Afrique

VUE D'ENSEMBLE

L'année 2010 fut une année de fête pour de nombreux états africains puisqu'elle a marqué le 50e anniversaire de leur indépendance. Le climat creux et festif officiel était en totale opposition avec le moral de la société civile en RDC, un pays qui a perdu l'un de ses défenseurs des droits humains les plus importants. Floribert Chebeya a été assassiné quelques semaines avant l'ouverture des festivités officielles. Il a informé sa famille qu'il se trouvait au quartier général de la police pour y rencontrer le commissaire de police. Son corps a été retrouvé le lendemain matin. Les autorités congolaises ont refusé l'ouverture d'une enquête internationale. Un autre défenseur des droits humains ainsi qu'un journaliste ont été assassinés dans l'est de la RDC et des disparitions, des attaques, des emprisonnements arbitraires, des menaces de mort, des cambriolages et des actes d'incendie volontaire ont été observés. Front Line a continué à recevoir de nombreuses demandes d'assistance de la part de femmes défenseurs des droits humains dans l'est de la RDC. Les défenseurs des droits des femmes ont été pris pour cibles en raison de leur travail de documentation et de dénonciation d'abus, dont un nombre alarmant de viols commis par les forces armées. L'intégration d'anciens groupes de rebelles dans l'armée nationale a été l'un des facteurs qui ont contribué à l'augmentation de l'insécurité pour les défenseurs des droits humains car cela les a exposés aux représailles des anciens rebelles désormais protégés par leur statut dans l'armée. Une exception bienvenue à cette impunité omniprésente fut la condamnation d'un commandant de l'armée en février 2011 pour un viol de masse perpétré au nouvel an.

Les élections ont affecté les défenseurs des droits humains et les journalistes au Burundi, en Côte d’Ivoire, en Éthiopie, au Rwanda et au Soudan. Au Rwanda, les élections présidentielles se sont déroulées en août 2010 et ont été précédées d'actes de répression envers l'opposition politique, les médias indépendants et les défenseurs des droits humains. Environ 30 médias d'information ont été fermés, un journaliste a été assassiné, trois ont été condamnés à des peines de prison, trois ont été arrêtés, deux ont dû fuir et un groupe international a été expulsé du pays. Au Burundi, au moins quatre journalistes ont été arrêtés et l'un d'entre eux se trouve toujours en détention sans avoir eu de procès, plus de huit mois après son arrestation en juillet. Plusieurs membres de groupes locaux de défense des droits humains ont reçu des menaces et ont été placés sous surveillance, et un groupe international s'est vu retirer les permis de travail de son personnel.

Le processus de réforme de la constitution a entraîné une augmentation de l'insécurité pour les défenseurs des droits humains au Zimbabwe où, encore une fois, les actes de harcèlement ont augmenté, en particulier dans les six premiers mois en 2010. Front Line a rapporté sept organisations dont plusieurs des membres ont été arrêtés ou menacés au cours d'une période de quatre semaines en février. Au cours de l'année, les membres de plusieurs autres ONG ont été victimes de harcèlement et d'actes d'intimidation, ils ont été placés en détention, poursuivis en justice ou ont vu leurs bureaux perquisitionnés. Farai Maguwu, du Mutare Centre for Research and Development, a été arrêté en juin et poursuivi en justice en raison de son travail de documentation sur l'implication de l'armée dans le cadre d'opérations de minage illégales.

Les journalistes sont peut-être l'une des catégories les plus régulièrement visées dans la plupart des pays de la région. Front Line a rapporté des cas de représailles pour avoir évoqué des problèmes d'atteinte aux droits humains au Burundi, au Cameroun, au Kenya et en Ouganda. Au Cameroun, de plus en plus de journalistes ont été pris pour cibles en 2010. Cinq journalistes du Messager, du Devoir, du Cameroun Exprès, de Bebela et de La Nation ont été arrêtés en février. L'un d'entre eux a rapporté avoir été soumis au supplice de la simulation de noyade, à la privation de sommeil, à l'exposition au froid et il a été battu sur la plante des pieds. Un autre journaliste, Germain Ngota Ngota, est mort en prison dans des circonstances qui n'ont jamais été éclaircies. Six autres journalistes ont été poursuivis en justice pour avoir dénoncé des violations des droits humains, des procès injustes, des actes de corruption et le détournement de fonds publics.

