La question du respect effectif des procédures et règles de sécurité par les individus ou par l’organisation est complexe. Il est parfaitement possible d’avoir un bon plan de sécurité avec des règles de prévention et des procédures d’urgence ; vous pouvez accorder la priorité à la sécurité lors des réunions importantes, etc., sans pour autant que les personnes appliquent les règles de sécurité de l’organisation.
Cela pourrait paraitre incroyable étant donné que les défenseurs subissent constamment des pressions et des menaces. Mais cela arrive.
Si quelqu’un veut savoir quelque chose sur votre travail, il n’essayera pas d’obtenir des informations de la personne la plus prudente de votre organisation. Il ou elle tentera plutôt de se rapprocher d’une personne qui boit souvent le samedi soir. De même, si quelqu’un veut faire peur à votre organisation, il ou elle n’agressera probablement pas une personne qui a pris toutes les précautions nécessaires, mais visera quelqu’un qui néglige généralement sa propre sécurité. Dans la même logique, une personne prudente peut être attaquée parce que une personne négligente à laissé la porte ouverte… Car l’idée est aussi que la négligence d’une seule personne peut mettre tout le monde en danger.
C’est pourquoi la sécurité est une question affectant toute l’organisation, outre les personnes individuellement concernées. Si seules trois personnes sur 12 appliquent les règles de sécurité, l’organisation toute entière, y compris les membres qui les observent, est en danger. Si les choses s’améliorent et que neuf membres commencent à agir en fonction des procédures de sécurité, le risque est réduit. Cependant le risque serait beaucoup moindre si les 12 personnes au total suivaient ces règles.
La sécurité est une responsabilité de toute ’organisation ainsi que des membres concernés.
Avoir un bon plan de sécurité ne sert à rien s’il n’est pas respecté. Soyons réalistes, beaucoup de personnes ignorent les règles et les procédures. Cette adhésion défaillante est le résultat de l’écart entre les bonnes intentions et l’efficacité réelle. Il est malgré tout plus aisé de s’attaquer à ce problème qu’à ses possibles conséquences.
Tout d’abord, le terme "conformité" évoque la soumission et la docilité et devrait donc être évité. Les personnes ne respectent que les règles qu’elles comprennent et acceptent parce qu’elles peuvent les faire leurs. Le maître mot est donc "l’appropriation".
Pour qu’une procédure de sécurité soit suivie, il faut que chacun au sein d’une organisation y adhère. Cela n’arrive pas du jour au lendemain. Pour que le personnel adhère à une procédure de sécurité il faudrait leur permettre de participer à son élaboration et sa mise en œuvre. La formation à la procédure, sa compréhension et son acceptation sont également cruciaux.
KEY Idée générale
Démarche 1: « Chacun doit obéir aux règles ! »
Démarche 2: « Les membres et l’organisation ont convenu des règles ! »
Idée générale: Démarche
Démarche 1: Orientée sur les règles
Démarche 2: Basée sur les besoins de sécurité de l’organisation et des individus
Idée générale: Nature de la relation entre l’individu et l’organisation
Démarche 1: Normative ou "paternaliste"
Démarche 2: Fondée sur le dialogue
Idée générale: Pourquoi respectons-nous les règles ?
Démarche 1: Par obligation, pour éviter d’être sanctionné ou expulsé
Démarche 2: Pour respecter un accord, qui peut être amendé et optimisé (parce que nous adhérons à l’objectif et au besoin de protéger nos collègues et les personnes avec et pour qui nous travaillons)
Idée générale: Responsabilité de la sécurité?
Démarche 1: Pas collective
Démarche 2: Partagée
L’appropriation ne se borne pas au "respect des règles". Il s’agit bien plus de mettre en place un accord sur les règles qui encouragera les personnes à les appliquer parce qu’elles les comprennent, les jugent adéquates et efficaces et qu’elles y voient un enjeu personnel. Voilà pourquoi les règles devraient aussi correspondre aux valeurs morales et éthiques des individus et à leurs besoins fondamentaux.
S’approprier des règles n’est pas simplement leur « obéir » mais respecter un accord entre l’organisation et ses membres concernant la sécurité.
