Posted 2011/10/25
Tchad: Risque d’arrestation et menaces proférées contre le défenseur des droits humains M. Deuzoumbe Daniel Passalet
Deuzoumbe Daniel PassaletLe défenseur des droits humains M. Deuzoumbe Daniel Passalet est victime d’attaques publiques et de menaces proférées par les autorités tchadiennes, depuis qu’il a dénoncé l’inaction des autorités face à l’enlèvement d’enfants pour des rançons, ainsi que la responsabilité morale d’un chef coutumier.
Informations Complémentaires
Deuzoumbe Daniel Passalet est président de l’association de Droits de l'Homme Sans Frontières – DHSF, basée à N’Djamena. DHSF travaille activement sur la question des enlèvements d’enfants, qui se produisent régulièrement dans la région de Lere, dans le sud-ouest du Tchad.
Le 3 octobre 2011, DHSF a publié un communiqué de presse dénonçant le décès en détention de 10 personnes arrêtées en lien avec la mort d’un chef de village, notoirement impliqué dans des affaires d’enlèvement d’enfants. Le 17 septembre 2011, la police a arrêté près de 47 personnes. Neuf de ces personnes sont décédées le même jour, vraisemblablement par suffocation à cause des très mauvaises conditions de détention. Un 10ème détenu est décédé le lendemain, le 18 septembre, après son transfert à N’Djamena.
Suite au communiqué de presse du 3 octobre, Deuzoumbe Daniel Passalet a accordé une interview à Radio Liberté dans laquelle il dénonçait la mort des dix détenus, ainsi que le rapt d'enfants et le fait que le chef coutumier (Gong) de Lere n'aurait jamais réagi à ce problème, dans lequel des chefs villageois seraient impliqués. Deuzoumbe Daniel Passalet a aussi dénoncé le fait que le chef coutumier aurait demandé aux proches des détenus décédés et des autres suspects encore détenus de lui donner chacun sept boeufs pour « laver le sang » des personnes que les suspects auraient tuées.
Le 7 octobre 2011, suite au communiqué et à l'interview de DHSF à la radio, le Ministre des affaires foncières et des domaines, M. Jean-Bernard Padaré, au cours de l'interview accordée à la chaîne de télévision publique Télé Tchad, a affirmé être choqué par le communiqué et a dénoncé « les droits de l'homme qui attaquent les chefs traditionnels », accusant DHSF de faire de la politique. Il a ensuite annoncé que « le chef réagira », soit directement soit « à travers son entourage ». Le Ministre des affaires foncières et des domaines est le beau-fils du chef coutumier de Lere cité par DHSF.
Dans les jours suivants, le Ministre aurait aussi contacté des personnes proches de DHSF et aurait menacé de faire arrêter Deuzoumbe Daniel Passalet, ajoutant que le seul moyen de l’éviter serait le retrait du communiqué et des excuses publiques à la radio. Le Ministre aurait répété ces menaces à plusieurs reprises, la dernière fois étant le 16 octobre.
Front Line exprime sa préoccupation face à la déclaration publique faite à la télévision et les menaces lancées par le Ministre des affaires foncières et des domaines à l'encontre de
Deuzoumbe Daniel Passalet. Ces déclarations hostiles et les menaces semblent être uniquement motivées par la dénonciation de l'inaction des autorités publiques contre les rapts d'enfants contre rançon et l'évocation de la responsabilité morale d'un chef traditionnel qui est membre de la famille du Ministre.
Front Line s’inquiète que Deuzoumbe Daniel Passalet puisse effectivement être arrêté ou faire l'objet d'autres actes de représailles à son retour au Tchad, au terme de son actuelle mission à l’étranger.
Action Update Needed. Before taking further action on this case please contact info@frontlinedefenders.org for further information












