Chapitre 11: La sécurité dans les zones de conflit armé

Objectif

Réduire les risques inhérents aux zones de conflit armé.

Le risque dans les situations de conflit

Travailler dans des zones de conflit expose les défenseurs des droits humains à des risques précis, particulièrement dans des situations de conflit armé : Un nombre élevé des civils tués sont victimes de pratiques guerrières sans distinction et beaucoup d’autres meurent parce qu’on les prend pour cible, un fait qu’il faut reconnaître. L’action politique est toujours nécessaire pour le souligner et tenter d’y mettre fin.

Bien qu’il soit impossible de maîtriser les hostilités en cours vous pouvez modifier votre comportement pour éviter d’être touché par le conflit ou pour réagir de manière adéquate si quelque chose se produit.

Si vous êtes établi dans une zone où il y a l’action armée est fréquente, vous aurez probablement déjà pris les contacts nécessaires à votre protection ainsi qu’à celle de votre famille et de vos collègues, tout en essayant de poursuivre vos activités.

Cependant, si vous travaillez dans une zone de conflit armé où vous n’êtes pas basé, vous devez dès le départ avoir trois choses à l’esprit:

1. Quel degré de risque êtes-vous prêt à tolérer ? Ceci s’applique aussi aux individus ou aux organisations avec qui vous coopérez.

2. Est-ce que les avantages de votre présence dans cette zone l’emportent sur les risques encourus ? Les activités de défense des droits humains ne peuvent être poursuivies durablement au prix d’une exposition accrue à un risque élevé.

3. Estimer simplement que vous "connaissez la zone" et "savez beaucoup sur les armes" ne vous protègera pas si on tire sur vous ou si vous subissez une attaque de mortiers ou d’un franc-tireur.

Le risque d’être pris pour cible

Les types de tirs

Vous pouvez être exposés aux tirs de fusils d’assaut, de pistolets - mitrailleurs, d’obusiers, de lance-roquettes multiples, de bombes et de missiles sol-sol (balistiques), air-sol, mer-sol. Les tirs peuvent vous viser plus ou moins directement et vont des tirs d’un franc-tireur ou de l’assaut par hélicoptère de combat par conditions de bonne visibilité aux assauts d’obusiers dirigés ou aux barrages d’artillerie. Il peut s’agir également de tirs de saturation qui visent à "pulvériser" une zone entière.

Plus le tir vise un but précis, plus votre risque est faible - tant que vous n’êtes pas la cible des tirs ni la zone où vous vous trouvez ou les zones limitrophes. Dans de telles circonstances, le risque diminue si vous parvenez à quitter la région. Dans tous les cas, souvenez-vous que si vous êtes sous le feu, il sera difficile de déterminer si vous êtes la cible ou non. Déterminer ceci n’est pas prioritaire, comme nous verrons plus loin.

Prendre des précautions: réduire votre vulnérabilité aux tirs

1. Évitez les zones dangereuses Dans les zones de combat ou de terrorisme, évitez d’installer votre base, d’avoir un bureau ou de séjourner de manière prolongée à proximité d’une cible d’attaque éventuelle, telle qu’une garnison ou une installation de télécommunications. Il en va de même avec les zones stratégiques comme les routes d’accès aux zones urbaines et les sorties, les aéroports et les points de vue contrôlant les environs.

2. Trouvez une protection adéquate contre les attaques

  • Les éclats de verre de fenêtres voisines sont l’une des causes principales de blessure. Obturer une fenêtre avec des planches ou les recouvrir de ruban adhésif peut réduire le risque que cela arrive. En cas d’attaque, éloignez-vous des fenêtres et couchez-vous immédiatement par terre, sous une table ou de préférence dans une pièce centrale aux murs épais, ou encore mieux, dans un sous-sol.
  • Les sacs de sable peuvent parfois être utiles, mais seulement si les bâtiments voisins en sont également équipés, sinon vous risquez d’attirer une attention indésirable.
  • Si vous n’avez rien d’autre sous la main, le sol ou un enfoncement du sol peuvent vous protéger partiellement.
  • Un simple mur de briques ou la portière d’une voiture ne vous protègeront pas de tirs de fusil ou d’armes lourdes. Le pilonnage d’artillerie et les roquettes peuvent tuer à une portée de plusieurs kilomètres, donc vous ne devez pas être à proximité immédiate pour être touché.
  • Les explosions de bombes ou d’obus peuvent endommager vos tympans. Couvrez-vous les oreilles des deux mains et ouvrez la bouche légèrement.
  • Une identification visible de vos bureaux, de votre emplacement ou de véhicules peut être utile, mais sachez que cela n’arrive que dans les régions où vos attaquants respectent normalement votre travail. Si ce n’est pas le cas, vous courez un risque inutile. Si vous désirez signaler votre présence faites-le avec un drapeau, des couleurs ou des signaux sur les murs ou les toits (s’il y a un risque d’attaque aérienne).

