L'objectif de ce manuel est d'apporter aux défenseurs des droits humains des informations supplémentaires, ainsi que des outils qui peuvent être utiles pour améliorer leur sécurité et leur protection. Nous espérons que ce manuel renforcera la formation des défenseurs en matière de sécurité et de protection, et les aidera à faire leur propre évaluation des risques et à définir les principes et les procédures de sécurité adaptés à leur propre situation.
Il est disponible ici en version complète (format PDF) et par chapitre.
Il est également disponible en anglais, portugais, espagnol, arabe, russe, indonésien et farsi.
Des exemplaires de ce manuel peuvent être obtenus en écrivant à l'adresse suivante: info@frontlinedefenders.org
Voir aussi:
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Les droits humains sont garantis par le droit international, mais les défendre ainsi que ceux dont les droits ont été violés peut s’avérer une tâche dangereuse dans le monde entier. Les défenseurs des droits humains représentent souvent la seule force entre les gens ordinaires et le pouvoir sans frein de l’État. Ils sont essentiels à la mise en place de processus et d’institutions démocratiques, à la lutte contre l’impunité, à la défense et au respect des droits humains.
Les défenseurs des droits humains sont souvent victimes de harcèlement, de détentions, de torture, de diffamation, de licenciements abusifs, d’entraves à leur liberté de mouvement et d’entraves à la reconnaissance juridique de leurs associations. Dans certains pays ils sont assassinés ou « portés disparus »
Au cours des dernières années, il y a eu une prise de conscience accrue des risques énormes auxquels les défenseurs des droits humains sont confrontés dans l’exercice de leur travail. Ce risque est facile à identifier lorsque les défenseurs des droits humains travaillent dans un milieu hostile, par exemple lorsque la loi d’un pays condamne les personnes menant des activités de défense des droits humains. Les défenseurs sont également en danger lorsque la loi autorise pleinement toute activité liée aux droits humains, mais qu’en même temps elle néglige de punir ceux qui menacent ou agressent des défenseurs. En situation de conflit armé, le danger est encore plus grave.
Hormis certains moments périlleux où la vie des défenseurs des droits humains peut reposer entre les mains de soldats à un poste de contrôle, les actes de violence (agressions) commis contre des défenseurs des droits humains ne peuvent être qualifiés de gratuits. Dans la plupart des cas, les agressions violentes sont une réponse délibérée et soigneusement organisée à l’activité des défenseurs et obéissent à des intérêts politiques ou militaires concrets.
Ces défis exigent que les défenseurs des droits humains mettent en œuvre des stratégies de sécurité globales et dynamiques dans leur travail quotidien. Donner des conseils bien intentionnés aux défenseurs ou leur recommander de "faire bien attention" ne suffit pas. Une meilleure gestion de la sécurité est capitale. Ce manuel n’offre pas de solutions sur mesure qui s’appliquent indifféremment à tous les scénarios. Cependant, il s’efforce de proposer un ensemble de stratégies visant à améliorer la gestion de la sécurité des défenseurs des droits humains.
Les leçons de sécurité les plus efficaces proviennent des défenseurs des droits humains eux-mêmes, de leurs expériences quotidiennes, des tactiques et des stratégies qu’ils ont adoptées au fil des ans pour protéger autrui et leurs propres cadres de travail. Ce manuel doit par conséquent être compris comme un projet évolutif à mettre à jour et à adapter à mesure que nous recevons davantage de contributions de la part des défenseurs en première ligne.
Il y a également des enseignements à tirer des ONG humanitaires internationales qui depuis peu ont commencé à élaborer leurs propres règles et procédures pour préserver la sécurité de leur personnel.
Il faut savoir que le principal risque pour les défenseurs est qu’une menace se concrétise en agression réelle. Les agresseurs ont la volonté, les moyens et jouissent de l’impunité nécessaire pour mettre leurs menaces à exécution. Le meilleur outil de protection des défenseurs est donc l’action politique face au seul grand problème persistant : l’obligation pour les gouvernements et la société civile de faire pression et d’agir contre ceux qui, jour après jour, menacent, harcèlent et assassinent les défenseurs des droits humains. Les conseils donnés dans ce manuel n’entendent en aucun cas délester les gouvernements de leur responsabilité effective de protéger les défenseurs des droits humains.
Ceci dit, les défenseurs des droits humains peuvent sensiblement améliorer leur sécurité en respectant des règles et procédures ayant fait leurs preuves.
Ce manuel représente une contribution modeste au but commun de nombreuses organisations différentes de défendre le travail extrêmement précieux des défenseurs des droits humains. Ce sont eux qui sont en première ligne, et ils sont également les protagonistes de ce manuel.
L’objectif de ce manuel est de doter les défenseurs des droits humains d’informations supplémentaires et d’outils permettant de mieux comprendre la sécurité et la protection. Nous espérons que ce manuel serve de base à la formation de sécurité et de protection et qu’il aidera les défenseurs à mettre en œuvre leurs propres évaluations du risque et à définir les règles et procédures de sécurité adaptées à leur cas particulier.
Ce manuel est le fruit d’un projet à long terme de PBI sur la protection des défenseurs sur le terrain. Des centaines de défenseurs nous ont permis de partager leurs expériences et connaissances sur le terrain, lors d’ateliers, de réunions et de débats sur la sécurité. L’essentiel du manuel a déjà été appliqué dans les activités de protection ou lors d’ateliers de formation avec les défenseurs. Ce manuel est né de tous ces échanges et nous devons aux défenseurs participants nos plus profonds remerciements.
La sécurité et la protection sont des domaines complexes. Elles se fondent sur des connaissances factuelles mais dépendent aussi de comportements individuels et du fonctionnement d’une organisation. Un des messages clé de ce manuel est qu’il faut accorder à la question de la sécurité, le temps et la place qu’elle mérite, en dépit de programmes de travail surchargés, du stress extrême et de la peur qu’endurent tous les défenseurs et leurs organisations. Cela signifie de passer outre l’expérience individuelle de la sécurité et d’évoluer vers une culture de l’organisation dont la sécurité est inséparable.
Avoir une connaissance suffisante d’un scénario de conflit et comprendre la logique politique locale sont également indispensables pour une gestion adéquate de la sécurité des défenseurs. Ce manuel contient un cadre de référence général ainsi qu’un système détaillant la gestion de la sécurité point par point. Il comprend également des considérations sur des notions fondamentales comme le risque, la vulnérabilité et les menaces, et quelques conseils pour améliorer et augmenter la sécurité des défenseurs dans leur travail au quotidien. Nous espérons que les sujets abordés permettent aux ONG et défenseurs de mieux répondre aux défis croissants de sécurité posés par la défense des droits humains.
Cela dit, nous souhaitons rappeler en premier lieu que les défenseurs des droits humains risquent leur bien-être et leur vie et que c’est une affaire sérieuse. Parfois la seule façon de sauver une vie est de se mettre à l’abri puis de fuir. Pour nous, les techniques et conseils de ce manuel ne sont en aucun cas la seule façon de penser la sécurité des défenseurs. Ce manuel a été rédigé en toute bonne foi mais n’offre malheureusement aucune garantie de succès.
Améliorons ensemble ce manuel...
Ce manuel est un projet en évolution conçu pour être approfondi, amélioré et retouché au fil du temps. Votre réaction en tant que défenseur à tout élément de ce manuel sera inestimable. Veuillez nous écrire vos commentaires ou avis, surtout s’ils portent sur l’utilisation du manuel dans votre travail. Grâce à vous, nous pouvons faire de ce manuel un outil de plus en plus utile pour les défenseurs partout dans le monde.
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Ou par courrier à Front Line ou à PBI:
Par "défenseurs des droits humains", on désigne des personnes qui, seules ou en association avec autrui, participent à la défense et à la protection des droits humains. Les défenseurs des droits humains se reconnaissent avant tout par ce qu’ils font, et le terme peut être expliqué au mieux en décrivant leurs activités et certaines circonstances dans lesquelles ils travaillent.
En 1998, l’assemblée générale des Nations unies a adopté la " Déclaration sur le droit et la responsabilité des individus, groupes et organes de la société de promouvoir et protéger les droits de l'homme et les libertés fondamentales universellement reconnus", (ci-après déclaration sur les défenseurs des droits humains de l’ONU). Autrement dit, cinquante ans après la Déclaration universelle des droits de l’homme, et au terme de vingt ans de négociations sur le projet de déclaration sur les défenseurs des droits humains, les Nations unies ont finalement reconnu ce qui est devenu une réalité, c’est-à-dire que des milliers de personnes militent pour les droits humains et contribuent à les défendre de par le monde. Il s’agit d’une déclaration exhaustive qui honore le nombre et la diversité des personnes qui font avancer et défendent les droits humains.
Le représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies chargé des défenseurs des droits humains a pour mandat de "recueillir, recevoir, étudier et répondre aux informations sur la situation et les droits de toute personne, militant individuellement ou en groupe pour faire avancer et défendre les droits humains et les libertés fondamentales".
Pour Front Line, un défenseur des droits humains est « toute personne qui lutte, de manière non-violente, pour le respect d’un ou de plusieurs droits garantis par la déclaration universelle des droits de l’homme". Front Line s’efforce de promouvoir la déclaration sur les défenseurs des droits humains des Nations unies (vous trouverez la déclaration intégrale à la page 123).
La déclaration sur les défenseurs des droits humains souligne que c’est l’État qui est responsable au premier chef de la protection des défenseurs des droits humains. Elle reconnaît aussi « le travail précieux des individus, groupes et associations dans leur contribution à l’élimination réelle de toute violation des droits humains et des libertés fondamentales" et "le lien qui existe entre la paix et la sécurité internationales, et la jouissance des droits humains et des libertés fondamentales".
