’introduction d’une nouvelle preuve à ce stade de l’appel, sans en avoir informé la défense, constitue une infraction aux normes pour un procès équitable ».
Adam Shapiro de Front Line Defenders était présent dans la salle d’audience lors de l’audience, il peut être interviewé au +973-3641-2071.












