Les femmes ont toujours été des protagonistes importants de la défense et la protection des droits humains. Pourtant, leur rôle n’a pas toujours été reconnu positivement. Les femmes travaillent seules et collaborent avec des hommes pour défendre les droits humains. Beaucoup de femmes appartiennent à des organisations qui s’occupent de personnes disparues ou de prisonniers. D’autres défendent les droits des minorités ou des victimes de violence sexuelle, d’autres encore sont syndicalistes, avocates ou militent en faveur des droits à la terre.
Dans son rapport annuel à la commission sur les droits humains de 2002, Hina Jilani, la représentante spéciale du Secrétaire général des Nations unies sur les défenseurs des droits humains, déclare que :
Les facteurs comme l’âge, l’origine ethnique, l’éducation, l’orientation sexuelle et l’état civil doivent également être pris en compte puisque chaque groupe de défenseurs femmes connaît des défis différents avec des besoins de protection et de sécurité spécifiques.
L’évaluation des besoins de protection des femmes défenseurs permettra de définir plus précisément les besoins spécifiques et souvent variés des femmes défenseurs, leurs vulnérabilités et leurs stratégies pour y faire face. De cette façon, leurs problèmes peuvent trouver des réponses plus appropriées dans les cas d’urgence ou de difficultés au quotidien.
Les femmes défenseurs des droits humains payent un lourd tribut pour leur travail de défense et de promotion des droits humains. Les femmes défenseurs doivent faire face à des risques inhérents à leur genre et leur sécurité nécessite par conséquent une démarche spécifique. Voici une liste d’explications possibles :
Les femmes peuvent susciter de l’attention indésirable.
Les femmes défenseurs peuvent susciter de l’hostilité puisque leur double qualité de femmes et de défenseurs des droits humains pourrait braver des valeurs culturelles, religieuses et sociales locales de la féminité et du rôle des femmes. Les femmes défenseurs pourraient subir des violations des droits humains pas seulement par leur travail, mais simplement parce qu’être une femme qui travaille ou défendre les droits humains peuvent heurter les stéréotypes de la société de la nature soumise des femmes et les convictions à propos de leur statut.
Les femmes défenseurs devront peut-être enfreindre des lois patriarcales et des tabous sociaux.
Dans certains pays, défendre le droit des femmes à la vie et à la liberté a amené les femmes défendeurs à voir leur propre vie et leur liberté violées. De même, c’est pour avoir dénoncé des pratiques discriminatoires qu’une éminente avocate des droits de la femme a été poursuivie pour apostasie. Dans beaucoup de cultures, l’obligation pour les femmes de se soumettre aux hommes en public peut les empêcher de dénoncer ouvertement les violations de droits humains par des hommes. Certaines interprétations discriminatoires ou sexistes de textes religieux sont souvent invoquées pour maintenir ou établir des lois ou des pratiques qui ont un impact énorme sur les droits des femmes.
Il existe des types d’agressions spécifiques contre les femmes défenseurs.
L’hostilité, le harcèlement et la répression subis par les femmes défenseurs peuvent être spécifiques au genre et vont d’une violence verbale exclusivement destinée aux femmes au harcèlement sexuel et au viol. Les conséquences de telles agressions peuvent également être spécifiques aux femmes, avec une possible grossesse ou le rejet par la société.
Les femmes défenseurs se verront obligées de « défendre » leur intégrité:
Le professionnalisme des femmes et leur position dans la société peuvent être menacés et discrédités de manières qui leurs sont propres comme lorsque leur intégrité est mise en cause.
Leurs collègues masculins pourront ne pas comprendre, ou même rejeter, le travail des femmes défenseurs.
Les collègues masculins des femmes défenseurs des droits humains peuvent avoir les mêmes préjugés moraux que les personnes extérieures qui les agressent. Les hommes pourraient aussi se sentir menacés par la rivalité professionnelle avec une femme. Ceci peut donner lieu à des tentatives de marginalisation et de sape des femmes défenseurs des droits humains et peut parfois avoir pour résultat du harcèlement et de la violence contre les femmes défenseurs de la part de leurs collègues.
Les femmes défenseurs pourraient être victimes de violence conjugale:
La violence conjugale peut découler de structures de pouvoir changeantes dans les familles. Le rôle professionnel et l’habilitation grandissantes d’une femme défenseur pourraient amener son mari, partenaire ou les membres de sa famille à se sentir menacés et les pousser à vouloir mettre fin à ses activités ou à devenir violents. La violence conjugale à l’encontre des femmes comprend tout préjudice physique, sexuel et psychologique porté au sein de la famille, tels que la maltraitance, le viol conjugal, la mutilation génitale et d’autres pratiques traditionnelles portant atteinte aux femmes (voir ci-dessous).
Des obligations familiales supplémentaires:
Beaucoup de femmes défenseurs doivent s’occuper d’enfants et d’autres parents en plus de leur travail. De telles responsabilités surtout s’il y a des enfants en bas âge, influenceront de nombreuses décisions de sécurité qu’une femme défenseur sera amenée à prendre dans une situation de risque élevé.
