Les défenseurs qui œuvrent dans des milieux hostiles devraient pouvoir évoquer des couts politiques suffisamment lourds pour que l’agresseur renonce par peur : c’est ce qu’on appelle dissuasion.
Il est utile de distinguer entre dissuasion "générale" et dissuasion "immédiate". La dissuasion générale est le résultat combiné des efforts nationaux et internationaux de protection des défenseurs, à savoir tout ce qui fait comprendre les conséquences négatives des agressions contre les défenseurs. Ceci comprend les campagnes thématiques générales, des formations ou des informations sur la protection des défenseurs. D’un autre côté, la dissuasion immédiate envoie un message précis à un agresseur donné de ne pas s’en prendre à une cible concrète. La dissuasion immédiate s’impose lorsque la dissuasion générale a échoué ou est jugé inefficace, et lorsque les efforts de protection se concentrent sur des cas particuliers.
La persuasion est un concept plus complet. Elle se définit comme le résultat de tout effort d’induire un adversaire à renoncer à exécuter l’action hostile envisagée. L’argumentation rationnelle, l’appel à la morale, une coopération renforcée, une meilleure compréhension des hommes, le détournement d’attention, des politiques non agressives et la prévention peuvent tous être utilisés comme moyens de persuasion. Chacune de ces tactiques est utilisée à différents moments par les défenseurs sur le plan national ou international. Les défenseurs ne peuvent pas recourir trop fréquemment aux "menaces" directes : la stratégie vise davantage à rappeler aux autres les conséquences possibles de leurs décisions.
Afin de vérifier si notre dissuasion est efficace, il nous faut remplir une série de conditions :
1. Les défenseurs doivent spécifier et communiquer clairement à l’agresseur quels types d’actions sont intolérables. La dissuasion ne fonctionnera pas si l’agresseur ignore quels actes provoqueront une réaction.
2. L’organisation des défenseurs exprimer sa résolution à dissuader de l’agression de façon à ce que l’agresseur en soit conscient. L’organisation doit également disposer d’une stratégie en vigueur de dissuasion.
3. L’organisation des défenseurs doit avoir les moyens de dissuader et en convaincre l’agresseur. Si la menace de mobiliser une réaction nationale ou internationale n’est pas crédible, il n’y a pas lieu de s’attendre à un effet de protection.
4. Les défenseurs doivent savoir qui est l’agresseur. Les commandos de tueurs agissent souvent en pleine nuit et revendiquent rarement leurs actions. Ceci revient donc souvent à analyser qui peut avoir un intérêt direct à agresser. Afin que les réactions nationales ou internationales soient plus efficaces, la supposition d’une « implication du gouvernement » , même avérée, exige des informations plus spécifiques concernant les factions de l’appareil d’Etat à l’origine de l’attaque.
5. L’agresseur doit avoir eu l’intention réelle de passer à l’acte puis s’être rétracté parce que le prix – grâce à la résolution des défenseurs – paraissait plus lourd que les avantages.
Il est difficile pour les défenseurs de persuader un agresseur que la résolution à la dissuasion laisse indifférent. Ceci est le cas quand les gouvernements peuvent faire l’objet de sanctions de la communauté internationale mais ne peuvent à leur tour punir l’auteur réel des violations des droits humains. Par exemple, les milices privées peuvent être hors de la portée des gouvernements ou ne pas partager ses intérêts. Dans ces cas, l’agresseur pourra même tirer parti des agressions contre les défenseurs, parce que des agressions placeront le gouvernement dans une situation délicate et nuiront à son image.
Les défenseurs ne seront jamais certains que leur "détermination à dissuader " suffira à dissuader une agression potentielle. L’agresseur peut espérer des avantages dont les défenseurs ne sont pas conscients. Analyser la situation aussi précisément que possible relève du défi permanent et peut s’avérer impossible par manque d’information cruciale. Les organisations des défenseurs doivent donc mettre au point des solutions de repli extrêmement flexibles et une capacité de réaction rapide à des évènements inattendus.