Amériques
VUE D'ENSEMBLE
La situation des défenseurs des droits humains en Amérique Latine était toujours très préoccupante en 2012. L’usage de la violence contre les DDH était extrêmement fréquent. Les journalistes, les syndicalistes et les défenseurs de l’environnement et du droit à la terre ont été exposés à de graves menaces et ont été la cible d’attaques violentes dans toute la région. Les défenseurs des droits des populations indigènes, les défenseurs des droits humains et les défenseurs des droits des personnes LGBTI faisaient partie des groupes les plus vulnérables. Bien que ces actes de violence se soient produits dans un contexte de dégradation générale de la sécurité dans de nombreux pays, les défenseurs des droits humains demeurent particulièrement visés par différentes sources– gouvernements, milices, groupes criminels, groupes de narcotrafiquants internationaux et bandits travaillant à la solde de grandes entreprises.
Au mois d’août, la Cour Inter-américaine des Droits de l’Homme a statué que “[Les États] doivent mettre en place un processus de consultation libre, préalable et éclairée avant d’entamer tout projet qui pourrait affecter le territoire des populations et des communautés indigènes ou d’autres droits essentiels à leur survie”1. Les importantes ressources minérales et naturelles continuent d’attirer les compagnies minières et les industries extractives qui ont un effet marqué sur le paysage dans lequel opèrent ceux qui défendent les droits des populations autochtones, l’environnement et l’accès à la terre. La surveillance accrue des activités minières a conduit à l’augmentation de l’opposition et des protestations sociales. Les forces gouvernementales, et de plus en plus souvent des compagnies de sécurité privées, ont déployé des tactiques violentes contre ceux qui défendent les communautés affectées.
En 2012, Front Line Defenders a signalé les assassinats de dix défenseurs des droits humains et membres de leur famille au Brésil, en Colombie, au Guatemala, au Honduras et au Mexique. Au Brésil, quatre DDH ont été assassinés en avril, juin et août: Raimundo Alves Borges avait déposé des plaintes officielles contre les activités illégales liées à l’achat et à la vente de terres; Almir Nogueira de Amorim et João Luiz Telles Penetra étaient membres de l’Association des marins; l’avocat spécialisé dans la défense des droits humains Diego Luiz Berbare Bandeira avait porté plainte contre les abus commis par la police civile et militaire, des directeurs de prison et d’autres autorités. En Colombie, Manuel Ruíz, qui militait pour la restitution des terres aux communautés déplacées à Curvaradó et Jiguamiandó, a été assassiné en mars avec son fils. Parmi le grand nombre de personnes tuées au Honduras, Manuel Díaz Mazariegos a été assassiné en septembre, tout juste deux jours après l’assassinat d’Antonio Trejo Cabrera, représentant juridique d’un mouvement paysan. Au Mexique, Regina Martínez Pérez, journaliste qui enquêtait sur les cartels de la drogue et sur les liens entre le crime organisé et des responsables du gouvernement, a été rouée de coups et étranglée à mort en avril. Les cas dont Front Line Defenders a parlé ne représentent qu’une infime partie du total des personnes tuées dans la région à cause de leurs actions en faveur des droits humains.
Ceux qui survivent à des tentatives d’assassinat doivent faire face à des traumatismes physiques et psychologiques, non seulement à cause des attaques, mais aussi à cause de l’impunité dont bénéficient les agresseurs. Des DDH ont été victimes de tentatives d’assassinats au Guatemala, au Honduras et au Venezuela. Au Honduras, des policiers ont tiré sur Gonzalo Cruz au mois de janvier, et Juan Vásquez et Sotero Chavarría ont été la cible de tirs alors qu’ils revenaient d’une réunion liée à un conflit foncier impliquant une communauté indigène. Au Venezuela, Victor Martínez a survécu à une tentative d’assassinat devant chez lui, à l’endroit même où son fils a été abattu deux ans plus tôt. D’autres agressions physiques ont été perpétrées au Brésil, au Chili, en Colombie, à Cuba, au Honduras et au Salvador.
