Amériques
VUE D'ENSEMBLE
En 2010, un fort changement concernant le positionnement économique global de l'Amérique latine a été observé. De nombreux pays d'Amérique latine ont annoncé une croissance de leurs économies et attiré d'immenses investissements externes. Cependant, pour les défenseurs des droits humains qui étaient déjà actifs dans des environnements à haut risque, l'augmentation de la fortune économique d'un pays peut engendrer de nombreux risques nouveaux et/ou supplémentaires. Alors que l'attention internationale portée sur ces pays a augmenté, le désir des états de réduire les critiques ou d'empêcher la révélation de problèmes existants a lui aussi augmenté. Les défenseurs des droits humains défendant des droits économiques, sociaux et culturels ont rapporté une augmentation des menaces et du harcèlement de la part d'acteurs issus du gouvernement ou non. Parmi les défenseurs des droits humains particulièrement exposés à un grand danger, on note les leaders d'unions commerciales, les indigènes et les personnes d'origine africaine, les campesinos (paysans) et les leaders de communautés, les juges et avocats, les journalistes et les défenseurs des droits des femmes. À travers la totalité du continent, les défenseurs des droits humains ont subi des menaces de mort, ils ont été surveillés, ont subi des actes d'intimidation, des raids dans leurs bureaux et leurs domiciles, des enlèvements et disparitions forcées, des attaques violentes, un harcèlement judiciaire, la torture, la maltraitance et la mort.
Des défenseurs des droits humains opèrent au Brésil pour les droits économiques, sociaux et culturels qui comprennent la promotion de la réforme agraire (avec une attention particulière sur le droit à la terre pour les travailleurs ruraux), les droits des indigènes, les droits des personnes d'origine africaine ou Quilombolas, les droits des LGBTI et du travail, ainsi que la défense des droits civils et politiques et la surveillance puis la communication d'abus et d'actes de corruption liés aux droits humains. La violence policière et le manque de responsabilité ont continué à poser de graves problèmes dans la société brésilienne. Un point positif : le Programme de Protection Nationale du Brésil pour les défenseurs des droits humains propose une approche holistique de la protection des défenseurs des droits humains et comprend également un soutien psychologique. Cependant, en raison de la taille du pays et des ressources limitées octroyées, le programme a dû faire face à des défis pour fournir l'assistance adéquate aux défenseurs des droits humains en danger et en 2010, il a opéré dans six états.
Les Amériques sont restées la région dans laquelle le plus de défenseurs des droits humains ont été tués, ce qui a été rapporté en Colombie, en Équateur, au Salvador, au Honduras et au Mexique. La Colombie est toujours l'un des pays les plus dangereux au monde concernant la défense des droits humains. Malgré une forte communauté défendant les droits humains, l'héritage de la violence a été transféré avec la nouvelle présidence de Juan Manuel Santos qui a pris son poste en août. Les assassinats, les disparitions forcées, les menaces de mort, les raids dans des bureaux et la stigmatisation ainsi que la criminalisation des défenseurs des droits humains ont continué parallèlement à l'impunité dont jouissent les responsables de ces actes. 30 meurtres de défenseurs des droits humains ont été rapportés en un trimestre. Le cas de David Rabelo Crespo illustre bien les dangers quotidiens que courent les défenseurs des droits humains : il travaille à la Corporation Régionale pour la Défense des Droits Humains et a été arrêté le 14 septembre 2010 à Barrancabermeja. Il est toujours en détention sur de fausses charges de conspiration dans le but de commettre un crime et des meurtres aggravés, et lui et sa famille reçoivent toujours des menaces de mort.