Cependant, selon Hina Jilani, la représentante spéciale du Secrétaire général des Nations unies sur les défenseurs des droits humains, "dénoncer les violations des droits humains et exiger réparation dépend largement du degré de sécurité dont jouissent les défenseurs des droits humains" 1. Il suffit de regarder n’importe quel rapport sur les défenseurs des droits humains à travers le monde pour découvrir des cas de torture, de disparitions , d’assassinats, de menaces, de vols, d’effractions dans les bureaux, de harcèlements, de détentions illégales, d’activités d’espionnage et de surveillance, etc. Malheureusement, c’est le lot quotidien des défenseurs et non un cas isolé.
Pour en savoir plus sur les défenseurs des droits humains, cliquez sur :
- www.unhchr.ch/defender/about1.htm (Le bureau du Haut Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme) - www.frontlinedefenders.org (Front Line, la Fondation internationale pour la protection des défenseurs des droits humains) - www.peacebrigades.org/beo.html (le Bureau européen des Brigades de Paix Internationales, dont le siège est à Bruxelles) - L’Observatoire pour le respect des défenseurs des droits humains, projet conjoint de la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH, www.fidh.org) et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT, www.omct.org) - Amnesty International sur www.amnesty.org et http://web.amnesty.org/pages/hrd-index-eng - www.ishr.ch, sous HRDO (le Bureau des défenseurs des droits humains du Service international pour les droits humains de Genève) - www.humanrightsfirst.org (Human Rights Firts) - www.urgentactionfund.org (Fonds d’action urgente pour les droits humains des femmes)
Pour plus d’informations sur les instruments juridiques internationaux en vigueur et la Déclaration sur les défenseurs des droits humains de l’ONU, cliquez sur:
- www.unhchr.ch, le site Internet du bureau du Haut Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme. - www.frontlinedefenders.org/manual/fr/index.htm (Front Line, Ireland) pour un manuel sur les instruments internationaux pour les défenseurs des droits humains. Leur page d’hyperliens est très utile: /links/ - www.ishr.ch/index.htm (service international pour les droits humains, Genève), pour un recueil des instruments régionaux et internationaux relatifs à la protection des défenseurs des droits humains.
Se rendre compte de l'importance d'analyser votre environnement de travail pour des raisons de sécurité. Apprendre les diverses méthodes d'analyse du contexte et des acteurs en présence.
Les défenseurs des droits humains travaillent en général dans des cadres complexes, où interagissent des protagonistes variés, et qui sont influencés par des procédures décisionnelles profondément politiques. Beaucoup d’événements se déroulent simultanément et chaque événement a une répercussion sur un autre. La dynamique de chaque acteur, ou partie prenante, dans ce scénario aura un rôle significatif à jouer dans les rapports entre l’acteur et les autres. Les défenseurs des droits humains ont donc besoin d’informations non seulement sur les problèmes relatifs à leurs actions mais aussi sur les fonctions des principaux acteurs et des parties prenantes.
Un simple exercice serait de mettre en place un groupe de réflexion afin d’essayer d’identifier et d’établir une liste de tous les acteurs sociaux, politiques et économiques qui pourraient éventuellement influencer les conditions de sécurité dans lesquelles vous évoluez.
Il est très important de connaître et de comprendre autant que possible le contexte dans lequel vous travaillez. Une bonne analyse du contexte permet de prendre des décisions en connaissance de cause sur les règles ou procédures de sécurité à adopter. Il est aussi important d’imaginer d’éventuels scénarios pour prendre des mesures préventives lorsque cela est possible.
Cependant, une simple analyse des conditions de travail ne suffit pas. Il faut aussi penser à la façon dont chaque intervention peut influencer la situation et aux réactions des différents intervenants Il est important de considérer les différentes dimensions d’un contexte de travail. Vous pouvez mener une analyse de la situation d’ensemble en étudiant un pays ou une région ; cependant il vous faut par la même occasion comprendre comment ces dynamiques globales fonctionnent à l’intérieur de la zone plus spécifique dans laquelle vous travaillez, c’est-à-dire les dynamiques à petite échelle. Par exemple, les forces paramilitaires d’une zone spécifique peuvent agir bien différemment de ce que faisait apparaître votre analyse de la région ou du pays. Vous devez connaître ces caractéristiques particulières. Il est crucial d’éviter d’avoir une idée arrêtée du contexte de travail puisque les situations évoluent et changent. Les analyses devraient ainsi être revues régulièrement.
Poser des questions, analyser les forces en présence et analyser les acteurs constituent trois méthodes utiles pour l’analyse des contextes de travail.
Vous pouvez mieux comprendre votre contexte de travail en posant simplement les bonnes questions. Il s’agit-là d’un moyen utile qui entraîne des discussions en petit groupe, mais qui ne peut fonctionner que si les questions sont formulées de manière à trouver facilement une solution.
Prenons, par exemple, le problème du harcèlement par les autorités locales. Si vous formulez votre question de cette façon : "que pourrait-on faire pour réduire ce harcèlement ?", il se peut que la réponse obtenue ne soit qu’une solution à un symptôme : c’est-à-dire au harcèlement.
Par contre si vous formulez la question de façon à l’orienter vers une solution, il se peut que vous trouviez une vraie solution. Par exemple votre question serait : "notre cadre socio-politique est-il assez sûr pour travailler ?", la possibilité des réponses étant ainsi limitée au nombre de deux, un oui ou un non.
Si la réponse est oui, alors d’autres questions seront nécessaires pour identifier et comprendre les éléments cruciaux en jeu pour le maintien de la sécurité. Si, après avoir longuement considéré toutes les activités possibles, tous les projets et toutes les informations, et après avoir étudié la législation, les négociations, et fait des comparaisons avec d’autres défenseurs des droits humains de la région, etc., la réponse est non, alors vous aurez-là une solution à votre problème de sécurité.
Mettre en pratique la méthode des questions :
Questions utiles à poser :
L’analyse des forces en présence est une technique qui permet d’identifier visuellement comment les différentes forces favorisent ou empêchent la réussite des actions. Elle identifie les forces de soutien et d’opposition et elle suppose que des problèmes de sécurité sont induits par des forces d’opposition, et que vous pouvez tirer profit des forces de soutien. Cette technique peut être appliquée par une seule personne, cependant elle est plus efficace lorsqu’elle est utilisée par un groupe diversifié avec un objectif de travail clairement défini ainsi qu'une méthode pour y parvenir.
Commencez par tracer une flèche horizontale pointant vers une case. Dans cette case, résumez l’objectif de l’action. Vous obtenez ainsi un point de référence permettant l’identification des forces de soutien et d’opposition. Dessinez ensuite une autre case au-dessus de la flèche centrale. Faites la liste de toutes les forces éventuelles qui pourraient vous empêcher d’atteindre votre objectif dans cette case. Dessinez une case identique pour les forces éventuelles de soutien au-dessous de la flèche. Pour finir, tracez une case contenant les forces dont les intentions restent incertaines ou méconnues.

Après avoir fini le schéma, il convient d’évaluer les résultats. L’analyse des forces opérationnelles vous aide à visualiser clairement les forces auxquelles vous avez affaire. Le but est de trouver des solutions pour éliminer ou réduire les risques générés par les forces d’opposition, en partie grâce à l’aide éventuelle des forces de soutien. En ce qui concerne les forces aux intentions inconnues, vous devrez décider de les considérer ou non comme des forces de soutien, ou de les surveiller constamment afin de déceler les signes d’une opposition ou d’un soutien.

Imaginez que vous appartenez à une organisation s’occupant du droit à l’accès des populations autochtones aux ressources naturelles de leur pays. Nombre de conflits existent entre les différents acteurs qui se disputent l’exploitation de ces mêmes ressources. Vous voulez à présent étendre votre action à une zone voisine où les problèmes sont similaires.
L’analyse des parties prenantes représente un moyen important pour disposer de davantage d’informations lors de la prise de décision sur la protection. Cela suppose d’identifier et de décrire les différentes parties prenantes impliquées et les rapports entre elles, leurs caractéristiques et leurs intérêts en jeu dans le problème de protection en question.
Est considérée comme partie prenante à la protection toute personne, groupe ou institution qui a un intérêt, ou qui est impliqué dans le résultat d’une politique de protection.
L’analyse des parties prenantes est essentielle pour comprendre :
Les parties prenantes principales. Dans un contexte de protection, il s’agit des défenseurs des droits humains eux-mêmes, et de ceux avec qui ou pour qui ils travaillent, puisqu’ils ont tous un intérêt primordial dans leur propre protection.
Les détenteurs des obligations, qui sont responsables de la protection des défenseurs des droits humains, comme par exemple :
Les parties prenantes-clés, qui influencent d’une manière significative la protection des défenseurs des droits humains. Elles peuvent avoir une influence politique ou la capacité à exercer une pression sur les détenteurs d’obligations qui ne remplissent pas leurs responsabilités (comme les gouvernements, les organes des Nations Unies le CICR, etc.) et en retour quelques-uns d’entre eux peuvent être de près ou de loin impliqués dans des agressions ou des pressions à l’encontre des défenseurs des droits humains (comme les entreprises privées, les médias ou les autres gouvernements, etc.). Tout dépend du contexte, des intérêts et des stratégies de chacune de ces parties prenantes-clés. Une liste non exhaustive peut inclure :
Lors de la mise au point de stratégies et d’actions, une des difficultés majeures relève du fait que les relations entre ces différentes parties prenantes ne sont pas explicites et sont parfois même inexistantes. Nombre de détenteurs d’obligations, et plus particulièrement les gouvernements, les forces de sécurité et les forces armées de l’opposition, créent ou contribuent aux violations des droits de l’homme et à une absence de protection des défenseurs des droits humains. Certaines parties prenantes, qui auraient partagé les mêmes préoccupations de protection, peuvent avoir des conflits d’intérêts, comme dans certains gouvernements, des organes de l’ONU et des ONG. Ces facteurs, aux côtés de facteurs inhérents aux scénarios de conflit, esquissent une vision d’ensemble complexe du contexte de travail.
