La sécurité du siège de l’organisation ou de ses bureaux, et aux domiciles des défenseurs est d’une importance fondamentale pour leur travail. Nous prendrons le temps d’étudier en profondeur la manière d’analyser et d’améliorer la sécurité d’un bureau ou d’un domicile. (Par simplicité, nous parlerons désormais de "bureaux" bien que l’information qui suit s’applique de la même façon à la sécurité au domicile.)
Notre objectif pour l’amélioration de la sécurité se résume en quelques mots : empêcher tout accès non autorisé. Dans de rares cas il faudra également protéger un bureau contre une attaque éventuelle (ex. contre un bombardement).
Ceci nous amène à la première considération : les vulnérabilités d’un bureau. Elles peuvent augmenter les risques, en fonction du degré de menace auquel vous êtes confronté. Par exemple, s’il est existe un risque que l’on vous vole du matériel ou des informations, vous devrez vous attaquer aux vulnérabilités. Une alarme de nuit ne servira pas à grand-chose si on ne prévoit personne pour se déplacer et vérifier ce qui s’est passé. Par ailleurs, s’il y a effraction violente en plein jour, une grille renforcée sur les portes ou des alarmes ne seront pas très utiles. En bref, agissez en fonction des menaces auxquelles vous êtes confronté et du contexte dans lequel vous travaillez.
Cependant il est important de trouver un moyen terme entre l’adoption de mesures de sécurité appropriées et le fait de donner l’impression aux personnes de l’extérieur que vous « cachez » ou « protégez » quelque chose, car cela suffit à vous exposer au risque. En matière de sécurité d’un bureau, il vous faudra souvent choisir entre un profil bas ou des mesures plus visibles lorsqu’elles s’imposeront.
Si des personnes veulent entrer dans votre bureau à votre insu, ils ne choisiront pas l’accès le plus difficile pour le faire. Le moyen le plus facile d’entrer dans un bureau pour observer ce qui se passe à l’intérieur des locaux revient parfois à frapper tout simplement à la porte et à entrer.
Les facteurs dont il faudra tenir compte lors de l’installation d’un bureau sont : le voisinage, si les locaux étaient associés à un groupe particulier ou à des activités par le passé, l’accès par les transports publics ou privés, les risques d’accidents, si les locaux se prêtent aux mesures de sécurité, etc (à consulter aussi le risque dans l’évaluation de l’emplacement ci-dessous).
Il est utile d’étudier quelles mesures de sécurité ont été prises par d’autres dans le même quartier. Si les mesures sont nombreuses, cela peut indiquer qu’il y a de l’insécurité liée à la criminalité de droit commun. Il est aussi important de parler de la sécurité locale aux habitants des environs En tous les cas, veillez à ce que les mesures de sécurité puissent être prises sans attirer une attention excessive. Il est également utile de faire connaissance avec les habitants puisqu’ils pourront vous informer de la moindre chose suspecte dans le voisinage.
Il est tout aussi important de vérifier qui est votre propriétaire. Quelle est sa réputation ? Pourrait-il s’avérer sensible aux pressions des autorités ? Acceptera-t-il que vous mettiez en place des mesures de sécurité ?
Lors du choix d’un bureau, il convient de prendre en compte quel public il recevra. Un bureau qui dispensera des conseils juridiques aux victimes devra répondre à d’autres exigences qu’un bureau servant avant tout de lieu de travail. Il est important de prendre en considération l’accès à ce bureau par transport public – les trajets entre les domiciles des membres et le lieu où se déroulent la majeure partie des activités, etc. seront-ils dangereux ? Les environs doivent être analysés, particulièrement si on veut éviter de devoir traverser des zones dangereuses.
Une fois que l’emplacement a été choisi, il est important d’évaluer ponctuellement la donne, qui peut évoluer, comme p.ex. quand un « élément indésirable » s’installe dans le quartier.
L’objectif premier pour la sécurité d’un bureau est de refuser l’accès non autorisé aux personnes. Une ou plusieurs personnes pourraient entrer pour voler, obtenir des informations, cacher quelque chose qui pourrait être utilisé contre vous à une date ultérieure, tels que de la drogue ou des armes, ou pour vous menacer. Chaque cas est différent, mais le but reste le même. Faites tout pour l’éviter.
