Indonésie: quatre défenseurs des droits humains pris pour cible
Yan Christian WarinussyFront Line est profondément préoccupée par la sécurité des défenseurs des droits humains Frederika Korain, Priest Perinus Kogoya, Yan Christian Warinussy et Albert Rumbekwan qui sont victimes d’actes d’intimidation, de menaces et d’attaques à la suite de rencontres avec Hina Jilani, la Représentante Spéciale du Secrétaire Général des Nations unies pour les Défenseurs des Droits Humains, à l’occasion de sa visite officielle en Indonésie le 7 juin 2007.
Frederika Korain et Priest Perinus Kogoya travaillent avec la Commission pour la Paix et la Justice pour le Diocèse de Jayapura (SKP Jayapura). Yan Christian Warinussy est le Directeur Exécutif de l’Institut de Recherche, d’Analyse et de Développement pour l’Assistance Juridique (LP3BH) à Manokwari, et Albert Rumbekwan est le directeur de la Commission Nationale pour les Droits de l’Homme (Komnas Ham), dans la Province de Papua.
Le 8 juin, alors que Frederika Korain et Priest Perinus Kogoya revenaient d’une audience publique avec Hina Jilani à Jakarta, une voiture a percuté le véhicule dans lequel ils se trouvaient. Deux hommes en sont sorti et ont affirmé être des commandants des services de renseignement du commandement militaire régional de Trikora. Les policiers qui ont été témoins de l’accident n’ont pas essayé d’appréhender ou de questionner les deux hommes.
Le jour suivant, le 9 juin, Yan Christian Warinussy a remarqué une voiture garée devant sa maison pendant 20 minutes. La même voiture serait revenue plus tard dans la nuit. Yan Christian Warinussy a demandé à être escorté par les Brigades de Paix Internationales (PBI). Le 16 juin, Yan Christian Warinussy et deux membres des PBI ont remarqué une voiture métallisée garée à l’extérieur de la maison du défenseur des droits humains. Elle est partie après 20 minutes et est repassée devant la maison plus tard dans la nuit. Le véhicule est immatriculée au nom de la compagnie de téléphone Manokwari Telkomsel, mais serait régulièrement prêtée à un employé de la Marine Indonésienne qui serait un officier des renseignements des Forces Armées de l’Agence de Renseignement Stratégique (BAIS) à Manokwari.
Le 11 juin 2007, Albert Rumbekwan a reçu un message SMS de menace; on pouvait y lire: « Toi qui fait des rapports sur la situation des droits humains en Papua, tu essaies de détruire les gens. Tu veux des preuves sur des meurtres perpétrés, je tuerais ta tribu, ta famille et tes enfants seront réduits à l’état d’os qui montreront qu’il n’y a qu’une zone de paix en Papua. »
Le 14 juin, Albert Rumbekwan a reçu cinq messages SMS de menace provenant du même numéro de téléphone. Il a également reçu un appel téléphonique de ce numéro demandant une rencontre dans un hôtel ce soir-là. Il ne s’est pas rendu au rendez-vous. Plus tard ce jour-là, des personnes non identifiées réparties dans trois véhicules se sont garées à proximité de son bureau. Les individus auraient commencé à crier pour faire sortir Albert Rumbekwan de son bureau. Il est resté dans le bâtiment et les individus sont restés à l’extérieur. Lorsqu’ Albert Rumbekwan est sorti de son bureau, les trois véhicules l’ont suivi jusqu’à son domicile.
Front Line estime que Frederika Korain, Priest Perinus Kogoya, Yan Christian Warinussy et Albert Rumbekwan, ont été ciblés du fait des rencontres qu’ils ont eu avec Hina Jilani la Représentante Spéciale du Secrétaire Général des Nations unies pour les Défenseurs des Droits Humains, au cours desquelles elle a été informée des violations des droits humains perpétrées en Papouasie occidentale. Front Line considère que ces actes d’intimidation, ces menaces et ces attaques constituent une tentative de les empêcher de rendre compte de leur constats et de mener leurs activités légitimes en faveur des droits des droits humains. Front Line exhorte les autorités indonésiennes à ouvrir immédiatement une enquête sur ces actes d’intimidation, menaces et attaques à l’encontre de Frederika Korain, Priest Perinus Kogoya, Yan Christian Warinussy et Albert Rumbekwan, afin de traduire les responsables en justice.