Colombie: un nouveau rapport de Front Line dénonce les assassinats continus des défenseurs des droits humains

La semaine même où un ancien lieutenant-colonel de l’armée et 14 soldats ont été déclarés coupables, par la brigade anti-drogue, d’avoir tué dix policiers dans une embuscade, Front Line a sorti un nouveau rapport sur les attaques dont sont victimes défenseurs des droits humains, syndicalistes, journalistes et juges. Ce rapport démontre l’étendue des collusions entre les services de sécurité, les groupes paramilitaires et les trafiquants de drogue. « Malgré l’apparent succès de la démobilisation des groupes paramilitaires, assassinats et disparitions de défenseurs des droits humains restent des actes fréquents », a déclaré Mary Lawlor, directrice de Front Line, qui a dirigé cette mission. « De nombreux groupes paramilitaires liés aux forces de sécurité sont toujours en opération », a-t-elle ajouté.

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Publié le 19/02/2008. Dans ce contexte général, la défense pacifique et légitime des droits humains reste sérieusement entravée par les meurtres, les attaques, les menaces, le harcèlement judiciaire, ainsi que par les campagnes de diffamation. Les mesures de protection mises en place par les autorités colombiennes ne règlent qu’une partie du problème, qui est en grande partie liée à la politique du gouvernement elle-même. Cette situation requiert la plus grande attention dans le cadre des relations internationales entretenues avec la Colombie.

En Colombie, au cours des dernières décennies, des dizaines de milliers de personnes ont été arbitrairement tuées pour des raisons politiques. Par peur des attaques, des menaces et de la répression, plusieurs millions de personnes ont été contraintes de se déplacer.

En dépit des données qui indiquent que le nombre de défenseurs des droits humains assassinés a baissé en parallèle au processus de démobilisation des groupes paramilitaires, ni les activités paramilitaires, ni les assassinats, ni les menaces contre les défenseurs des droits humains n’ont disparu. Les groupes paramilitaires utilisent les même méthodes de persécution qu’auparavant, se servant de noms tels que « aigles noirs » et « nouvelle génération ». Dans le quartier populaire de Medellín, l’intimidation incessante et les crimes liés aux groupes paramilitaires seraient acceptés par la police. La chef de communauté Judith Vergara a été assassinée le 23 avril 2007 et l’avocat Víctor Hugo Gallego a disparu le 31 décembre 2007. Tous deux travaillaient pour l’ONG Corporades pour le développement de proximité, et avaient dénoncé des menaces.

A Barrancabermeja, Yolanda Becerra, présidente de l’Organisation populaire des femmes, a été désignée « ennemie du processus de paix » par un ancien chef paramilitaire. Son organisation a reçu de nombreuses menaces écrites. Le 4 novembre, deux hommes armés ont pénétré dans l’appartement de Becerra et l’ont vandalisé; ils ont tenté de voler son ordinateur et ont menacé Yolanda « d’en finir avec sa famille si elle ne partait pas ».

Le processus de démobilisation a aussi conduit à de nouvelles persécutions contre les défenseurs des droits humains. Les audiences spéciales, qui ont débuté en 2006, n’ont pas uniquement conduit à des confessions, mais aussi à de nouvelles menaces contre les victimes et leurs avocats, comme l’ont montré plusieurs cas de menaces suivis de meurtres. Les ONG ont dénombré 19 assassinats entre janvier et septembre 2007.

Le journaliste d’investigation Gonzalo Guillén a reçu plusieurs menaces de mort depuis qu’il a dénoncé les liens que pourrait avoir la famille du Président avec des trafiquants de drogue. Guillén a décidé de quitter le pays pendant plusieurs semaines après que le Président lui-même ait mentionné son nom en octobre 2007. Depuis, il a reçu de nouvelles menaces par téléphone et par courriel, qui montrent clairement qu’il est suivi.

Pendant ce temps, le conflit armé dans le pays continue, servant de toile de fond à de graves violations des droits humains. Ces dernières années, même les régions les plus reculées du pays ont été affectées par le conflit. De nombreuses communautés indigènes d’origine africaine qui vivent dans ces régions sont désormais vulnérables aux attaques. Souvent, des communautés entières ont dû quitter leur région. La pression pour le déplacement des personnes serait plus forte dans les zones où il existe des plans de développement d'une agriculture à grande échelle, et où des concessions pour l’extraction de minerais sont sur le point d’être accordées. Lorsque les personnes ont quitté leur région, il devient plus facile pour les propriétaires terriens ou les grandes compagnies de mettre en œuvre leurs projets.

« Ces abus sont commis par toutes les parties impliquées dans le conflit, l’opposition armée, mais aussi les forces armée et les groupes paramilitaires », a déclaré Mary lawlor. Le Président Alvaro Uribe et d’autres membres du gouvernement ont fait plusieurs déclarations, comparant l’action des défenseurs des droits humains au soutien à des groupes de l’opposition armée. Par exemple, lors de son discours devant la Cour inter-américaine des droits de l’homme, durant la visite de celle-ci à Bogotá le 17 octobre 2007, le président a déclaré: « Ici, à chaque fois que les guérillas et ceux qui les soutiennent sentent qu’ils sont sur le point d'être vaincus, ils ont recours à l'appel pour violation des droits humains ».

Pour recevoir des informations complémentaires, merci de contacter : Jim Loughran, Responsable de la communication, téléphone: 00 353 1 212 37 50, mobile: 087 93 77 586, courriel: jimloughran@frontlinedefenders.org

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