Au Burundi, au Cameroun, au Gabon, au Kenya, en Tanzanie et en Ouganda, les défenseurs des droits humains travaillant sur les droits économiques, sociaux et culturels ont subi des attaques et des actes de harcèlement. Les syndicalistes, les personnes œuvrant à la surveillance de la corruption, à la bonne gouvernance et à la gestion des ressources naturelles étaient particulièrement vulnérables. En Tanzanie, les défenseurs des droits humains œuvrant pour les droits des communautés pastoralistes ayant été illégalement expulsées de leurs terres ancestrales ont été victimes de harcèlement, d'actes d'intimidation et de menaces. La défense des droits LGBTI est toujours un défi risqué dans de nombreux pays, dont la RDC, le Kenya, le Malawi, le Rwanda, l'Ouganda et le Zimbabwe. En RDC, une nouvelle proposition de loi criminalisant l'homosexualité et affectant le travail des défenseurs des droits des LGBTI a été présentée au parlement en octobre. En Ouganda, des groupes religieux et certaines sections des médias qui soutenaient la proposition de loi de 2009 ont continué à travailler contre les défenseurs des droits des LGBTI, y compris par la publication des photos et des noms des défenseurs des droits des LGBTI. Le nombre d'attaques a augmenté suite à cela, et David Kato, un célèbre défenseur des droits humains, a été assassiné en janvier 2011. Plusieurs défenseurs des droits LGBTI ont été agressés, leurs domiciles ont été visités par effraction et certains ont été expulsés de chez eux.

Au Kenya, la situation s'est améliorée après la vague de violences qui a touché les défenseurs des droits humains en 2009. Cependant, les actes de harcèlement et d'intimidation ont continué. En avril, un membre de Release Political Prisoners (RPP) a été arbitrairement arrêté, il a subi de graves actes de maltraitance et a été interrogé concernant le travail de RPP sur des exécutions extrajudiciaires, l'opération militaire de Mt. Elgon et afin de déterminer s'ils avaient rapporté leurs informations aux Nations Unies. Les enquêtes de la Cour pénale internationale (ICC) concernant les violences post-élection pourraient entraîner d'autres actes de représailles contre les défenseurs des droits humains en raison de leur rôle de documentation des violations, surtout après la publication d'une citation à comparaître de la Cour pénale internationale en décembre 2010.

L'année dernière, nous avons dénoncé la nouvelle législation adoptée en Éthiopie pour la restriction de l'espace de travail des défenseurs des droits humains indépendants. Le système mis en place s'est avéré très efficace. De nombreux groupes ne se sont pas réinscrits sur les registres des organisations de défense des droits humains. Un grand nombre de défenseurs des droits humains ont fui le pays de peur d'être arrêtés ou agressés. Très peu de groupes de défense des droits humains sont restés, et ils ont dû réduire de manière draconienne leurs activités et leur présence sur le terrain, ce qui a énormément affecté leur capacité à documenter et à dénoncer toute violation des droits humains.

URGENT CASES

Sénégal: Le défenseur des droits humains Alioune Tine arrêté puis libéré après 48 heures de garde à vueposted on: 2012/02/05

Le 30 janvier 2012, le défenseur des droits humains M. Alioune Tine a été relâché après 48 heures de garde à vue.

Mauritanie: Arrestation et détention de quatre défenseurs des droits humains membres de l'Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste en Mauritanieposted on: 2012/01/19

Quatre membres de l'Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste en Mauritanie (IRA) ont été arrêtés, menottés et placés en détention préventive le 12 janvier 2012.