Les parties prenantes ne sont pas des acteurs statiques. Elles entretiennent des rapports entre elles à différents niveaux ce qui engendre un réseau dense de relations. En terme de protection, il est important de dégager et de faire attention à ces relations qui forment et transforment les besoins de protection des individus. Il faut alors se pencher sur les structures et les procédures.
Les structures sont étroitement liées au secteur public, à la société civile ou aux organes privés. On s’y intéresse du point de vue de la protection. À l’intérieur du secteur public, le gouvernement peut être envisagé comme un ensemble d’acteurs avec, soit une stratégie unique, soit des stratégies internes divergentes. Par exemple, des différences d’opinion peuvent apparaître entre le ministre de la Défense et celui des Affaires Etrangères lorsqu’ils discutent des mesures politiques relatives aux défenseurs des droits humains, ou entre le bureau de l’ombudsman et l’armée. Les structures peuvent comporter des constituants variés. Par exemple, une commission intersectorielle (composée de membres du gouvernement, d’ONG, de l’ONU et du corps diplomatique) pourrait être créée pour suivre la situation de protection d’une organisation spécifique de défenseurs des droits humains.
Les procédures sont les chaînes de décisions et d’actions prises par une ou plusieurs structures dont l’objectif est d’améliorer la situation en matière de protection d’un groupe précis. Les procédures peuvent être juridiques, culturelles et politiques. Toutes les procédures ne permettent pas d’obtenir une amélioration de la protection. À plusieurs occasions les procédures de protection peuvent être contradictoires ou s’annuler. Par exemple, les personnes supposées être sous protection peuvent ne pas vouloir accepter une procédure de protection politique proposée par le gouvernement qu’elles considèrent comme une manœuvre déguisée pour les déplacer. L’ONU et les ONG peuvent apporter leur appui à ces personnes lors de cette procédure.
Il existe différentes méthodes pour faire l’analyse des parties prenantes. La suivante adopte une méthodologie directe, source de bons résultats dans l’analyse et dans les procédures de décision.
Lors de l’évaluation des processus de protection il est important de s’accorder un temps de réflexion et d’avoir en tête les intérêts et les objectifs des parties prenantes impliquées.
1. Identifiez le contexte plus large de protection, par exemple la situation sur la sécurité des défenseurs des droits humains dans une région précise à l’intérieur d’un pays.
2. Qui sont les parties prenantes ? (Plus précisément, quelles sont les institutions, les groupes et les individus pour qui la protection représente une responsabilité ou un enjeu ?) Identifiez et faites la liste de toutes les parties prenantes liées au problème de protection, à travers des séances de réflexion ou des discussions.
3. Recherchez et analysez les caractéristiques des parties prenantes, leurs attributs particuliers, comme leurs responsabilités en matière de protection, leur influence sur les situations de protection, leurs objectifs, leurs stratégies, leur légitimité et leurs intérêts (y compris leur volonté de participer à la protection).
4. Recherchez et analysez les rapports entre les parties prenantes.
Après avoir fait cette analyse, il sera peut-être utile d’utiliser la matrice suivante :
Placez-y la liste de toutes les parties prenantes relatives à la question bien précise de la protection (voir le schéma 2). Inscrivez cette liste dans la première colonne et la première ligne du tableau. Le tableau offre ainsi deux possibilités d’analyse :
Après avoir rempli les cases les plus pertinentes, vous obtiendrez une vue d’ensemble des objectifs, des stratégies, des intérêts et de l’interaction entre les principales parties prenantes à l’égard du problème de protection.

Comprendre les concepts de menaces, vulnérabilité et capacité en sécurité.
Apprendre comment faire une analyse des risques.
Le travail des défenseurs des droits humains peut avoir des répercussions négatives sur les intérêts d’acteurs spécifiques, ce qui en retour peut mettre le défenseur en danger. Il est donc important de souligner que, dans certains pays, le risque fait partie du quotidien des défenseurs.
La question du risque peut se découper de la façon suivante:
Analyser les principaux intérêts et stratégies des parties prenantes→ Évaluer l’impact des actions des défenseurs des droits humains sur ces intérêts et stratégies→ Évaluer les menaces contre les défenseurs des droits humains→ Évaluer les vulnérabilités et capacités des défenseurs des droits humains→Établir un risque.
En d’autres termes, votre travail de défenseur peut vous exposer à un risque plus élevé.
Dans quelque circonstance que se soit, toute personne travaillant sur les droits humains peut être confrontée à un degré courant de risque. Cependant tous ne sont pas vulnérables de la même manière à ce risque courant tout simplement parce qu’ils se trouvent au même endroit. La vulnérabilité, la possibilité qu’un défenseur ou qu’un groupe soient victimes d’une agression, varie suivant plusieurs facteurs, comme nous allons le voir.
Exemple:
Il peut exister un pays dans lequel le gouvernement constitue une menace générale pour n’importe quelle action des défenseurs. Cela signifie que tout défenseur est susceptible d’être en danger. De plus, certains défenseurs sont plus confrontés au danger que d’autres. Par exemple, une grande ONG, bien établie et située dans la capitale du pays, ne devrait pas être aussi vulnérable qu’une petite ONG locale. Cela semble aller de soi, mais il peut s’avérer intéressant d’en connaître les raisons afin de mieux comprendre et de mieux répondre aux problèmes de sécurité des défenseurs.
Le niveau de risque auquel doit faire face un groupe de défenseurs augmente avec les menaces reçues et leur vulnérabilité à ces menaces comme le présente l’équation1 suivante :
RISQUE = MENACES x VULNÉRABILITÉ
Les menaces sont la possibilité que quelqu’un porte atteinte à l’intégrité physique ou morale ou aux biens d’une autre personne par un acte délibéré et souvent violent2. Faire l’évaluation d’une menace signifie analyser les probabilités d’une menace et de son exécution.
Les défenseurs sont confrontés à différentes menaces dans un scénario de conflits, notamment au ciblage, aux crimes de droit commun et aux menaces indirectes.
Le type le plus commun de menace, le ciblage, vise à entraver le travail d’un groupe ou à le modifier, ou encore à influencer les comportements des personnes concernées. Les menaces de ciblage sont en général étroitement liées au travail des défenseurs en question, tout comme aux intérêts et besoins des personnes opposées au travail des défenseurs.
Les défenseurs peuvent être confrontés à des menaces d’agressions criminelles de droit commun et plus particulièrement si leur travail les mène dans des régions à risque. Bon nombre d’incidents criminels de droit commun sont en réalité des menaces de ciblage.
Les menaces indirectes proviennent des dommages potentiels engendrés par les combats dans des conflits armés, en d'autres termes, du fait d’être au mauvais moment au mauvais endroit. Cela s’applique particulièrement aux défenseurs travaillant dans des zones de conflits armés.
Le ciblage (menaces ciblées) peut aussi être considéré comme un moyen complémentaire. Les défenseurs des droits humains peuvent être sujets à des menaces déclarées, par exemple lorsqu’ils reçoivent des menaces de mort (voir le chapitre 3 sur l’évaluation des menaces ouvertes). Il y a aussi des cas de menaces potentielles lorsqu’un défenseur proche de vous a été menacé et que tout porte à croire que vous serez la prochaine victime.
Par vulnérabilité on entend le degré de sensibilité à une perte, un dommage, une souffrance ou une mort en cas d’agression. Cela peut varier d’un défenseur à un autre, et changer avec le temps. La vulnérabilité est toujours relative, parce que toutes les personnes et les groupes sont vulnérables dans une certaine mesure. Cependant, chacun a son propre degré et type de vulnérabilité, selon les circonstances. Voici quelques exemples :
Les capacités sont les forces et les ressources auxquelles un groupe ou un défenseur peut avoir accès pour mettre en place un niveau raisonnable de sécurité. Des exemples de capacités pourraient être la formation à des questions de sécurité ou des sujets juridiques, un groupe travaillant en équipe, l’accès à un téléphone et à des moyens de transport sûrs, à de bons réseaux de défenseurs et à une bonne façon de faire face à la peur, etc.
Dans la plupart des cas, les vulnérabilités et les capacités correspondent aux deux faces d'une même médaille.
Exemple:
Ne pas connaître suffisamment son travail et le contexte de travail engendre une vulnérabilité, tandis que la connaissance de ceux-ci résulte en une capacité. Idem lorsqu’on a accès ou non à des moyens de transport sûrs ou qu’on a affaire à de bons réseaux de défenseurs.
À la fin de ce chapitre se trouve une liste de vulnérabilités et de capacités potentielles.
Le danger créé par les menaces et les vulnérabilités peut être diminué si les défenseurs possèdent des capacités suffisantes. Plus il y a de capacités, moins il y a de danger.
Risque = menaces x vulnérabilité
______________
capacités

Résumé:
Afin de réduire le danger à des niveaux acceptables, c’est-à-dire pour assurer la protection, vous devez :
* Réduire les menaces. * Réduire les facteurs de vulnérabilité. * Augmenter les capacités de protection.