Les meurtres de défenseurs des droits humains ont également été un problème majeur au Mexique où les défenseurs des droits humains ont dû faire face à des actes d'intimidation et de harcèlement de la part d'acteurs issus du gouvernement ou non. L'insécurité générale, l'impunité et la violence, associées à des activités de crime organisé et de trafic de stupéfiants, mettent en évidence le fait que les défenseurs des droits humains doivent agir dans des conditions extrêmement dangereuses, en particulier au Chihuahua, au Guerrero et au Chiapas. En avril 2010, Bety Cariño a été tuée, ainsi qu'un observateur international, lors d'une violente attaque paramilitaire envers une caravane humanitaire pacifique. La violence et les meurtres envers les femmes ont atteint un niveau alarmant dans l'état de Chihuahua et ont représenté l'un des principaux dangers courus par les défenseurs des droits des femmes dans la région. L'année 2010 a commencé par le meurtre, en janvier, de Josefina Reyes qui a été assassinée en raison de son travail d'opposition aux abus perpétrés par des militaires ; l'année s'est terminée avec le meurtre d'une autre défenseur des droits de la femme, Marisela Escobedo Ortiz, qui a été tuée en décembre alors qu'elle organisait une manifestation pacifique et silencieuse contre l'acquittement du meurtrier de sa fille. Suite à ces deux meurtres, plusieurs membres des familles de ces deux défenseurs des droits des femmes ont également été tués. La réponse des autorités a toujours été la même : « la présence des militaires est nécessaire en raison des cartels de trafic de drogue toujours en activité dans la région. »
La seule bonne nouvelle a été la baisse des attaques contre des défenseurs des droits humains au Guatemala, qui avait atteint son paroxysme en 2009. Cependant, l'environnement est resté très risqué et les défenseurs des droits humains ont travaillé dans la peur des représailles. Front Line a rapporté des tentatives d'assassinat, des menaces de mort et des effractions commises aux domiciles de défenseurs des droits humains.
En Équateur, des défenseurs des droits humains ont rapporté une répression constante de la part de l'état, en particulier contre des activistes environnementaux. En 2010, des cas de criminalisation, de discrédit, d'emprisonnement et de meurtres sur des défenseurs des droits humains ont été signalés. Sur le fond de ces nouvelles, on peut presque considérer comme paradoxal le fait que la Constitution de 2008 ait codifié « le droit de résistance en cas d'actions ou d'omissions de la part des autorités publiques, de personnes ou d'organisations menaçant les droits constitutionnels des peuples ».
Au Honduras, des défenseurs des droits humains, des organisations et des partis politiques ont continué à joindre leurs efforts pour s'opposer au gouvernement de facto dans un mouvement conduit par le Front de Résistance National. 2010 fut également une année de violences et Front Line a émis des appels urgents concernant trois cas isolés de meurtres sur des défenseurs des droits humains ainsi que concernant d'autres tentatives d'assassinats et de menaces de mort contre des individus ou des groupes. Les défenseurs des droits LGBTI sont toujours la cible de menaces, de surveillance, de kidnapping, d'intimidation et de meurtres, et ils sont doublement discriminés en raison de leur activité de défenseurs des droits humains et parce qu'ils défendent les droits des LGBTI. Ceux qui travaillent pour la promotion du développement durable et pour les droits écologiques au Honduras, tels que le Mouvement Environnemental d'Olancho, restent dans une situation à haut risque.
LIENS
- Associacion pro Derechos Humanos (APRODEH) (Pérou)
- Centro de Accion Legal en Derechos Humanos (CALDH) (Guatémala)
- Centro de Derechos Humanos (Mexique)
- Corporación de Promoción y Defensa de los Derechos del Pueblo (CODEPU) (Chili)
- Conselho Indigenista Missionario (CIMI) (Brésil)
- Fundacion de Avuda Social de las Iglesias Cristianas (FASIC) (Chili)
- Fundacion Regional de Asesoria en Derechos Humanos (INREDH) (Equateur)
- Gabinete de Assessoria Jurídica ás Organizações Populares (GAJOP) (Brésil)
- Grupo Tortura Nunca Mais RJ (Brésil)
- Instituto Latinoamericano de Servicios Legales Alternativos (ILSA) (Colombie)
- Justica Global (Brésil)
- Liga Mexicana por la Defensa de los Derechos Humanos (LIMEDDH)
- Movimento dos Trabalhadores Rurais Sem Terra (MST) (Brésil)
- Movimento Nacional de Direitos Humanos (MNDH) (Brésil)
- Coalition Nationale pour les Droits des Haitiens
- Centro de Estudios Legales y Sociales (CELS) (Argentine)
- American-Arab Anti Discrimination Committee (USA)
- Coalition of Immokalee Workers (USA)
- Jackson Advocate (USA)
- Kensington Welfare Rights Union (USA)
- Lynne Stewart (USA)