L’accès à un bâtiment est contrôlé par des barrières matérielles (barrières, portes, grilles), par des mesures techniques (alarmes avec veilleuses) et des procédures d’admission des visiteurs. Chaque barrière et chaque procédure sont un filtre à travers lequel quiconque voulant entrer doit passer. Dans l’idéal ces filtres devraient être combinés pour former plusieurs niveaux de protection, capables d’empêcher les différentes sources d’entrée non autorisées.
Les barrières servent à bloquer physiquement l’entrée aux personnes non autorisées. Le niveau d’utilité des barrières physiques dépend de leur solidité et de la capacité à boucher toutes les brèches vulnérables des murs.
1. La zone extérieure : les clôtures, les murs ou autre, au-delà d’un jardin ou d’une cour.
2. Le périmètre du bâtiment.
3. La zone intérieure: les barrières qui peuvent être créées à l’intérieur d’un bureau pour protéger une ou plusieurs pièces. Ceci est très utile dans les bureaux avec beaucoup de passage, puisque cela permet de délimiter une zone accessible au public et une zone plus restreinte qui peut être protégée par des barrières supplémentaires.
Le bureau devrait être visiblement délimitée à l’extérieur par des clôtures hautes ou basses, de préférence solides et hautes pour rendre l’accès plus difficile. Une grille ou du treillis métallique exposeront davantage le travail de l’organisation, et il est donc souhaitable de faire construire un mur en brique ou d’un matériau solide similaire.
Ceci comprend les murs, les portes, les fenêtres et le plafond ou le toit. Si les murs sont solides, toutes les ouvertures et le toit le seront automatiquement. Les portes et les fenêtres doivent avoir des verrous de qualité et être renforcés par des grilles, de préférence avec des barreaux verticaux et horizontaux qui soient fermement scellées dans la paroi. S’il y a un toit, il devrait offrir une bonne protection, et ne pas être simplement une tôle de zinc ou une couche de tuiles. Si le toit ne peut pas être renforcé, il faut bloquer tous les accès possibles au toit depuis la rue ou les bâtiments alentour. Dans un endroit où il existe un risque d’attaques armées, il faut établir des zones protégées à l’intérieur même du bureau (voir chapitre 11 sur la sécurité dans des zones de conflit armé).
Il en va de même que pour les bâtiments et les locaux. Il est très utile d’avoir un espace à sécurité maximale dans les locaux et généralement, il est assez facile à créer. Même un coffre-fort peut compter comme zone intérieure de sécurité.
Les mesures techniques renforcent les barrières matérielles ou les procédures d’admission des visiteurs, comme par exemple les judas, les interphones, les caméras vidéo (voir ci-dessous). Les mesures techniques ne sont utiles que si elles visent à la dissuasion des cambrioleurs. Elles doivent provoquer un effet automatique déterminé, par exemple attirer l’attention des voisins, de la police ou d’une entreprise de sécurité privée. Si ce n’est pas le cas, et que l’intrus sait qu’il n’en sera rien, de telles mesures ne servent à rien et se limiteront à empêcher des délits de vol insignifiants ou à garder une trace des personnes qui sont rentrées.
Une alarme peut déclencher un signal sonore d’avertissement à l’intérieur d’un bureau, une lampe de sécurité, un son, un bruit ou une sonnette très sonores, ou un signal dans un centre de sécurité indépendant. Une alarme audio est utile pour attirer l’attention mais peut être contre-productive dans les situations de conflit ou si vous ne vous attendez pas à ce que les voisins réagissent. Il faut faire un choix judicieux entre une alarme sonore et une alarme lumineuse (soit une lumière fixe et puissante, soit une lumière rouge intermittente). Cette dernière peut suffire à dissuader un intrus parce qu’elle annonce d’autres mesures une fois l’intrus détecté.
Les alarmes devraient être posées aux points d’accès (les cours intérieures, les portes et les fenêtres, et les espaces vulnérables tels que les pièces où sont conservées des informations sensibles). Les alarmes les plus simples sont les détecteurs de mouvement, qui activent une lumière, émettent un signal sonore ou déclenchent une caméra lorsqu’un mouvement est détecté.
Les caméras vidéo peuvent être un facteur d’amélioration des procédures d’admission (voir ci-dessous) ou d’enregistrement des personnes qui entrent dans le bureau. Cependant l’enregistrement doit se faire hors de l’accès de l’intrus qui pourrait ouvrir la caméra et détruire la cassette.