Le risque est un concept dynamique qui varie avec le temps et avec les changements de la nature des menaces, des vulnérabilités et des capacités. Cela signifie que le risque doit être évalué périodiquement, particulièrement si votre contexte de travail, les menaces ou les vulnérabilités changent. Par exemple, les vulnérabilités peuvent augmenter si un changement de direction met le groupe de défenseurs dans une position plus faible qu’avant. Le risque s’accroît de façon dramatique lorsque la menace est précise et réelle. Dans une telle situation il n’est pas prudent d’essayer de réduire le risque en augmentant les capacités puisque cela prend du temps.
La prise de mesures de sécurité, telles que la formation juridique ou les barrières de protection, réduiraient le risque tout en réduisant les facteurs de vulnérabilité. Cependant, de telles mesures ne s'attaquent pas à la source principale de risques, les menaces, ni à la volonté de les mettre à exécution, surtout dans des situations où les exécutants savent qu’ils ne courent pas le risque d’être punis. Toutes les interventions majeures en terme de protection devraient donc viser à réduire les menaces, tout en réduisant les vulnérabilités et en augmentant les capacités.
Exemple:
Un petit groupe de défenseurs travaille sur des questions de la propriété terrienne dans une ville quelconque. Lorsque leur travail commence à affecter les intérêts des propriétaires locaux, ces défenseurs reçoivent des menaces de mort très claires. Si vous appliquez l’équation du risque à leur situation de sécurité, vous remarquerez que le risque encouru par les défenseurs est très élevé, en premier lieu à cause de cette menace de mort. Si vous voulez réduire ce risque il est probable que ce ne soit pas le moment voulu pour commencer à changer les verrous de la porte d’un bureau (puisque le risque ne provient pas d’une effraction éventuelle dans le bureau), ni le moment pour acheter un téléphone portable à chaque défenseur (même si communiquer représente une importante question de sécurité, il est presque certain qu’un téléphone ne soit pas suffisant lorsque quelqu’un a décidé de vous tuer). Dans ce cas précis, une stratégie plus adéquate serait d’établir des contacts et d’obtenir des réponses politiques afin de faire face directement à la menace (et si cela s’avère ne pas être une réponse efficace rapide, la meilleure solution est de réduire l’exposition au risque des défenseurs, peut-être par un déplacement provisoire. Être capable de se déplacer vers un endroit sûr constitue une capacité).
Les vulnérabilités et les capacités, tout comme certaines menaces, peuvent varier selon le genre et l’âge. À vous de faire vos recherches en conséquence.
Mettre au point une analyse des vulnérabilités et des capacités pour un groupe particulier (ou une personne) implique une définition du groupe lui-même (une communauté, une coopérative, une ONG, des individus, etc.), de la région physique où il est localisé et de la période temporelle (votre profil de vulnérabilité évoluera et changera au cours du temps). Pour faire l’analyse dans les grandes lignes des vulnérabilités et des capacités, utilisez le tableau 3 à la fin de ce chapitre.
À noter: l’analyse des vulnérabilités et des capacités doit être envisagée comme une activité permanente qui vise à se baser sur des informations existantes afin de maintenir une vision exacte d’une situation en constante évolution. Lors de l’analyse des capacités, il est important d’établir les capacités réelles du moment et non pas de faire la liste des capacités potentielles et souhaitables.
Les défenseurs et groupes menacés utilisent différentes stratégies pour faire face aux risques qu’ils encourent. Ces stratégies varient complètement suivant le milieu (rural ou urbain), le type de menace, les ressources sociales, financières ou juridiques à leur disposition, etc.
La plupart des stratégies pour faire face peuvent être mises en place immédiatement et répondent à des objectifs à court terme. Elles font alors plus office de tactique que de stratégie de réaction détaillée. Nombre de stratégies peuvent correspondre aux visions subjectives de chaque individu sur le risque, mais peuvent, à long terme, nuire au groupe jusqu'à un certain degré, plus particulièrement si ces stratégies sont irréversibles.
Les stratégies pour faire face sont étroitement liées au type et à la sévérité de la menace et aux vulnérabilités et capacités du groupe.
Lors de la réflexion sur la sécurité et la protection vous devez tenir compte à la fois de vos propres stratégies d’adaptation et de celles des autres. Renforcez les plus efficaces, essayez de limiter les plus préjudiciables et de respecter celles qui restent (spécialement les stratégies d’adaptation liées aux croyances culturelles et religieuses). Quelques stratégies pour faire face:
Les défenseurs ont aussi recours à des stratégies de réaction. Celles-ci peuvent inclure publier des rapports sur une question spécifique, faire des allégations, organiser des manifestations, etc. Dans beaucoup de situations, ces stratégies ne comptent pas comme stratégies à long terme mais relèvent de besoins à court terme. Dans certains cas, les stratégies de réaction peuvent entraîner des problèmes de sécurité plus grands que ceux auxquels ils étaient censés répondre.
Lors de l’analyse des stratégies pour faire face et réagir aux menaces, il convient de tenir compte de:
Une fois votre évaluation du risque réalisée, vous devrez étudier les résultats. Comme il est impossible de mesurer la "quantité" de risque encouru vous devrez comprendre le degré de risque.
Différents défenseurs et organisations peuvent estimer différents degrés de risque. Ce qui est inacceptable pour certains défenseurs peut être acceptable pour d’autres, et il en va de même pour les personnes d’une même organisation. Plutôt que de discuter de ce qui "doit" être fait ou de savoir si vous êtes ou non prêt à continuer, les différents seuils de risque des personnes doivent être identifiés : vous devez trouver un seuil acceptable pour tous les membres du groupe.
Ceci dit, il y a différents moyens de faire face à un risque:
Tenez compte du fait que les degrés de risque varient en général d’une organisation ou d’un individu à une autre et que les agresseurs ont habituellement tendance à s’en prendre aux parties les plus faibles, si bien que vous devez faire attention à ces différents degrés et prendre des mesures spécifiques. Par exemple, prenons le cas d’un paysan assassiné par la milice privée d’un propriétaire foncier. Plusieurs organisations et individus peuvent être impliqués, comme un groupe d’avocats de la ville la plus proche, un syndicat d’agriculteurs locaux et trois témoins (des paysans vivant dans le village d’à côté). Il est crucial d’évaluer les différents degrés de risque pour chacune des trois parties afin de planifier correctement la sécurité de chacun d’entre eux.
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COMPOSANTS DE VULNÉRABILITÉS OU DE CAPACITÉS
INFORMATIONS NÉCESSAIRES À L’ANALYSE DES VULNÉRABILITÉS OU CAPACITÉS DE CES COMPOSANTS
À noter : en règle générale, l’information contenue dans la colonne de droite peut montrer qu’un composant donné, dans la colonne de gauche, est soit une vulnérabilité soit une capacité d’un défenseur ou groupe de défenseur particulier.
Besoin d’être dans, ou de traverser, des zones dangereuses dans le cadre d’activités quotidiennes ou occasionnelles.
Les caractéristiques des bâtiments (bureaux, maisons, refuges…) ; matériaux de construction, portes, fenêtres, placards. Barrières de protection. Veilleuses.
Vos bureaux sont-ils ouverts au grand public ? Existe-t-il des zones strictement réservées au personnel ? Avez-vous affaire à des visiteurs qui vous sont inconnus ?
Avez-vous des endroits pour vous cacher ? Sont-ils faciles d’accès (distance physique) et qui y a accès (individus spécifiques ou groupe entier) ? Pouvez-vous quitter la région si nécessaire ?
Quelle est la difficulté pour les visiteurs extérieurs (fonctionnaires du gouvernement, ONG etc.) d’accéder à cette région, par exemple dans un voisinage dangereux? Quelle est la facilité d’accès pour les agresseurs potentiels?
Les défenseurs ont-ils accès à des moyens de transport sûrs (publics ou privés) ? Est-ce que ceux-ci ont des avantages ou des inconvénients particuliers ? Les défenseurs ont-ils accès à des logements sûrs lorsqu’ils voyagent ?
Existe-t-il des réseaux de communication en place (radio, téléphone) ? Les défenseurs y ont-ils un accès facile ? Ces réseaux fonctionnement-ils correctement en permanence ? Peuvent-ils être coupés par les auteurs des menaces avant une agression ?
Les défenseurs ont-ils des liens avec les parties en conflit (parents, de la même région, mêmes intérêts) qui pourraient être utilisés injustement contre ces derniers ?
Le travail des défenseurs affecte-t-il directement ::les intérêts d’un acteur ? (Par exemple, en défendant des ressources naturelles précieuses, le droit à la terre, ou d’autres cibles potentielles pour des acteurs puissants) Travaillez-vous sur un problème particulièrement sensible pour des acteurs puissants (comme par exemple la propriété terrienne) ?
Les défenseurs des droits humains ont-ils des objets qui pourraient s’avérer précieux aux yeux de groupes armés, et par conséquent accroître le risque d’être pris pour cible (essence, aide humanitaire, batteries, manuels sur les droits humains, manuels sur la santé, etc.) ?
Possédez-vous des informations sur les zones de conflits ? Et sur les zones de sécurité pour vous aider à garantir votre propre sécurité ? Possédez-vous des informations fiables sur les zones minées ?
Les défenseurs des droits humains peuvent–ils entamer des procédures judiciaires pour défendre leurs droits ? (accès à une représentation juridique, présence physique aux procès ou aux entretiens, etc.) Les défenseurs des droits humains peuvent-ils bénéficier d’une assistance appropriée de la part des autorités compétentes en vue de leurs actions et de leurs besoins de protection ?
Les défenseurs des droits humains sont-ils juridiquement autorisés à revendiquer leurs droits ? Ou sont-ils sujets à des lois nationales de répression ? Peuvent-ils obtenir assez d’influence pour que les autorités prennent en compte leurs revendications?
