Posted 2010/9/5

Bolivie: Harcèlement et stigmatisation des membres de l'Assemblée Permanente des Droits Humains de Bolivie (APDHB)

Front Line est préoccupée par les récents incidents de harcèlement et stigmatisation de l'Asamblea Permanente de Derechos Humanos de Bolivia - APDHB ( Assemblée Permanente des Droits Humains de Bolivie), et en particulier des avocat-es des droits humains Dr Jorge Wilder Quiroz Quispe et Dr Claudia Lecoña, mariés, et de Dr Marcelo H Garcia.

Informations Complémentaires

APDHB est une organisation indépendante de défense des droits humains qui enquête sur les violations des droits humains en Bolivie.

Le 17 août 2010, la Présidente d'APDHB, Mme Yolanda Herrera, a présenté le "Rapport  Caranavi", qui présente les conclusions de l'APDHB concernant leur enquête sur des événements qui ont eu lieu les 7 et 8 mai 2010, lors d'une opération de police dans la région de Caranavi. La police est intervenue pour disperser un groupe de manifestants qui bloquaient une route importante. Au cours de cette opération deux jeunes sont décédés dans des circonstances qui n'ont jamais été éclaircies.

Toujours le 17 août, Jorge Wilder Quiroz Quispe et Claudia Lecoña, avocat-es des victimes de l'incident de Caranavi et partenaires d' APDHB, ont porté plainte contre M. Sacha Sergio Llorenti Soliz, Ministre du Gouvernement, M. Gustavo Torrico, ancien adjoint du Ministre de l'Intérieur et, M. Oscar Nina, Commandant Général de la Police, pour meurtre présumé.

Le vendredi 20 août, Dr Marcelo H. Garcia, un membre d'APDHB, a donné une interview à une station de radio afin de clarifier certains points du rapport. Le lundi suivant, le 23 août, lorsqu'il est retourné travailler au Département de la Gouvernance à La Paz, Marcelo Garcia aurait été informé de son renvoi de son poste d'employé, sans aucune explication.

Le 26 août, lors d'une conférence de presse, le Commandant de Police Oscar Nina a accusé Jorge Quiroz d'être un ancien policier péruvien qui n'a pas la nationalité bolivienne. Oscar Nina a aussi déclaré qu'il poursuivrait « ceux qui ont accusé la police sans preuve » (aquellos que "acusen sin pruebas a la Policía").

Tôt dans la matinée du 27 août, Jorge Quiroz et Claudia Lecoña ont demandé une injonction de la Cour contre Oscar Nina, l'accusant de discrimination, violation de leur intimité et de leur sécurité, ainsi que pour dommages psychologiques. Ils demandaient que le juge ordonne la fin des persécutions contre eux. Cette demande a été rejetée, mais le juge a recommandé à Oscar Nina de ne plus faire de déclaration publique contre les deux avocats. Plus tard le même jour, le bureau de Jorge Quiroz et Claudia Lecoña, rue Yanacocha, a été fouillé par la police, qui aurait cherché de la drogue illégale. Du matériel informatique a été saisi bien que le mandat d'arrêt n'autorisait pas de saisie.

Le 28 août 2010, leur domicile a été perquisitionné par la police, suite à une plainte anonyme présumée qui accusait les deux défenseurs des droits humains d'actes criminels. Des policiers en uniforme et en civil ont saisi des ordinateurs et du matériel. La perquisition a été filmée et il semble que la vidéo montre que des objets ont été placés sur la scène: une fille en civil a été filmée en train d'entrer dans la maison avec un sac à dos rouge. Plus, tard, ce même sac à dos a été «saisi » par les policiers qui ont mené la perquisition.

Le 30 août, l'Adjoint du Ministre de l'Intérieur et de la Police, Marcos Farfan, a donné une conférence de presse dans laquelle il déclare que Jorge Quiroz « a un statut irrégulier dans le pays » (una "estadía irregular en el país") car il est sous le coup d'une enquête en Bolivie pour narco-trafic, et qu'au Pérou il était recherché par interpol pour extradition. De plus, l'Adjoint du Ministre a déclaré qu'un mandat d'arrêt a été lancé contre Jorge Quiroz, par la Cour Suprême de Trujillo, au Pérou, et qu'il a été envoyé à Interpol en Bolivie pour qu'il soit arrêté. Le 31 août, Jorge Quiroz aurait présenté une résolution judiciaire datant de 2007, prouvant que les autorités péruviennes n'avaient entamé aucune procédure judiciaire contre lui et niant qu'un mandat d'arrêt ait été lancé contre lui.

Une seconde mise-à-sac du domicile de l'avocat aurait eu lieu le 1er septembre. Jorge Quiroz a dû présenter des documents du bureau d'Etat pour la migration. Suite à cette perquisition, il a déclaré avoir été interrogé pendant près de 3 heures au sujet de son entrée en Bolivie, comment il faisait pour subvenir à ses besoins et sur sa vie personnelle. Il a accepté de présenter plus de papiers, y compris des photocopies de ses qualifications professionnelles.

Front Line pense que les déclarations publiques, les fouilles et les enquêtes des autorités sur les défenseur-ses des droits humains mentionné-es ci-dessus en rapport à l'APDHB, constituent une tentative afin de les empêcher de poursuivre leurs enquêtes et afin de discréditer leur travail. Front Line est préoccupée pour l' intégrité physique et psychologique des membres de l'APDHB, et en particulier Jorge Quiroz, Claudia Lecoña et Marcelo Garcia.

Action Update Needed. Before taking further action on this case please contact info@frontlinedefenders.org for further information