3. Voyager à bord de véhicules Si vous êtes à bord d’un véhicule sur lequel on tire directement, vous pouvez essayer d’évaluer la situation, mais une évaluation correcte est très difficile dans une telle situation. En général, il est utile de supposer que le véhicule est ou sera la cible et il convient alors de quitter le véhicule et de vous mettre à l’abri immédiatement. Un véhicule est une cible claire. Il est vulnérable et des éclats de verre des fenêtres ou d’explosion de réservoirs de pétrole peuvent vous blesser, en plus des tirs directs. Si les tirs ne sont pas trop proches essayez de poursuivre votre route jusqu’à ce que vous trouviez un abri à proximité.

Mines terrestres et artillerie non-explosée (UXO)

Les mines terrestres et l’artillerie non-explosée sont une menace grave pour les civils dans des zones de conflits armés. Elles existent sous différentes formes:

  • Les mines:
    • Les mines anti-char sont déposées sur les routes et les sentiers et sont capables de détruire un véhicule normal.
    • Les mines anti-personnelles sont plus petites et sont susceptibles d’être posées partout où des personnes peuvent circuler. La plupart des mines anti-personnelles sont enfouies dans la terre. N’oubliez pas que les personnes qui plantent ces mines sur la route peuvent aussi les planter dans les champs d’à côté et sur des chemins plus petits des environs.
  • Les objets piégés (booby traps):

Les objets piégés ou booby traps sont de petits explosifs cachés dans un objet paraissant inoffensif ou attrayant (il peut être colorié), qui explosent au moindre contact. Le terme est aussi utilisé pour les mines reliées à un objet qui peut être déplacé ou activé à distance (d’un cadavre à une voiture abandonnée).

  • L’artillerie non - explosée

Elle comprend toute munition qui a été tirée mais qui n’a pas explosé.

La prévention contre les mines et l’artillerie non explosée

Le seul moyen d’éviter les zones minées est de connaître leur emplacement. Si vous n’êtes pas basé dans la région ou que vous n’y vivez pas, vous pourrez uniquement localiser les mines terrestres en demandant continuellement et activement la population locale ou des experts si des explosions ou des combats ont eu lieu dans la région. Il vaut mieux emprunter des routes principales goudronnées, des routes praticables utilisées réglièrement et suivre les pistes d’autres véhicules. Ne quittez pas les routes principales avec ou sans votre véhicule et ne roulez pas sur le trottoir ou la bande d’arrêt d’urgence. Les mines ou d’autres pièces d’artillerie non explosées peuvent rester cachées et actives pendant des années.

Les munitions non explosées peuvent apparaître dans les endroits où des combats et des tirs ont lieu et elles peuvent être visibles. La règle d’or est de ne pas vous en approcher ni de les toucher, de signaler si possible leur emplacement et d’informer autrui immédiatement.

Les objets piégés se trouvent en général dans les zones abandonnées par les combattants. Dans ces endroits il est impératif de ne toucher ni de bouger quoi que ce soit et de ne pas vous approcher de bâtiments à l’abandon.

Si une mine explose sous un véhicule ou sous les pieds d’une personne à proximité

Il y a deux règles d’or:

1. Une mine annonce toujours d’autres mines.
2. N’agissez jamais de manière impulsive même si il peut y avoir des personnes blessées.

Si vous devez quitter l’endroit où vous vous trouvez, rebroussez chemin sur les traces de vos pas s’ils sont visibles. Si vous êtes à bord d’un véhicule et que vous suspectez la présence de mines anti-char, abandonnez le véhicule et rebroussez chemin en suivant la piste du véhicule. Si vous vous approchez d’une victime ou que vous quittez une zone minée, le seul moyen est de vous mettre à genoux ou de vous allonger puis de commencer à donner des petits coups très légers avec la pointe d’un brindille de bois ou d’une tige en métal que vous enfoncez prudemment dans le sol à un angle de 30 degrés pour tenter de trouver un objet solide. Si vous touchez un objet solide, dégagez-en très doucement le pourtour jusqu’à ce que vous puissiez l’identifier clairement. Les mines peuvent aussi être déclenchées par des fils de détente. Ne coupez pas de fils si vous en trouvez. Tout ceci peut, bien entendu, prendre un temps considérable.