Les défenseurs des droits humains se voient-ils privés d’un statut juridique ou doivent-ils se soumettre à de longs délais ? Leur organisation est-elle capable de tenir des comptes et de satisfaire les normes juridiques nationales ? Utilisez-vous des logiciels informatiques pirates ?
Les défenseurs possèdent-ils des informations fiables sur lesquelles ils peuvent baser leurs accusations ? Les défenseurs rendent-ils publique l’information avec la précision et les méthodes nécessaires ?
Les défenseurs ont-ils la possibilité de garder les informations dans des lieux sûrs ? Ces informations pourraient-elles être volées ? Ces informations sont-elles protégées d’éventuels virus et de pirates de l’informatique ? Pouvez-vous envoyer et recevoir des informations en toute sécurité ?
Les défenseurs sont-ils des témoins cruciaux dans des affaires qui mettent en cause des acteurs puissants ? Les défenseurs ont-ils les informations pertinentes et uniques sur une affaire, ou une procédure, particulières ?
Les défenseurs possèdent-ils une explication claire, viable et cohérente de leurs actions et objectifs ? Cette explication est-elle acceptable, ou tout au moins tolérable, pour la plupart ou toutes les parties prenantes (et tout particulièrement les groupes armés) ? Tous les membres du groupe sont-ils capables de fournir cette explication lorsque c’est nécessaire?
Le groupe est–il structuré ou organisé d’une façon particulière ? Cette structure fournit-elle un niveau acceptable de cohésion au groupe ?
La structure du groupe reflète-t-elle des intérêts particuliers ou représente-t-elle l’ensemble du groupe ? Est-ce que les responsabilités majeures et la prise de décisions s’effectuent par une ou plusieurs personnes ? Existe-t-il une procédure de suppléance pour la prise de décisions et de responsabilités ? Jusqu’à quel niveau la prise de décision reste-t-elle participative ? Est-ce que la structure du groupe permet : a) des prises de décisions et mise en application en commun, b) des discussions des problèmes en commun, c) des réunions sporadiques et inefficaces, d) aucunes des trois solutions ci-dessus ?
Existe-il des règles et procédures de sécurité en place ? Existe-il une bonne compréhension et une adhésion aux procédures de sécurité ? Le personnel respecte-t-il ces règles? (Pour plus de détails, consulter le chapitre 8) Gestion de la sécurité en dehors du travail (famille et temps libre) Comment les défenseurs emploient-ils leur temps libre (famille et passe-temps) ? L’alcool et la drogue représentent de grandes vulnérabilités. Les relations sociales peuvent aussi entraîner des vulnérabilités (tout comme des atouts).
Les contrats de travail sont-ils en règle pour tous ? Avez-vous accès aux fonds d’urgence ? Assurances ? Recrutement du personnel Avez-vous des procédures appropriées pour recruter le personnel, les collaborateurs et les membres ? Possédez-vous une procédure de sécurité spécifique pour les volontaires temporaires (tels que les étudiants, par exemple) ou visiteurs ?
Votre travail comprend-il des entretiens directs avec les personnes ? Connaissez-vous bien ces personnes ? Travaillez-vous avec une organisation interface entre vous et ces personnes ?
Evaluons-nous le risque encouru par les victimes et les témoins, etc., lorsque nous travaillons sur des cas précis ? Avons-nous des mesures de sécurité précises lorsque nous les rencontrons dans les bureaux ou à l’extérieur. S’ils sont menacés, comment devons-nous réagir ?
Les défenseurs sont-ils bien intégrés socialement dans le voisinage ? Certains groupes sociaux perçoivent-ils le travail des défenseurs positivement ou comme préjudiciable ? Les défenseurs sont-ils entourés de gens potentiellement hostiles (voisins agissant comme informateurs, par exemple) ?
Les défenseurs sont-ils capables de mobiliser des personnes pour des actions publiques ?
Est-ce que les individus principaux, ou le groupe, ont confiance en leur travail ? Les gens expriment-ils ouvertement leur sentiment d’appartenance à un groupe et d’adhésion à des objectifs communs (à la fois à travers les mots et les actions) ? Est-ce que le niveau de stress nuit à la bonne communication et aux relations entre le personnel ?
Les sentiments de déprime et de perte d’espoir sont-ils ouvertement exprimés (à la fois à travers les mots et les actions) ?
Les défenseurs ont-ils accès aux informations précises sur leurs conditions de travail, sur les parties prenantes et leurs intérêts ? Sont-ils capables de traiter ces informations et d’obtenir une compréhension des menaces, des vulnérabilités et des capacités ?
Les défenseurs peuvent-ils définir et, en particulier, mettre en place des plans d’action ? Existe-il des exemples préalables ?
Est-ce que le groupe peut obtenir des conseils sûrs ? De sources légitimes ? Le groupe peut-il faire des choix indépendants sur les sources à utiliser ? Avez-vous accès à des organisations particulières ou à un statut de membre qui améliore vos capacités de protection ?
Est-ce que les personnes ou le personnel à votre disposition couvrent la masse de travail nécessaire ? Pouvez-vous planifier des visites sur le terrain en groupe (au moins deux personnes) ? Ressources financières Possédez-vous les moyens financiers nécessaires pour assurer votre sécurité ? Pouvez-vous manier de l’argent en toute sécurité ?
Parlez-vous les langues nécessaires à votre travail dans la région? Avez-vous une bonne connaissance de la région ? (routes, villages, téléphones publics, centres de santé, etc)
Les défenseurs ont–ils des contacts nationaux ou internationaux ? Pour visiter les délégations, les ambassades, les autres gouvernements, etc. ? Avec les leaders des communautés, les leaders religieux, et autres personnes d’influence ? Avez-vous la possibilité de publier des actions urgentes à travers d’autres groupes ?
Est-ce que les défenseurs ont accès aux médias (nationaux ou internationaux) ? Aux autres médias (indépendants) ? Est-ce que les défenseurs savent comment entretenir de bonnes relations avec les médias ?
Une balance fournit un autre moyen de compréhension du concept de risque. On pourrait appeler cela « le risque-mètre ». Si nous prenons deux boîtes, l’une avec nos menaces et vulnérabilités et l’autre avec nos capacités, et que nous les plaçons sur les deux plateaux de la balance, on peut alors remarquer comment nos risques augmentent ou diminuent.

Plus nous sommes confrontés à des menaces et plus nous possédons de vulnérabilités, plus le risque est grand.

plus nous possédons de capacités, moins nous sommes confrontés à des risques. Afin de réduire les risques, nous pouvons réduire nos menaces et nos vulnérabilités tout en augmentant nos capacités.

Mais… regardez ce qui arrive si nous sommes confrontés à des menaces importantes : rien ne sert d’essayer d’augmenter nos capacités à ce moment-là, la balance montrera de toute façon un niveau de risque élevé.

Acquérir une connaissance approfondie des menaces et des moyens d’y réagir.
La répression des défenseurs des droits humains est une affaire de psychologie. Les menaces visent surtout à ce que les défenseurs se sentent vulnérables, anxieux, désemparés et impuissants. En dernière analyse, la répression vise aussi à briser les organisations et à miner la confiance des défenseurs en leurs dirigeants et collègues. Les défenseurs doivent concilier à la fois une gestion soignée et efficace des menaces et le maintien d’un sentiment de sécurité au travail. C’est également le sujet principal de ce chapitre.
Au chapitre deux, nous avons défini les menaces comme "la possibilité qu’une personne porte atteinte à l’intégrité physique et morale d’une autre personne ou de ses biens par un acte délibéré et souvent violent". Nous avons aussi abordé les menaces possibles (lorsqu’un défenseur lié à votre travail est menacé et qu’il y a des raisons fondées de croire que vous serez menacé(e) à votre tour) et les menaces déclarées (comme par exemple recevoir une menace de mort). Nous allons à présent examiner aux moyens de gérer les menaces déclarées.
Une menace déclarée est l’annonce ou l’indication de l’intention d’infliger un dommage, de punir ou de blesser, généralement afin de parvenir à une fin concrète. Les défenseurs des droits humains reçoivent des menaces à cause de l’impact de leur travail, et la plupart des menaces ont pour but avoué de mettre fin aux activités des défenseurs, ou de les forcer à faire quelque chose.
La menace a toujours une origine, c’est-à-dire la personne ou le groupe qui est mis en cause par le travail du défenseur et qui menace. Une menace a aussi un objectif, qui dépend de l’impact du travail du défenseur, et un moyen d’expression, autrement dit la manière dont elle se manifeste au défenseur.
Les menaces sont délicates. Nous pourrions dire avec une pointe d’ironie que les menaces sont "écologiques » car elles ont pour but d’obtenir des résultats maximaux avec un investissement minimal d’énergie. La personne qui menace a choisi ce moyen plutôt que de passer à l’acte, qui exige un investissement d’énergie plus important. Pourquoi ? Il peut y avoir de nombreuses raisons qui méritent d’être signalées dans ce contexte :
Une menace est toujours une expérience personnelle, et elle n’est jamais sans effet. Pour l’exprimer autrement, les menaces affectent toujours les personnes visées de quelque façon que ce soit., Un défenseur a dit un jour : « Les menaces ont toujours un effet, ne serait-ce que parce que nous en parlons ». En fait, toute menace peut produire un effet double, émotionnel et sécuritaire. Nous nous concentrerons sur la sécurité dans ce qui suit, mais nous ne devrions pas oublier qu’il y a une dimension émotionnelle dans toute menace.
Nous savons qu’une menace est généralement due à l’impact de notre travail. Recevoir une menace représente donc une réaction à la façon dont notre travail touche une personne donnée. De ce point de vue, une menace est une source inestimable d’informations qui devrait être analysée minutieusement.