Il faut reconnaitre que les femmes défenseurs représentent une grande variété d’êtres humains vivant des problèmes différents, venant d’horizons différents et exigeant des solutions différentes. Retenons avant tout que les femmes sont des défenseurs des droits humains capables d’identifier des problèmes et dy trouver des réponses, quelles que soient les conditions de sécurité. Afin dy parvenir, il faut intégrer la participation des femmes, veiller à ce que les aspects spécifiques au genre en matière de sécurité des femmes soient abordés et offrir des formations :
Elargir la participation des femmes défenseurs
En substance, cela signifie garantir la participation à part entière des femmes aux prises de décision à côté des hommes, aborder les questions de sécurité des femmes et placer les femmes sur un pied d’égalité avec les hommes lorsque on définit les mesures préventives de sécurité. Il est important de prendre en compte les expériences des femmes et leurs points de vue et de garantir qu’elles définissent effectivement les règles et procédures de sécurité, qu’elles les vérifient et les évaluent.
Garantir l’examen des besoins de sécurité et de protection propres au genre
Comme pour d’autres besoins de sécurité, il est essentiel de répartir les responsabilités en matière de violence contre les femmes et de risques de sécurité des défenseurs femmes au sein d’une organisation ou d’un groupe de défenseurs. Idéalement les responsables de la sécurité connaîtront bien les besoins spécifiques des défenseurs femmes. Parfois il faudra nommer quelqu’un pouvant apporter une connaissance et une compréhension précises à la question. Une personne peut être chargée de la sécurité, mais ensuite l’organisation charge une autre personne formée et compétente de la question de la violence fondée sur le genre. Dans ces cas, les deux personnes devront veiller par une collaboration étroite à ce que les procédures de sécurité fonctionnent toutes sans heurt et répondent aux besoins spécifiques de chacun.
La formation
La formation pour tous ceux qui travaillent ensemble au sein d’une organisation des droits humains est la clé pour améliorer la sécurité et la protection et devrait aussi sensibiliser aux besoins spécifiques des femmes défenseurs. Dénoncer la violence à l’encontre des femmes est encore une pratique trop rare. Une conscience générale de la violence spécifique au genre au sein de l’organisation ou du groupe permet plus facilement aux personnes de parler des menaces ou des incidents spécifiques au genre. Des membres peuvent aussi se porter volontaires comme ‘points de chute’ pour les défenseurs femmes et hommes qui souhaitent pouvoir répondre aux menaces spécifiques au genre et à la violence qu’eux-mêmes ou d’autres subissent dans l’organisation ou la communauté.
En résumé:
les différents besoins de sécurité des femmes sont liés à leurs rôles différents, à différents types de menaces et aux différences entre des situations spécifiques (comme la détention, le travail sur le terrain, etc.). L’objectif est de mettre au point des réponses à la violence contre les femmes et autres défenseurs spécifiques au genre.
La prévention d’une agression sexuelle peut être semblable à celle d’autres agressions, notamment les agressions liées à la criminalité de droit commun. Les agressions sexuelles peuvent ressembler à une répression du travail des défenseurs, les victimes étant alors des cibles présélectionnées ou correspondant à un intérêt précis.
Tous, hommes et femmes, peuvent être victimes d’une agression sexuelle mais les femmes sont des cibles plus fréquentes. L’agression sexuelle est un crime de pouvoir et de violence, et le contact sexuel n’est qu’un autre moyen pour l’agresseur de démontrer son pouvoir.
Rappelez-vous souvent les femmes emmenées de force à un autre lieu par un agresseur potentiel sont violées (et battues voire assassinées), et que les femmes devraient donc toujours décider de manière énergique et nette de ne pas accompagner un agresseur potentiel à un autre lieu (à moins qu’un tel refus ne mette sérieusement sa vie ou celle d’autrui en danger).
Il y a très peu de choix pour répondre à une agression sexuelle et la décision appartient strictement à la victime. Il n’y a pas de bonne ou mauvaise façon de réagir. Les choix de la victime d’une agression sexuelle sont:
1. La soumission. Si la victime craint pour sa vie ou celle d’autrui, elle peut décider de se soumettre à son agresseur.
2. La résistance passive. Le fait de faire ou de dire quelque chose de désagréable ou de dégoûtant qui coupe l’appétit sexuel de l’agresseur. Dites-lui que vous êtes infectée par le SIDA, que vous avez la diarrhée, faites-vous vomir, etc.
3. La résistance active. Mobilisez votre force physique comme vous le pouvez pour repousser l’agresseur, que ce soit en frappant, donnant des coups de pied, mordant, griffant, criant ou en vous enfuyant en courant.
Dans tous les cas, faites ce que vous devez pour survivre. Suivez votre instinct. Personne ne sait comment il réagirait dans un cas pareil et votre réaction sera la bonne pour vous vu la situation..
Toutes les organisations et les groupes de défenseurs des droits humains devraient disposer de plans de prévention et de réaction pour les cas d’agressions sexuelles. Le plan de réaction devrait comprendre au moins des soins médicaux efficaces pour la victime, y compris un soutien psychologique (à savoir un dépistage des maladies sexuellement transmissibles immédiatement après l’agression suivi par des contrôles réguliers, la pilule du lendemain, etc.) et des conseils juridiques.
Il faut trouver un juste milieu entre garantir que la victime ait accès au soutien des spécialistes et veiller à ce que l’organisation réagisse en apportant le soutien approprié à la victime. Veuillez vous rapporter également au chapitre 5, « Prévenir les agressions et y réagir ».