Vous devrez éventuellement vérifier que les caméras ne dissuadent pas votre public cible, à savoir des victimes et des témoins, et qu’elles ne soient pas pris pour butin facile attirant les cambrioleurs. Il est de bonne guerre d’avertir les visiteurs qu’ils seront filmés, par une affiche d’information. (le droit à la confidentialité est également un droit humain)..
Ce domaine est sensible. Dans beaucoup de pays les entreprises de sécurité privées sont constituées d’anciens membres des forces de sécurité. Il existe des cas documentés sur ces personnes impliquées dans la surveillance des défenseurs des droits humains et dans les attaques à leur encontre. Il relève donc du bon sens de se méfier des entreprises de sécurité si vous craignez une surveillance ou des attaques par les forces de sécurité. Si une entreprise a accès à vos bureaux, elle pourrait cacher des micros ou laisser entrer d’autres personnes.
Si vous estimez avoir besoin de recourir à une entreprise de sécurité, vous devriez vous prémunir par un accord clair établissant ce que vous autorisez son personnel à faire en votre nom, ce que vous n’autorisez pas et à quelles parties du bâtiment vous lui donnez libre accès. Evidemment il vous appartient de veiller à ce que l’accord soit respecté.
Par exemple: Si vous avez engagé un service de sécurité qui envoie un garde en inspection au cas d’un déclenchement d’une alarme, ce garde pourra éventuellement avoir accès aux zones sensibles de votre bureau et poser des puces dans votre salle de réunions.
Il est préférable que vous ayez le droit de donner votre accord sur les personnes (et que vous les sélectionniez) spécifiques qui travailleront pour vous, mais c’est rarement le cas.
Si les gardes de sécurité sont armés l’organisation des droits humains se doit de connaitre exactement les règles d’utilisation des armes. Mais il est encore plus essentiel de comparer les avantages de l’utilisation de ces armes aux inconvénients. Les armes de petit calibre ne constituent aucune dissuasion à l’encontre d’assaillants munis d’armes à plus gros calibre (ce qui est en général le cas), cependant si les agresseurs sont prévenus de la présence dans vos locaux d’armes à petit calibre, ils décideront peut-être d’entrer par effraction prêts à ouvrir le feu, pour se protéger lors de l’attaque. En d’autres termes, votre probable capacité armée (petites armes à feu) incitera probablement les assaillants à utiliser leurs armes de gros calibre. À ce stade, si vous estimez que vous avez besoin de gardes armés de mitrailleuses, disposez-vous de l’espace sociopolitique nécessaire pour faire votre travail ?
Les barrières matérielles doivent être complétées par le "filtre" de procédures d’admission. De telles procédures déterminent quand, comment et qui peut avoir accès au bureau. L’accès aux zones sensibles, à savoir aux clés, aux informations et à l’argent doit être restreint.
Le moyen le plus facile pour entrer dans un bureau où travaillent des défenseurs des droits humains est de frapper à la porte et d’entrer. Beaucoup de personnes le font tous les jours. Afin de concilier le principe d’accueil d’un bureau des droits humains et le besoin de maîtriser qui veut entrer et pourquoi, il vous faut des procédures d’admission appropriées.
En général, les personnes ont une raison particulière de vouloir entrer ou de frapper à votre porte. Elles veulent poser des questions ou faire une livraison, et ne demanderont pas nécessairement l’autorisation au préalable.
Examinons ceci cas par cas :
Vous devrez alors suivre trois étapes simples :
1. Demandez à la personne pourquoi elle souhaite entrer. Si lui/elle demande à voir un membre particulier, consultez la personne concernée. Si cette personne est absente, demandez au visiteur de revenir plus tard ou un autre jour ou alors d’attendre en dehors de la zone restreinte. Il est important d’éviter de devoir ouvrir ou de vous rapprocher de la porte, et il faut donc utiliser tous les moyens, à savoir les judas, les caméras ou l’interphone, pour pouvoir refuser l’entrée le cas échéant ou en cas d’assaut violent ou forcé. Il est donc bon de définir une salle d’attente pour les visiteurs qui soit physiquement séparée de l’entrée interne au bureau. Si vous devez avoir une zone publique facile d’accès, veillez à équiper le bureau de barrières physiques qui empêchent l’accès aux zones restreintes.