Les personnes émettent des menaces contre les défenseurs des droits humains pour de multiples raisons et seules certaines ont l’intention ou la capacité de commettre un agression. Cependant, certains individus peuvent constituer une menace sérieuse sans jamais l’exprimer. La distinction entre le fait d’émettre et le fait de constituer une menace est importante :
Une menace n’est crédible que si elle indique que son auteur dispose des moyens de s’en prendre à vous. Elle doit être la preuve d’un degré minimum de force ou un élément menaçant conçu dans le but d’instiller la peur.
La personne à l’origine de la menace peut donner la preuve de sa capacité à agir par un acte simple, par exemple en laissant une menace écrite à l’intérieur d’une voiture fermée à clé, même si vous ne l’avez laissée garée que quelques minutes, ou en vous téléphonant à la minute où vous êtes arrivé à votre domicile pour que vous sachiez qu’on vous surveille.
On peut tenter de vous faire peur en incluant des éléments symboliques dans une menace, par exemple en vous envoyant une invitation à votre propre enterrement ou en déposant un animal mort sur votre seuil de votre domicile ou sur votre lit.
Beaucoup de menaces sont un mélange des caractéristiques ci-dessus. Il est important de les distinguer, car certains auteurs de menaces feignent de disposer des moyens d’agir en recourant à des éléments symboliques et effrayants.
N’importe qui peut émettre une menace, mais n’importe qui ne constitue pas une menace.
En fin de compte, il vous faut déterminer si la menace peut être mise à exécution. Si vous êtes suffisamment sûr que c’est improbable, votre démarche ne sera pas la même que si vous pensez que la probabilité d’une menace est réelle.
Les deux objectifs principaux lors de l’évaluation d’une menace sont :
1. Établissez les faits concernant la ou les menaces. Il est important de connaître exactement les faits. Vous pouvez le faire en menant des entretiens ou en interrogeant des individus-clés, et quelquefois grâce à des rapports pertinents.
2. Établissez si les menaces présentent ou non une constante au fil du temps. Si plusieurs menaces sont faites à la suite (comme cela arrive souvent), il est important de chercher une constante, tels que les moyens employés pour menacer, le moment où les menaces se produisent, des symboles, de l’information écrite à la main ou une communication verbale, etc. Il n’est pas toujours possible d’établir de telles constantes, cependant elles sont importantes pour une évaluation correcte des menaces.
3. Établissez le but de la menace. Puisque habituellement une menace a un but clairement lié à l’impact de votre travail, suivre la piste de cet impact pourrait vous aider à établir le but de la menace.
4. Établissez l’origine de la menace. (Ceci n’est possible qu’après avoir suivi les trois premières étapes). Essayez d’être aussi précis que possible. Par exemple, vous pourriez dire que le "gouvernement" vous menace. Comme tout gouvernement est un acteur complexe, il est plus utile de chercher quelle partie du gouvernement pourrait être à l’origine de la menace. Des acteurs tels que "les forces de sécurité"ou les "groupes armés" sont également des acteurs complexes. Souvenez-vous que même si elle est signée, une menace peut s’avérer fausse. Ceci peut être un bon moyen pour l’auteur des menaces d’éviter un prix politique tout en parvenant à sa fin d’effrayer le défenseur et de l’empêcher de poursuivre son travail.
5. Arrivez à une conclusion raisonnable sur la probabilité que la menace puisse être mise à exécution ou non. La violence est conditionnelle. Vous ne pouvez jamais savoir avec certitude qu’une menace sera mise – ou non – à exécution. Etablir des prévisions en matière de violence revient à affirmer que dans certaines circonstances précises, il existe un risque qu’un individu ou qu’un groupe particulier use de violence contre une cible donnée.
Les défenseurs ne sont pas devins et ne peuvent pas prétendre savoir ce qui surviendra. Cependant, vous pouvez arriver à une conclusion raisonnable sur la probabilité qu’une certaine menace soit mise à exécution ou non. Vous pouvez ne pas avoir obtenu assez d’informations sur la menace aux quatre premières étapes et pouvez ne pas aboutir à une conclusion. Vous pouvez aussi avoir des avis divergents sur ce qu’est une menace "réelle". De toute façon, vous devez partir du scénario-catastrophe.
Exemple:
Des menaces de mort ont été émises à l’encontre d’un défenseur des droits humains. Le groupe analyse les menaces et aboutit à deux conclusions divergentes, toutes deux partant d’un raisonnement solide. Certains disent que la menace est une imposture complète, tandis que d’autres pensent qu’ il y a des indices inquiétants que les menaces seront mises à exécution. En fin de réunion, le groupe opte pour le scénario - catastrophe, c’est-à-dire qu’il estime que la menace peut se concrétiser et prend donc les mesures nécessaires. Cette évaluation de la menace évolue de faits concrets (1e étape) vers un raisonnement spéculatif. La 2e étape introduit une légère interprétation des faits que l’on approfondit progressivement dans les 3e, 4e et 5e étapes. Il y a des raisons fondées pour lesquelles il convient d’observer l’ordre des étapes. Si vous commencez directement par la 2e ou la 4e étape, par exemple, vous vous privez d’informations plus concrètes découlant des étapes précédentes.
Une menace ou un incident de sécurité peut inquiéter un groupe de défenseurs, mais il est souvent difficile que ce sentiment d’inquiétude persiste jusqu’à ce que la menace soit passée. En raison de la pression extérieure constante sur les défenseurs et leurs activités, tirer les sonnettes d’alarme d’une organisation trop souvent pourrait amener les membres à perdre l’intérêt et, par conséquent, à abaisser leur garde. Donner l’alerte au sein d’un groupe ne devrait se produire qu’en cas de preuves fiables et devrait être directement lié à un événement anticipé précis. Elle doit être prévue de façon à motiver le groupe à agir, et à exiger la mise en œuvre d’un ensemble concret de mesures. Afin d’être la plus efficace possible, l’alerte ne devrait susciter qu’une motivation relative. Si la motivation est trop faible, elle ne pousse pas les personnes à agir, en revanche lorsqu’elle est trop intense, elle provoque une surcharge d’émotions. Si la menace est susceptible de se prolonger dans le temps, il est essentiel de procéder à un debriefing et à des activités de suivi une fois l’alerte initiale donnée, afin de corriger les fausses informations, de modifier les recommandations peu judicieuses, et également de renforcer la confiance des membres dans les efforts communs du groupe. En conclusion, si la menace n’est pas mise à exécution, une explication devrait être fournie et le groupe devrait être informé que la menace est moindre ou qu’elle a cessé.
Vous pouvez envisager de clore le dossier lorsque vous estimez que l’agresseur potentiel ne constitue plus une menace. Idéalement, pour être sûr de pouvoir clore un cas de menace en connaissance de cause, vous devriez être en mesure de justifier la décision au préalable. Il faudrait également s’interroger sur les circonstances changeantes qui pourraient pousser l’auteur des menaces à passer à un acte violent.
Objectif
Apprendre à reconnaître et à réagir aux incidents de sécurité
En termes simples, un incident de sécurité peut être défini comme tout acte ou événement dont vous pensez qu’il pourrait mettre en cause votre sécurité personnelle ou la sécurité de votre organisation. Les exemples d’incidents de sécurité pourraient inclure le fait de voir le même véhicule suspect stationné devant votre bureau ou votre maison durant plusieurs jours, le téléphone qui sonne en pleine nuit sans que quelqu’un vous réponde, une personne qui pose des questions sur vous dans une ville ou un village proche, une effraction à votre domicile, etc. Or tout ce que vous remarquez ne constituera pas toujours un incident de sécurité. Vous devriez donc le consigner par écrit, et ensuite l’analyser, idéalement avec vos collègues, pour établir s’il pourrait réellement porter atteinte à votre sécurité. À ce moment-là, vous pouvez réagir à l’incident. La marche à suivre est celle-ci :
Vous remarquez quelque chose→ vous vous rendez compte qu’il peut s’agir d’un incident de sécurité→ vous le consignez ou en informez vos collègues → vous l’analysez → vous établissez qu’il s’agit d’un incident de sécurité→ vous réagissez de façon appropriée.
S’il y a urgence, la marche à suivre doit néanmoins être respectée, simplement beaucoup plus rapidement pour éviter de perdre du temps (voir ci-dessous).
Distinguer les incidents de sécurité des menaces:
Si vous attendez le bus et qu’une personne à côté de vous vous menace à cause de votre travail, cela – indépendamment du fait d’être une menace - constitue un incident de sécurité. Cependant si vous découvrez que la police surveille votre bureau depuis une voiture garée sur le trottoir d’en face ou que votre téléphone portable a été volé, il s’agira alors d’incidents de sécurité mais pas nécessairement de menaces. Souvenez-vous : les menaces ont un objectif précis (voir chapitre 2), alors que les incidents surviennent, tout simplement. Toutes les menaces sont des incidents de sécurité, mais tous les incidents de sécurité ne constituent pas forcément des menaces.
Les incidents de sécurité sont cruciaux pour la gestion de la sécurité car ils fournissent des informations vitales sur l’impact de votre travail, et sur des actions éventuelles qui peuvent se préparer ou avoir lieu à votre encontre. De même, ces incidents vous permettent de modifier votre comportement ou vos activités et d’éviter des endroits qui pourraient s’avérer dangereux, ou plus dangereux que d’habitude. Les incidents de sécurité peuvent donc être vus comme des indicateurs du niveau de sécurité local. Si vous étiez privés de la possibilité de déceler de tels changements, il serait difficile de prendre les mesures nécessaires et opportunes pour protéger votre sécurité.