Des accusations criminelles fabriquées de toutes pièces ont été rapportées en Colombie, au Guatemala, au Mexique et au Pérou. Au Pérou, un DDH qui travaille sur la question des expulsions forcées a été injustement accusé de violences avec circonstances aggravantes contre un fonctionnaire, avant d’être acquitté. La criminalisation des DDH ne constitue pas seulement une tentative visant les faire taire, mais elle vise aussi à saper leur crédibilité au sein de la communauté. De même, les campagnes publiques de diffamation orchestrées par les médias locaux et les politiciens sont utilisées pour délégitimer le travail des DDH. Front Line Defenders a dénoncé des campagnes de dénigrement en Argentine, au Guatemala et au Mexique, et des cas d’arrestations arbitraires en Colombie, à Cuba, au Mexique et au Pérou.
Les domiciles et bureaux des DDH restent vulnérables aux cambriolages et aux attaques visant à voler des informations sensibles et du matériel de valeur, mais aussi à interrompre leur travail. Des cambriolages et des vols ont été signalés au Brésil, en Colombie, au Costa Rica et au Salvador.
Menaces de mort, intimidation et harcèlement étaient les formes les plus communes pour avertir les défenseurs des droits humains que leur travail avait “dépassé les bornes” et qu’il ne serait pas toléré. Front Line Defenders a été informée de multiples cas de menaces et d’intimidation en Argentine, au Brésil, en Colombie, au Costa Rica, à Cuba, au Guatemala, au Honduras, au Mexique et au Venezuela.
Les gouvernements de toute la région n’ont pas réussi à fournir de protection adéquate à ceux qui défendent les droits humains et doivent remédier à cette situation. Des programmes de protection pour les DDH en danger existent au Brésil et en Colombie, néanmoins, ces deux programmes sont confrontés à demultiples obstacles pour répondre aux besoins des DDH. En 2012, le Mexique a connu une avancée positive en adoptant en avril une loi pour la création d’un mécanisme de protection des DDH et des journalistes en danger. La loi fournit le cadre juridique nécessaire à la coopération entre différents organes gouvernementaux, et prévoit la participation des organisations de la société civile pour sa mise en œuvre, et notamment concernant l’évaluation des risques et le processus de prise de décision. Cependant, huit mois après l’adoption de cette loi, le gouvernement n’a toujours pas adopté les réglementations et les protocoles requis afin de rendre le mécanisme opérationnel.
En outre, en dépit de tous ces cas de menaces et agressions physiques, l’impunité dans ces régions reste notablement élevée. Non seulement l’absence de responsabilité permet aux coupables de s’en tirer sans être punis, mais cela envoie aussi un signal indiquant que les défenseurs des droits humains peuvent être pris pour cible sans conséquence et que la violence est tolérée.
URGENT CASES
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LIENS
- Associacion pro Derechos Humanos (APRODEH) (Pérou)
- Centro de Accion Legal en Derechos Humanos (CALDH) (Guatémala)
- Centro de Derechos Humanos (Mexique)
- Corporación de Promoción y Defensa de los Derechos del Pueblo (CODEPU) (Chili)
- Conselho Indigenista Missionario (CIMI) (Brésil)
- Fundacion de Avuda Social de las Iglesias Cristianas (FASIC) (Chili)
- Fundacion Regional de Asesoria en Derechos Humanos (INREDH) (Equateur)
- Gabinete de Assessoria Jurídica ás Organizações Populares (GAJOP) (Brésil)
- Grupo Tortura Nunca Mais RJ (Brésil)
- Instituto Latinoamericano de Servicios Legales Alternativos (ILSA) (Colombie)
- Justica Global (Brésil)
- Liga Mexicana por la Defensa de los Derechos Humanos (LIMEDDH)
- Movimento dos Trabalhadores Rurais Sem Terra (MST) (Brésil)
- Movimento Nacional de Direitos Humanos (MNDH) (Brésil)
- Coalition Nationale pour les Droits des Haitiens
- Centro de Estudios Legales y Sociales (CELS) (Argentine)
- American-Arab Anti Discrimination Committee (USA)
- Coalition of Immokalee Workers (USA)
- Jackson Advocate (USA)
- Kensington Welfare Rights Union (USA)
- Lynne Stewart (USA)