Afin de préserver l’accord entre l’organisation et les membres du personnel, il est important que les responsables de la sécurité cultivent l’implication permanente des autres au moyen de briefings, de pense-bêtes sur des aspects précis de l’accord, et en demandant aux autres leur avis sur l’efficacité et l’adéquation des règles dans la pratique.
Impliquer les membres ne vaudra pas beaucoup sans une culture de la sécurité au sein de l’organisation qui puisse étayer les procédures tant formelles qu'informelles et les programmes de travail.
Les conditions nécessaires pour que les personnes puissent observer les règles et les procédures de sécurité peuvent être créées en:
Le prototype du défenseur des droits humains ne suivant pas les règles et procédures de sécurité n’existe pas. Beaucoup de personnes au sein d’une organisation observent souvent certaines règles mais pas d’autres, ou bien n’observent les règles que sporadiquement.
Il y a beaucoup de raisons possibles qui poussent les personnes à ne pas suivre les règles et procédures de sécurité. Pour permettre le changement et garantir l’appropriation des règles, il est important d’établir les causes et de trouver les solutions avec les autres personnes concernées. Il sera aussi utile de distinguer les différentes raisons pour lesquelles les personnes ne suivent pas les règles, car elles sont très diverses.
Involontaires:
Délibérées:
La culture organisationnelle est à la fois formelle et informelle, et ne doit pas être développée seulement par l’organisation dans son ensemble, mais également au sein des équipes. Une bonne culture de l’organisation se signalera par des conversations informelles, des plaisanteries, des fêtes, etc.
Les règles et procédures de sécurité peuvent faire partie d’évaluations générales du travail et de « listes de contrôle », tout comme des réunions avant et après les missions de terrain, des rapports d’activité, des ordres du jour des réunions, etc.
Les équipes concernées peuvent mener des réexamens périodiques de questions comme la conservation des informations sensibles, des copies et des manuels de sécurité, des protocoles de sécurité lors des visites au siège de l’organisation, et de la préparation des missions sur le terrain, etc.
Demander aux membres si les règles et procédures leur paraissent appropriées et faciles à suivre permettra de constater leur connaissance réelle des règles et s’ils les ont entièrement acceptées ou s’il y a un désaccord qu’il faut lever. L’utilisation de manuels de sécurité et des protocoles et règles en vigueur par le personnel peut également être vérifiée.
Il peut s’avérer très utile de rassembler et d’analyser les avis du personnel et leurs évaluations des règles et procédures de sécurité avec les personnes ou les équipes en question. Ceci peut être fait de manière confidentielle ou anonyme ou encore avec l’aide d’un tiers.
Analyser les incidents de sécurité lorsqu’ils se présentent peut être l’occasion de faire un bilan de sécurité. Cela doit être géré avec beaucoup de doigté. Une personne ayant vécu un incident de sécurité peut s’inquiéter d’en être la cause et craindre des sanctions à l’issue de l’analyse. Elle souhaitera peut-être occulter l’incident en taisant l’ensemble ou une partie des faits.
Suivant le fonctionnement interne de l’organisation, quiconque est responsable d’organiser la sécurité, les domaines spécifiques à l’intérieur de la sécurité et des autres responsables de la sécurité, sera aussi chargé de vérifier la sécurité.
1. Définissez les causes, trouvez des solutions et mettez-les en pratique. La liste des options du tableau 1 ci-dessus peut vous orienter.
2. S’il s’agit d’un comportement délibéré ne concernant qu’une seule personne, essayez de:
3. Incluez une clause de respect des règles et des procédures de sécurité dans tous les contrats de travail afin que l’ensemble du personnel soit pleinement conscient de l’importance réelle de la sécurité pour l’organisation.
Certains estimeront peut-être qu’examiner pourquoi les personnes n’appliquent pas les règles de sécurité est une perte de temps, et qu’il y a d’autres choses plus urgentes ou prioritaires à faire. Ces mêmes personnes sont normalement d’avis que les règles existent pour qu’on y obéisse, un point c’est tout ! Les autres sont conscients que ce n’est pas toujours comme cela que le monde fonctionne.
Quelle que soit votre opinion, nous vous invitons maintenant à prendre du recul et à analyser le respect des règles et procédures de sécurité au sein de votre ou de vos organisations. Les résultats pourraient être surprenants et mériter qu’on s’y arrête un instant pour éviter des problèmes plus tard...