Par exemple, vous pourrez vous rendre compte que vous êtes sous surveillance après avoir remarqué plusieurs incidents de sécurité. Maintenant vous êtes en mesure de réagir à cette surveillance.
Les incidents de sécurité représentent "l’unité de base" de la mesure de la sécurité et sont les indicateurs de la résistance à vos activités et de la pression qu’elles suscitent. Ne les laissez pas passer inaperçus!
Cela dépend du degré de visibilité de l’incident. S’il pourrait potentiellement passer inaperçu, votre aptitude à le reconnaître dépendra de votre formation à la sécurité, de votre expérience et de votre conscience du risque.
Meilleures sont votre vigilance et votre formation, moins les incidents échapperont à votre attention.
Les incidents de sécurité sont parfois négligés ou remarqués brièvement puis écartés, ou alors les gens peuvent parfois dramatiser ce qu’ils croient être des incidents de sécurité.
Exemple:
Un défenseur vit un incident de sécurité, mais l’organisation pour laquelle il travaille ne réagit pas du tout. Pourquoi ?
Exemple: Un collègue raconte constamment des histoires à propos de l’un ou l’autre incident de sécurité, mais après examen , elles s’avèrent sans fondement ou ne pas mériter la qualification d’incident de sécurité.. L’incident de sécurité réel dans ce cas de figure est constitué par le fait que votre collègue souffre d’un problème qui lui fait voir des incidents de sécurité inexistants. Il ou elle ressent peut-être une grande peur, ou souffre de stress, et il faudrait lui proposer alors de l’aide pour pouvoir résoudre son problème.
N’oubliez pas que bien trop souvent, on ne s’aperçoit pas des incidents de sécurité ou on ne les prend pas au sérieux. Soyez attentifs!
Vous pouvez gérer les incidents de sécurité en suivant ces trois étapes élémentaires:
Pour la troisième fois un membre de votre organisation a rencontré des problèmes lors du passage à un poste de contrôle de la police, car cette personne oublie fréquemment de se munir des documents d’identité obligatoires.. Vous décidez par conséquent d’élaborer une liste de contrôle (checklist) que tous les membres doivent consulter avant de quitter la ville. Vous déciderez peut-être aussi de modifier l’itinéraire de tels déplacements..
Au même poste de contrôle de la police, vous êtes retenu pendant une demi- heure et on vous dit que votre travail est tenu en piètre estime. Des menaces à peine voilées sont formulées. Lorsque vous demandez une explication au quartier général de la police, la scène se répète. Vous convoquez une réunion de groupe pour réexaminer les activités prévues car il semble évident que des changements sont nécessaires si vous voulez continuer votre travail. Vous organisez une série de rencontres avec les fonctionnaires du ministère de l’Intérieur, vous modifiez une partie des activités prévues et prévoyez des réunions hebdomadaires pour suivre l’évolution de la situation.
Lorsque que lancez vos activités de défenseur dans une nouvelle région, vous recevez immédiatement des menaces de mort et un de vos collègues est agressé physiquement. Vous n’aviez pas imaginé une telle opposition à votre travail, et n’avez pas prévu de réponse dans votre stratégie globale. Vous aurez donc à modifier votre stratégie afin de faire grandir la tolérance locale à l’égard de votre travail et de dissuader davantage d’agressions et de menaces. Pour ce faire, vous devrez interrompre vos activités provisoirement, quitter la région et réexaminer le projet entier.
Il existe beaucoup de façons de réagir rapidement à un incident de sécurité. Les étapes ci-dessous ont été formulées en fonction du moment et de la forme de la réaction, à partir du moment où l’incident a été signalé, pendant qu’il a lieu et après qu’il soit passé.
Étape 1. Signalez l’incident
Étape 2. Décidez du moment d’agir.
Il y a trois possibilités:
Étape 3. Décidez de la manière de réagir et de vos objectifs.
Des réactions ultérieures découleront des mesures fixées selon les procédures de décision habituelles de l’organisation, et viseront à rétablir un cadre extérieur sûr pour vos activités, de revenir aux procédures d’organisation internes et de prévoir de meilleures réactions aux incidents de sécurité futurs.
Toute réaction doit prendre en compte la sécurité et la protection des autres personnes, organisations ou institutions avec lesquels vous entretenez des relations de coopération.
Fixez vos objectifs avant d’agir. La rapidité de votre action compte, mais il est plus important de savoir pourquoi vous agissez. En définissant d’abord le but recherché (vos objectifs), vous pourrez décider du moyen de le réaliser (la marche à suivre).
Par exemple:
Si un groupe de défenseurs est informé qu’une de ses collègues n’est pas arrivée comme prévu à sa destination en ville, ils pourront réagir d’abord en téléphonant à un hôpital et à leurs contacts au sein d’autres ONG, à une représentation locale des Nations unies et à la police. Mais avant de lancer ces appels, il est très important de définir ce que vous souhaitez obtenir et ce que vous direz. Dans le cas contraire, vous alarmeriez d’autres personnes sans raison (imaginez que le défenseur soit simplement arrivé en retard parce qu’il ou elle a manqué un bus et qu’il ou elle ait oublié de prévenir le bureau) ou pourriez provoquer une réaction opposée à celle voulue.
La violence est autant un processus qu’un acte. Une action violente contre un défenseur des droits humains n’a jamais lieu en vase clos. L’analyse détaillée des actions violentes montre qu’elles sont souvent le point culminant de conflits, de différends, de menaces et d’erreurs qui se sont accumulés et accentués avec le temps et dont les origines peuvent être identifiées.
En général, quiconque pense qu’une agression d’un défenseur est un moyen souhaitable, admissible et potentiellement efficace d’atteindre un objectif peut être défini comme un agresseur potentiel. La menace s’alourdit d’autant plus que la personne dispose, ou peut disposer, de la capacité d’attaquer un défenseur.
Quelques agressions sont précédées de menaces, d’autres pas. Cependant, le comportement d’individus qui prévoient une agression ciblée est souvent un indicateur subtil, puisqu’ils doivent obtenir les détails quant au meilleur moment d’attaquer, organiser la manière d’atteindre leur cible et leur fuite.
La menace peut décroître quand la capacité des agresseurs potentiels à organiser une agression est modifiée et que leur conception d’une agression comme acte acceptable change, ainsi que leur probabilité d’être pris et condamnés.
Il est donc vital de détecter et d’analyser tout indice d’une agression éventuelle. Ceci suppose de:
Les incidents de sécurité au cours desquels des défenseurs ou leurs lieux de travail ont été surveillés servent à obtenir des informations. Elles peuvent ne pas intervenir dans l’agression, mais dans la mesure du possible, il est important de vérifier ce fait (Cf. chapitre 4 ).
La surveillance des membres ou des bureaux est destinée à l’obtention d’informations et peut jouer des rôles différents:
Il faut retenir que la surveillance est généralement indispensable à l’agression, mais qu’elle ne constitue pas en elle-même une agression. De plus, toute surveillance n’est pas forcément suivie d’une agression. La violence ciblée peut surgir lorsque l’agresseur voit soudain une occasion de frapper, mais même dans ces cas, l’agression a été préparée.
Souvent, les informations qui permettraient de détecter la préparation d’une agression sont rares. La disparité entre la quantité infime d’études sur ce sujet et le vaste nombre d’agressions contre les défenseurs des droits humains est frappante. Néanmoins, les recherches qui existent sont intéressantes à plusieurs égards.
Attaquer un défenseur n’est pas facile et requiert des ressources.
La surveillance est nécessaire pour connaître les faits et gestes d’un individu et le meilleur endroit pour l’agresser. Accéder à la cible et réussir une fuite rapide est également vital. (Cependant, si les circonstances sont extrêmement favorables à l’agresseur, il pourra agir plus facilement). Ceux qui agressent les défenseurs font normalement preuve d’une certaine cohérence.
La majorité des agressions visent des défenseurs des droits humains qui s’occupent de très près de questions qui affectent les agresseurs. Les agressions ne sont par conséquent ni aléatoires, ni futiles mais correspondent aux intérêts immédiats des agresseurs. Des facteurs géographiques entrent en ligne de compte.
Les agressions contre les défenseurs dans des zones rurales, par exemple, sont moins médiatisées et ne suscitent donc pas la même réaction de la part des forces de l’ordre et de la sphère politique que les agressions dans les villes. Les attentats contre des sièges d’ONG ou d’organisations très connues dans les villes provoquent encore davantage de tollés. Les choix et les décisions sont arrêtés avant une agression.
Ceux qui envisagent une agression contre une organisation de défenseurs doivent décider si s’attaquer aux directeurs et responsables ou aux simples membres, et choisir entre une agression unique (contre un haut responsable, éventuellement célèbre, d’où un coût politique élevé) et une série d’agressions (visant les membres de l’organisation). Les quelques études sur les agressions contre les défenseurs suggèrent que les deux stratégies sont régulièrement utilisées.
Déterminer la probabilité qu’une agression ait lieu nécessite une analyse des facteurs qui entrent en ligne de compte. Pour les définir, il faut distinguer les types d’agressions, à savoir les délits et crimes de droit commun, les agressions indirectes (se trouver au mauvais endroit au mauvais moment) et directes (ciblage), à l’aide des trois tableaux suivants.
(AP signifie agresseur potentiel)
Degré de menace dans le cas d’agressions directes (ciblage)
Les AP contrôlent les zones où vous travaillez mais n’ont pas d’intérêt financier à vous agresser. Votre travail ne limite que partiellement leurs objectifs politiques et militaires, et il n’y a aucun exemple d’une agression similaire dans la ville. Ils sont indifférents et ne souhaitent visiblement pas faire l’objet de l’attention nationale ou de pressions en vous attaquant.