Une personne peut dire vouloir entrer pour vérifier ou réparer la plomberie ou l’installation électrique ou effectuer d’autres travaux de maintenance. Elle peut aussi prétendre être un représentant des médias, ou un fonctionnaire public, etc. Faites-vous toujours confirmer leur identité par l’entreprise ou l’organisation à laquelle ils disent appartenir avant de les laisser entrer. Souvenez-vous que ni un uniforme ni une carte d’identité ne constituent une garantie de l’authenticité ou de la légalité d’une identité, tout particulièrement dans une situation à risque moyen ou élevé.
2. Décidez d’autoriser ou de refuser l’accès. Une fois que vous connaissez la raison d’entrer de votre visiteur, vous devez décider si vous autorisez l’accès ou non. Il ne suffit pas que quelqu’un vous donne une raison d’être venu pour le laisser entrer. Si vous n’êtes pas sûr(e) du but de leur visite, ne les laissez pas entrer.
3. Surveillez les visiteurs jusqu’à leur départ. Une fois que le visiteur est entré dans le bureau, faites en sorte qu’il soit surveillé pendant la durée entière de sa visite. Il est utile d’avoir une salle séparée où rencontrer les visiteurs, éloignée des zones restreintes.
Notez précisément les détails de chaque visite en indiquant le nom du visiteur, son organisation, le but de sa visite, quels collaborateurs il a rencontré, l’heure de son arrivée, l’heure de son départ, etc. Ceci peut s’avérer particulièrement précieux au moment d’analyser ce qui n’a pas fonctionné après un incident de sécurité.
Souvent les personnes se présentent par erreur, demandant si un tel habite-là ou si vous avez des objets à vendre. Certains veulent vous vendre quelque chose, les mendiants peuvent vouloir de l’aide. Si vous leur refusez le droit d’entrée et ne donnez pas de renseignements, vous éviterez tout risque de sécurité.
1. Vérifiez si le destinataire annoncé attend le paquet. Il ne suffit pas que le destinataire connaisse l’expéditeur car on a pu falsifier son nom. Si le destinataire n’attend pas de paquet, il/elle doit vérifier auprès de l’expéditeur annoncé qu’il a effectivement fait un envoi. Si le paquet a été simplement envoyé à l’adresse du bureau, vérifiez l’expéditeur. Attendez et réfléchissez ensemble à la question avant de prendre une décision finale.
2. Décidez d’accepter ou non le paquet ou la lettre. Si l’identité de l’expéditeur ne peut être vérifiée, ou que cela prendra du temps, la meilleure solution est de le refuser, surtout dans un environnement à risque moyen ou élevé. Vous pouvez toujours demander qu’il soit livré ultérieurement ou qu’il soit gardé à la poste.
3. N’égarez pas le paquet au bureau. Assurez-vous de savoir où se trouve le paquet au bureau à tout moment jusqu’à ce que le destinataire l’accepte.
Chaque membre de l’organisation a la responsabilité de prendre des mesures à l’encontre de toute personne qui n’observerait pas pleinement les procédures d’admission. Il/elle devrait également consigner tout mouvement de personnes ou de véhicules suspects dans le cahier des incidents de sécurité. Le même principe est valable pour tout objet placé à proximité du bâtiment, afin d’écarter tout risque potentiel de bombe. Si vous pensez qu’il s’agit d’une bombe, ne l’ignorez pas, ne la touchez pas, et contactez la police.
Lors d’un éventuel déménagement de bureau, ou si des clés ont été perdues ou volées, il est primordial de faire changer toutes les serrures de la zone d’entrée des bureaux.
Contrôler ou inspecter régulièrement la sécurité du bureau est fondamental car les conditions de sécurité et les procédures varieront probablement au fil du temps, comme lorsque l’équipement se détériore ou que les membres se renouvellent fréquemment. Il est également important que les membres fassent leurs les règles de sécurité.
La personne responsable de la sécurité doit procéder au minimum à une révision de la sécurité du bureau tous les six mois. A l’aide de la liste ci-dessous, cela ne devrait pas prendre plus d’une ou deux heures. La/le responsable de la sécurité doit s’assurer que tous les membres se soient exprimés avant la rédaction du rapport final sur la sécurité et le soumettre ensuite à l’organisation qui prendra les décisions qui s’imposent et les mettra à exécution. Le rapport devrait alors être classé jusqu’à la révision de la sécurité suivante.
Objet de la révision: Effectuée par: Date:
1. Contacts en cas d’urgence:
2. Barrières techniques et matérielles (extérieures, internes et à l’intérieur ):
3. Les procédures d’admission et le "filtrage" des visiteurs:
4. La sécurité en cas d’accident:
5. Les responsabilités et la formation: