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Published on Front Line (http://www.frontlinedefenders.org/fr)

Philippines: une mission de Front Line souligne les dangers encourus par les défenseurs des droits humains

By sihem.bensedrine
Créé 2007/10/16 - 18:06

À l’issue d’une visite de deux semaines aux Philippines, une délégation de Front Line s’est déclarée gravement préoccupée de la persistance des assassinats et des disparitions forcées de défenseurs des droits humains dans ce pays. Les représentants de Front Line ont rencontré des défenseurs de droits humains à Manille, Central Luzon, Zambales, Mindanao et Cebu, ainsi que des membres des forces armées, de la police, le président de la Cour suprême, la Commission des droits humains et le Ministre de la Justice.

Informations complémentaires

Publié le 27 septembre 2007. De nombreux défenseurs des droits humains que Front Line a rencontrés ont reçu des menaces de mort et deux d’entre eux ont survécu à des tentatives d’assassinat. Ils ont parlé du fichage des défenseurs des droits humains comme « communistes » ou « ennemis de l’Etat », et des assassinats commis régulièrement par des hommes masqués à moto.

« Il y a des affirmations et des contre-affirmations à propos des statistiques, mais la brutale réalité est que les avocats défenseurs et les journalistes, les paysans et les leaders syndicaux défendant les droits de leurs communautés sont pris pour cible et tués ou disparaissent en toute impunité », a déclaré à Manille, Andrew Anderson, le directeur adjoint de Front Line.

Un témoin oculaire a montré à Front Line l’endroit où Rachid Manahan, le directeur exécutif de la Coalition contre la peine de mort, avait été abattu à Davao, il y a trois ans. Les délégués ont ainsi écouté la version devenue célèbre des faits relatant comment le tireur masqué l’avait attendu puis s’était enfui sur une moto.

À Central Luzon, Front Line a rencontré des défenseurs des droits humains qui n’ont pas dormi chez eux depuis plus d’un an, étant dans l’obligation de changer constamment de demeure, à la suite des exécutions extrajudiciaires de plusieurs de leurs collègues et des menaces de mort continuelles dont ils font l’objet. Un vétéran parmi les défenseurs des droits humains a relaté comment des hommes armés sont venus à son domicile à trois reprises ces derniers mois.

Les délégués de Front Line ont soulevé auprès d’officiers supérieurs de la police et de l’armée les cas de Karen Empeño et Sherlyn Cadapan qui auraient été victimes de disparitions forcées en juin 2006, ainsi que celui de Jonas Burgos qui aurait subi le même sort en avril 2007.

Dans un témoignage présenté devant la Cour suprême en août 2007, deux frères, Raymond et Reynaldo Manalo, qui assurent avoir eux-mêmes été victimes d’une disparition forcée en février 2006, certifient avoir vu Karen Empeño et Sherlyn Cadapan et parlé avec eux au moment de leur détention illégale par l’armée. Les officiers supérieurs de la police affirment n’avoir eu aucune connaissance de ce témoignage soumis à la Cour suprême le mois précédent, mais assurent vouloir faire le suivi de ce renseignement. Dans le cas de Jonas Burgos, une voiture portant une plaque minéralogique relevée par un témoin de son enlèvement a été retrouvée dans un établissement de l’armée.

Malheureusement, de nombreux officiels que Front Line a rencontrés étaient plus intéressés à débattre des liens présumés entre l'une des organisations de défense des droits humains et le parti communiste des Philippines, que d’examiner les moyens de faire des enquêtes plus efficaces sur les exécutions extrajudiciaires et de poursuivre les responsables devant la justice. Certains militaires et des officiels du département de la Justice ont fait peu de démarches, à part nier les faits, comme le relève le rapport préliminaire du rapporteur spécial de l’ONU sur les exécutions extrajudiciaires, Philippe Alston, publié en février 2007. Toutefois, quelques officiels de la police et de l’armée ont affirmé faire des efforts dans de nombreux cas.

Front Line a également recueilli des déclarations de défenseurs des droits humains faisant état de menaces de mort lancées par le groupe d’opposition armée, la Nouvelle Armée du Peuple (NPA), contre des dirigeants communautaires défendant leurs droits.

Front Line s’est réjoui des initiatives du juge Puno, président de la Cour suprême, pour mettre en place des mesures de protection plus efficaces, dont le recours à une assignation d’Amparo. Les délégués ont aussi insisté lors de leurs réunions avec les officiels de la police et de l’armée sur la nécessité d’agir d’urgence pour déclencher des enquêtes proactives sur les cas de disparitions forcées et d’exécutions extrajudiciaires, et d’en traduire les responsables en justice.

Front Line a également rencontré des diplomates représentant l’Union européenne et certains de ses Etats membres à Manille, et leur a demandé de poursuivre leur engagement actif dans la protection des défenseurs des droits humains aux Philippines dans le cadre des lignes directrices sur les défenseurs des droits humains édictées par l’UE.


Source URL:
http://www.frontlinedefenders.org/fr/node/1111