Votre Excellence,
Je suis très inquiet au sujet de l’arrestation des 21 étudiants défenseurs des droits humains qui a eu lieu en juillet 2007, et qui a fait suite à l’arrestation de cinq étudiants défenseurs des droits humains en mai 2007. Au total, 21 étudiants militants se trouvent toujours derrière les barreaux.
Le 9 juillet 2007, 17 étudiants défenseurs des droits humains ont été arrêtés alors qu’ils participaient à une manifestation estudiantine pacifique à Téhéran. Les étudiants manifestaient pacifiquement aux abords de l’Université Amir Kabir pour célébrer le huitième anniversaire du soulèvement estudiantin de 1999, qui avait conduit à l’arrestation et aux mauvais traitements de plusieurs étudiants. Un défenseur des droits humains avait même trouvé la mort. Six autres défenseurs des droits humains (Bahareh Hedayat, Mohamed Hashemi, Mehdi Arabshahi, Ali Nikou Nesbati, Hanif Yazdani et Ali Veghfi) ont été détenus par des membres des forces de sécurité.
Plus tard au cours de cette même journée, 11 représentants étudiants (Abdollah Momeni, Bahram Fayazi, Mojtaba Bayat, Morteza Eslahchi, Habib Haji-Heidari, Massoud Habibi, Saieed Hosseinia, Arash Khandel, Ashkan Gheysvandi, Ezatollah Ghalandari et Mohammed Hossein Mehrzad) ont été arrêtés par des agents de la sécurité dans les bureaux de l’Association étudiante d’Iran. Selon certains rapports, les agents de sécurité auraient eu recours à une violence excessive durant les arrestations et auraient tiré en l’air des balles à blanc alors qu’ils confisquaient des ordinateurs et des documents, avant de bloquer l’accès aux entrées des locaux.
Bahareh Hedayat dirige le Comité des droits des femmes du Bureau étudiant pour la Consolidation de l’Unité (OCU). Bahareh Hedayat est également connue pour son militantisme; Mohamed Hashemi, est le responsable en charge de l’OCU et un représentant étudiant actif depuis 2002; Mehdi Arabshahi est membre et directeur du service politique de l’OCU; Ali Nikou Nesbati est membre et directeur du service des relations publiques de l’OCU; Yanif Yazdani, Aloi Vafaqi et Bahram Fayzi sont membres du conseil central de l’OCU; Abdollah Momeni est le porte-parole de l’Association étudiante d’Iran, une organisation qui encourage la démocratie et les droits humains, il est également un célèbre militant pro-démocratique, et Mojtaba Bayat est membre de l’Association Etudiante d’Iran.
L’étudiant militant et défenseur des droits humains Amir Yaghoob Ali a été arrêté le 11 juillet 2007 alors qu’il récoltait des signatures pour la Campagne Un Million de Signatures dans le parc Andisheh à Téhéran. Il est actuellement détenu dans la section 209 de la prison Evin. Il a été arrêté le 12 juillet suite au lancement d’un mandat d'arrêt de 48 heures.
En mai 2007, huit représentants étudiants avaient également été arrêtés à l’Université Amir Kabir: Ali Saberi, Abass Hakimzadeh, Ahmad Ghassaban, Meqdad Khalilpour, Pouyan Mahmoudian, Majid Tavakoli et Ehsan Mansoori. Cinq de ces huit étudiants ont été relâchés; les trois autres étudiants restés en détention sont Ahmad Ghassaban, Majid Tavakoli et Ehsan Mansoori. Ils auraient été victimes de mauvais traitements et de torture, auraient reçu des coups sévères, auraient été forcés de rester debout pendant 48 heures, auraient été placés en isolement cellulaire et privés de nourriture. On leur a refusé l’accès aux soins médicaux et ils ont été menacés de mort. Les membres de leur famille ont également reçu des menaces.
Toutes ces personnes arrêtées seraient détenues en isolement cellulaire dans la section 209 de la prison Evin à Téhéran. Tous se sont vus refuser l’accès à leur représentant légal et n’ont pu recevoir de visites de leurs familles. Cependant, certains détenus ont pu téléphoner à leurs proches. Des perquisitions ont été menées dans les domiciles de sept des détenus, dont celui de Abdollah Momeni, qui a été forcé d’accompagner le personnel de sécurité pendant qu’ils fouillaient sa maison. Il était menotté et portait des traces de coups et blessures, preuves des mauvais traitements subis au cours de son arrestation. Il s’est également plaint de ses conditions de détention.
Front Line pense que les événements mentionnés ci-dessus sont directement liés au travail de défense des droits humains mené par l’Association étudiante et du Bureau pour la Consolidation de l’Unité (OCU) et que cela fait partie d’une campagne permanente menée contre les représentants étudiants. Front Line est très préoccupée au sujet de l’intégrité physique et psychologique des détenus mentionnés ci-dessus en raison des tortures et des mauvais traitements subis.
Au nom de Front Line, je demande expressément aux autorités iraniennes de: 1. Libérer immédiatement et sans condition tous les étudiants défenseurs des droits humains car tout laisse à penser que ceux-ci sont détenus uniquement en raison de leur travail pacifique et légitime de défense des droits humains en Iran ; 2. Assurer l’intégrité physique et psychologique des personnes citées ci-dessus, durant leur détention; 3.Prendre les mesures pour garantir à tous les défenseurs des droits humains en Iran la possibilité de mener à bien leur travail légitime de défense des droits humains et de travailler sans peur de représailles et libres de toutes restrictions et harcèlements.
Je me permets également de vous rappeler que la Déclaration des Nations unies sur le droit et la responsabilité des individus, groupes et organes de la société de promouvoir et protéger les droits de l'homme et les libertés fondamentales universellement reconnus, adoptée par consensus par l’Assemblée générale des Nations unies le 9 décembre 1998, reconnaît la légitimité des activités des défenseurs des droits humains, leur droits à la liberté d’association et de mener à bien leurs activités sans peur de représailles. Je souhaite attirer votre attention plus particulièrement sur l’article 5, qui stipule « Afin de promouvoir et protéger les droits de l'homme et les libertés fondamentales, chacun a le droit, individuellement ou en association avec d'autres, aux niveaux national et international: a) De se réunir et de se rassembler pacifiquement; b) De former des organisations, associations ou groupes non gouvernementaux, de s'y affilier et d'y participer; c) De communiquer avec des organisations non gouvernementales ou intergouvernementales » et sur l’Article 12 (2): “ L'État prend toutes les mesures nécessaires pour assurer que les autorités compétentes protègent toute personne, individuellement ou en association avec d'autres, de toute violence, menace, représailles, discrimination de facto ou de jure, pression ou autre action arbitraire dans le cadre de l'exercice légitime des droits visés dans la présente Déclaration.”
Cordialement,