Kisangani Donatien, RDC

TEMOIGNAGES SUR LES ATTAQUES CONTRE DES DEFENSEURS DES DROITS HUMAINS

La crise sociale en République Démocratique du Congo due à la mauvaise gouvernance depuis longtemps est aggravée par le cycle des guerres déclenchées depuis 1996 jusqu’à ce jour. L’insécurité sociale qui en découle est à la base de massives violations des droits de l’homme, plus particulièrement dans la partie Nord-Est où toutes les rebellions et autres groupes armés, locaux et étrangers qui s’affrontent chaque jour : les tueries, les massacres, la torture, les viols des femmes, la dévastation des champs, les arrestations arbitraires et les détentions illégales, l’incendie des maisons, le pillage systématiques des biens publics et privés, les déplacements massifs des populations, la restriction des libertés individuelles, l’enrôlement des mineurs dans l’armée et groupes armés, …

C’est suite à la détérioration de la situation des droits humains et l’impunité entretenue par les tenants du pouvoir que plusieurs associations des droits de l’homme, et particulièrement de l’Est du pays, se sont engagées dans le travail de l’éducation aux droits de l’homme, la surveillance, l’enquête, la documentation, la dénonciation et l’assistance des cas de violations des droits de l’homme.

Pour réaliser ce travail sur terrain et au profit de la population, les défenseurs des droits de l’homme consentent beaucoup de sacrifices qui leur permettent d’atteindre leur objectif, et qui les exposent parfois aux multiples risques tels que les arrestations arbitraires, la torture, viols, intimidations, menaces, assassinats, privation des libertés individuelles et parfois à s’exiler.

En plus de l’insécurité généralisée à laquelle presque tout le monde est exposé pour que ses droits et libertés soient violés, les défenseurs des droits de l’homme sont les plus ciblés par le pouvoir par leur travail d’éveil de la population par la vulgarisation des instruments juridiques de protection des droits humains, et de dénonciation des cas de violations de ces droits.

Dans le but de couvrir les sources des preuves des abus et violations des droits de l’homme dénoncés souvent par les défenseurs des droits humains, le pouvoir en place se permet d’attaquer ces derniers pour échapper aux éventuelles poursuites judiciaires et de les décourager, en les substituant en opposants au régime.

Les tenants du pouvoir, et particulièrement les responsables des différents ex-mouvements rebelles du Nord-Est de la République Démocratique du Congo, harcèlent et menacent les associations ou les personnes engagées dans la défense aux droits de l’homme, qui dénoncent les atteintes aux droits humains, et qui informent le monde extérieur de la situation générale des droits de l’homme dans cette partie du pays à cause de leur ignorance des instruments juridiques des droits humains, et particulièrement de la déclaration des Nations-Unies sur les défenseurs des droits de l’homme. A titre d’illustration, découvrez des cas ci-dessous :

1. Dans la nuit du 25 au 26/05/2003 vers 19h30’, au quartier Songo, sur l’avenue de l’Alliance en ville Uvira, dans le Territoire d’Uvira, Province du Sud-Kivu à l’Est de la R.D.Congo, le nommé KATAMBAY NTUMBA Charles, âgé de 42 ans, marié et père de 3 enfants, défenseur judiciaire et activiste des droits de l’homme oeuvrant dans l’association Groupe de Voix sans Voix (G.V.S.V.), a été tué par un militaire du Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD), principal mouvement rebelle qui contrôle l’Est de la R.D.Congo, répondant au nom de HABIMANA SAFARI, devant la porte de sa résidence. Le motif de cet assassinat n’a pas été connu. 2. Le 05/08/2001, en ville d’Uvira dans le Territoire d’Uvira, Province du Sud-Kivu à l’Est de la R.D.Congo, le nommé MAJALIWA KANAZI, Coordinateur de l’association de défense des droits de l’homme dénommée Comité d’Action pour le Développement Intégral, CADI, a été arrêté par Mr David MUNYAMAHORO, chargé d’investigations au service de sécurité (DSR), du Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD) à Uvira, principal mouvement rebelle qui contrôle l’Est de la R.D.Congo, suite à l’apparition d’un article dans l’éditorial AMANI, publié au mois de juin 2001 par la Ligue des Droits de la Personne dans la Région des Grands Lacs, LDGL, titré « Uvira, triangle de la mort ». Cet article a dénoncé les cas de tueries à Uvira, perpétrées par les Guerriers Banyamulenge, les militaires du Rassemblement Congolais pour la Démocratie, et les miliciens Mai-mai au mois d’août 1998, avec comme source d’information, l’organisation non-gouvernementale CADI. Dès l’apparition de ce magazine, la victime a été arrêté et détenu pendant 2 jours au cachot de la police zone. 3. Le 27/6/2003 à Uvira, le nommé Donatien KISANGANI M., oeuvrant au sein de l’association Solidarité-Echange pour le Développement Intégral, SEDI, a été arrêté pendant 13 jours par le service de sécurité du Rassemblement Congolais pour la Démocratie, RCD, accusé d’appartenir à un mouvement dénommé service de liaison armée pour la population, SLAP, qui collabore avec les Mai-mai et le Gouvernement de Kinshasa. La victime a été détenue pendant 8 jours à l’auditorat militaire et 5 jours à la prison centrale d’Uvira. Il a été libéré le 10/07/2003.