Le degré de menace d’une agression directe dans ce cas est donc faible à moyen.
(DC signifie délinquants et criminels)
Exemple de l’évaluation du degré de menace représenté par les délits et crimes Dans cette ville, les délinquants agissent dans différentes zones, à deux ou en petits groupes, parfois de jour. Ils sont souvent agressifs et munis d’armes à feu. La police réagit mais lentement et de manière inefficace, et la force publique (police, gendarmerie) n’est pas professionnelle et manque de ressources. Cependant la direction de la police est bien disciplinée. La sécurité est manifestement faible, et si on tient compte des quartiers périphériques de la ville, la menace de criminalité est à son comble puisque tous les indicateurs sont élevés.
La probabilité d’un délit ou d’un crime dans le centre de cette ville est maximale à moyenne.
(AP= agresseur potentiel)
Facteur: Votre connaissance des zones de conflit
Menace faible: Bonne
Menace moyenne: Approximative
Menace élevée: Vous avez très peu d’informations quant à l’endroit des zones de combat
Facteur: Distance qui vous sépare des zones de conflit
Menace faible: Vous travaillez loin des zones
Menace moyenne: Votre travail a lieu à proximité de ces zones et vous les traversez périodiquement
Menace élevée: Vous travaillez en zone de conflit
Facteur: Déplacement géographique des zones de conflit
Menace faible: Conflits géographiquement stables, déplacement faible et répertorié
Menace moyenne: Déplacement relativement fréquent
Menace élevée: Déplacement géographique continu, les zones sont imprévisibles
Facteur: Votre connaissance des régions minées (mines terrestres)
Menace faible: Bonne connaissance ou absence de zones minées
Menace moyenne: Connaissance approximative
Menace élevée: Nulle
Facteur: Distance de votre lieu de travail aux zones minées
Menace faible: Vous travaillez loin des zones minées
Menace moyenne: Vous travaillez à proximité des zones minées et vous y entrez occasionnellement
Menace élevée: Vous travaillez dans les zones minées
Facteur: Tactiques de combat et armes
Menace faible: Connues et répertoriées
Menace moyenne: Connues et répertoriées avec emploi périodique d’artillerie, d’embuscades et de francs-tireurs
Menace élevée: Toutes interviennent sans discrimination: bombardement, artillerie lourde, attentats terroristes ou attaques à la bombe
Exemple de l’évaluation du degré de menace d’une agression indirecte
Dans cette région, vous connaissez bien les zones de combat qui évoluent lentement et de manière vérifiable. Vous travaillez près des zones de combat et vous y effectuez des visites et séjours périodiques. Vous n’êtes pas à proximité de zones minées. Les tactiques de combat sont ciblées et touchent rarement les populations civiles.
Le degré de risque d’agressions indirectes lié au travail dans cette zone est faible.
Vous savez désormais que la menace peut diminuer si la capacité d’agresseurs potentiels à organiser une agression est modifiée, que leur tolérance à l’égard de l’acte d’agression change ainsi que la probabilité qu’ils soient pris et condamnés.
Pour empêcher une agression, il est donc nécessaire de:
Ce genre de prévention d’agressions est similaire à l’analyse effectuée au chapitre 2 où nous expliquons que le risque est déterminé par les vulnérabilités et les capacités des défenseurs des droits humains. Nous mentionnons de même que pour vous protéger et réduire le risque, vous devez agir contre les menaces, limiter votre vulnérabilité et renforcer vos capacités.
La prévention des agressions directes : les différents résultats de protection
Lorsque il y a une menace et que vous voulez réduire son risque inhérent, il est important d’agir, pas seulement contre la menace elle-même, mais aussi sur les vulnérabilités et les capacités se rapportant le plus étroitement à la menace. Quand en période de fortes pressions vous souhaitez agir le plus rapidement possible, vous commencez souvent par les vulnérabilités les plus simples à modifier ou qui vous touchent directement plutôt que de privilégier celles qui sont inhérentes à la menace.
Attention: si le risque d’agression est élevé (c’est-à-dire si la menace est grave et réelle, et que vos vulnérabilités dépassent vos capacités), vouloir aborder le risque par les vulnérabilités et les capacités ne sera pas efficace puisque leur modification et mise en œuvre prend du temps. Si le risque est extrêmement élevé (une agression directe et sévère imminente), vous n’avez que trois possibilités pour l’empêcher:
Les menaces qui peuvent précéder une agression sont plus faciles à gérer dès lors que d’autres acteurs importants ou parties prenantes sont impliqués et qu’ils coopèrent. Prenons par exemple l’efficacité du système judiciaire, l’existence de réseaux de soutien (nationaux et internationaux) capables d’exercer une pression politique sur les détenteurs des obligations concernés et de réseaux sociaux (au sein des organisations), les réseaux personnels et familiaux, les forces de maintien de la paix de l’ONU ou internationales, etc.
La contre - surveillance permet de savoir si vous êtes surveillé. Comme il est difficile de vérifier si vos communications sont placées sur écoute, il vaut toujours mieux le supposer . Cependant, vous pouvez découvrir si vos faits et gestes ainsi que vos bureaux sont sous surveillance.
Les personnes que vous rencontrez régulièrement dans votre quartier, comme les concierges ou les portiers des immeubles, les marchands ambulants qui s’installent à proximité de l’entrée de vos locaux, des individus dans les voitures garées à proximité, les visiteurs, etc. pourraient tous vous surveiller en puissance. La surveillance est un moyen de gagner sa vie, elle peut être imposée sous la menace, elle est parfois l’expression de convictions politiques, ou encore être une combinaison de tout cela. Ceux qui déclenchent la surveillance peuvent aussi placer leurs collaborateurs ou des membres de leur organisation dans votre quartier. Des personnes peuvent également vous surveiller à distance. Dans ce cas-là, ils appartiennent quasi tous à une organisation et vous surveillent à votre insu. Cette tactique comprend : vous suivre de loin, se relayer fréquemment, changer de poste d’observation, de véhicules, etc.
Vous pouvez déterminer si vous êtes en surveillance en observant à votre tour ceux qui pourraient vous surveiller et en adoptant les règles suivantes (sans pour autant céder au délire de persécution):
Par exemple: Avant de rentrer à votre domicile, demandez à un parent ou à un voisin digne de confiance de se placer dans les environs (p.ex. en affectant de changer la roue d’un véhicule) pour vérifier si quelqu’un attend votre arrivée. Faîtes de même pour le moment où vous quittez le bureau à pied. Si vous utilisez une voiture particulière, il faudra qu’une deuxième voiture attende que l’observateur potentiel vous ait pris en filature avant de la suivre à son tour.
L’avantage de la contre - surveillance est, au moins initialement, que la personne qui vous observe ignore que vous avez remarqué sa surveillance. Par conséquent, toutes les personnes impliquées doivent être conscientes que mieux vaut ne pas entrer en conflit ou en contact avec votre observateur potentiel. Ils / elles se rendront alors compte que vous êtes au fait de leurs activités, ce qui pourrait provoquer une réaction violente. Il est important de prendre les plus grandes précautions et de garder vos distances si vous êtes conscients d’être surveillé(s). Une fois la surveillance confirmée, vous pouvez agir en conséquence en appliquant nos recommandations (voir chapitre 9).
Notre analyse de la contre-surveillance s’applique presque exclusivement aux zones urbaines ou semi-urbaines. Dans les campagnes, la situation est très différente, les défenseurs et les communautés locales remarquant beaucoup plus rapidement tout étranger. Quelqu’un qui organise votre surveillance trouvera la prise de contact avec les habitants ruraux plus compliquée sauf en cas d’hostilité explicite de la population à l’égard de votre travail.
Une remarque: créer des liens avec les forces de sécurité qui vous surveillent peut s’avérer utile dans certains cas de figure car parfois la surveillance se fait de manière ouverte puisque elle est censée être remarquée et intimider. Parfois, les défenseurs soignent leurs liens avec des éléments individuels des forces de sécurité afin qu’ils les préviennent lorsque ils sont surveillés ou qu’une agression potentielle est préparée à leur intention.
La raison nous commande de procéder systématiquement à cette vérification au moindre indice fondé, notamment lorsque des incidents de sécurité pourraient indiquer que l’on vous a observé. Si votre activité de défenseur de droits humains vous expose à un certain risque, il peut être utile de mener un exercice simple de contre-surveillance de temps en temps, par souci de sécurité. Vous devez aussi penser au risque auquel vous exposez autrui si vous vous trouvez sous surveillance, le risque pouvant être plus élevé pour un témoin ou un membre d’une famille que vous allez rencontrer que pour vous-même. Vous devrez éventuellement les avertir que vos faits et gestes sont potentiellement surveillés.
Il n’y a pas de dénominateur commun entre toutes les agressions contre les défenseurs. Qui dit agression dit aussi incident de sécurité, et nous traitons les réactions appropriées à ceux-ci au chapitre 4.
Apprendre à élaborer une stratégie de sécurité
Apprendre à établir un plan de sécurité
Trop souvent les défenseurs des droits humains travaillent dans des environnements hostiles. Les raisons en sont multiples. La plupart sont liées au fait que leur travail peut les amener à s’affronter à de puissants acteurs qui violent les lois internationales sur les droits humains, que ce soient des gouvernements ou autorités de l'État, des forces de sécurité, des groupes armés de l’opposition ou des milices armées privées. Ces acteurs peuvent riposter en essayant de mettre fin au travail des défenseurs, par des moyens qui vont de la répression voilée des tentatives de libre expression à des menaces déclarées et des offensives directes. Le degré de tolérance par les acteurs dépend du travail des défenseurs. Les acteurs jugeront qu’ils peuvent accepter certaines act