Afrique

VUE D'ENSEMBLE

En 2012, les défenseurs des droits humains en Afrique1 ont continué à faire face à de sérieux défis liés à leursécurité. Tout au long de l’année, Front Line Defenders a reçu des informations concernant des assassinats, des menaces de mort, des agressions physiques, des enlèvements, des détentions arbitraires, de l’acharnement judiciaire ou d’autres formes de harcèlement et d’intimidation policière. De nombreux gouvernements ont accentué la répression contre les DDH en introduisant ou renforçant des lois qui ont considérablement limité leur travail. Dans des pays touchés par des conflits armés, les acteurs non liés à l’État ont aussi ciblé les défenseurs des droits humains.

L’année a été marquée par l’assassinat de deux défenseurs des droits des personnes LGBTI. En Afrique du Sud, Thapelo Makhutle a été brutalement tué le 9 juin 2012. Il était membre et bénévole de LEGBO, un groupe de plaidoyer basé au Cap-du-Nord, qui apporte un soutien et dispense des formations aux communautés LGBTI des zones rurales qui sont stigmatisées et harcelées. À ce jour, il n’y a eu aucune arrestation pour ce meurtre. En Tanzanie, le corps de Maurice Mjomba, qui travaillait pour le Centre for Human Rights Promotion -CHRP (Centre pour la promotion des droits humains) a été retrouvé le 30 juillet à Dar es-Salaam. Le corps portait des traces de coups et de strangulation. Comme nous l’avons mentionné dans la 1ère partie du rapport, 18 journalistes ont été assassinés en Somalie, la plupart du temps pour avoir dénoncé des violations des droits humains.

De nombreuses agressions physiques contre les DDH ont été recensées au Burundi, au Kenya, au Nigeria, en RDC, en Somalie, au Soudan du Sud et au Tchad. En RDC, les DDH basés dans l’est, zone déchirée par un conflit, étaient les plus vulnérables. Les défenseuses des droits humains ont été particulièrement agressées physiquement, et certaines ont été violées alors qu’elles travaillaient dans des villages isolés. La situation s’est empirée à cause de l’avancée du mouvement rebelle M23, qui a pris le contrôle de la ville de Goma en décembre. Pendant ce temps, dans le nord du Mali contrôlé par les djihadistes islamistes qui tentent d’imposer la Charia et une interprétation fondamentaliste de l’Islam, les défenseurs des droits humains ont été contraints de s’autocensurer afin d’éviter des actes de représailles.

Les DDH spécialisés dans la lutte contre la corruption étaient toujours menacés d’agressions violentes ou de poursuites judiciaires. Des cas ont été recensés au Burundi, en Côte d’Ivoire, au Kenya et au Soudan du Sud. Début juillet au Soudan du Sud, un DDH anticorruption a été abandonné par des ravisseurs qui n’ont pas été identifiés, après avoir enduré trois jours de calvaire, et notamment des passages à tabac et la privation de nourriture. Au Kenya, en novembre, un militant anticorruption a été agressé et blessé par deux inconnus. Avant de le frapper, l’un des agresseurs lui a demandé d’abandonner la plainte pour corruption présumée qu’il a déposée au sujet de l’achat de matériel pour les élections.

Des manifestations pacifiques ont été perturbées, souvent par la violence, et des défenseurs des droits humains qui participaient à ces manifestations ont été arrêtés au Cameroun, au Soudan, au Swaziland, en Tanzanie et au Zimbabwe. En avril au Swaziland, la police a interrompu par la force des événements organisés par le Trade Union Congress of Swaziland –TUCOSWA (Congrès des syndicats du Swaziland) et d’autres organisations de la société civile pour commémorer l’interdiction des partis politiques en 1973, alors qu’ils appelaient à des réformes démocratiques; 15 membres de syndicats ont été arrêtés. Avant ces manifestations, le gouvernement swazi avait ordonné l’annulation de l’enregistrement de TUCOSWA. Au Zimbabwe, les défenseuses des droits humains de Women of Zimbabwe Arise –WOZA (Femmes du Zimbabwe debout!) ont été arrêtées et détenues pour avoir manifesté en janvier, juin, juillet, septembre, octobre et novembre.

Il y a eu de nombreux cas d’acharnement judiciaire au Burundi, au Cameroun, à Djibouti, en Éthiopie, en Gambie, au Kenya, en Mauritanie, en Ouganda, au Soudan, au Tchad, et au Zimbabwe. En Mauritanie, l’éminent militant anti-esclavage Biram Dah Ould Abeid a été incarcéré pendant plus de quatre mois avec six collègues, pour “avoir menacé la sécurité de l’État”; cette accusation est liée à une manifestation jugée provocatrice contre des écrits d’universitaires islamiques utilisés pour justifier la pratique de l’esclavage. Au Kenya, la défenseuse et organisatrice de communauté Phylis Omido a été accusée d’incitation à la violence et de rassemblement illégal après avoir organisé une manifestation pacifique contre une usine de recyclage de batteries qui serait responsable d’une contamination au plomb dans la région de Mombasa. Elle a été acquittée en novembre.

Dans toute la zone, les défenseurs des droits humains ont vu leur travail sapé par l’ingérence et les actes d’intimidation de la police, et notamment en Guinée Équatoriale, au Kenya, au Malawi, en Mauritanie, au Nigeria, en Ouganda, en RDC, au Sénégal, au Soudan et en Tanzanie. En Ouganda, la police de Fort Portal a intensifié les actes de harcèlement contre les membres du Twerwaneho Listerners Club –TLC (Club des Auditeurs Twerwaneho); elle les a fréquemment convoqués devant le procureur, qui les mettait en garde contre d’éventuelles accusations pénales, dont “incitation à la violence” et “sectarisme”, en réaction au plaidoyer du TLC contre les expulsions illégales. Au mois de mai, dans la région de Gulu, la police a perquisitionné sans mandat un centre d’accueil dirigé par un groupe qui défendait les droits des femmes. Les policiers ont saisi des ordinateurs, des documents et d’autres matériels de bureau, et ils ont accédé à des comptes e-mails personnels. Cinq membres de l’organisation, qui travaillait aussi sur le travail sexuel, ont été accusés de “vivre des gains de la prostitution”. Au Zimbabwe, la police a lancé une chasse à l’homme contre des membres de Gays and Lesbians of Zimbabwe –GALZ (Gays et lesbiennes du Zimbabwe) et ont perquisitionné les bureaux de l’organisation en août. Les policiers ont affirmé qu’ils cherchaient des documents illégaux et dangereux, et ont arrêté 44 membres qui assistaient à une réunion au moment de la perquisition.

Au Soudan, l’espace de la société civile indépendante reste limité; les DDH ont été arbitrairement arrêtés et victimes d’intimidation, maltraités et torturés, en particulier lorsqu’ils étaient entre les mains des Services de renseignements et de la sécurité nationale. Les organisations de la société civile ont été publiquement accusées de travailler pour les intérêts étrangers et trois organisations ont été fermées en décembre. Il n’y a aucun espace pour la société civile indépendante en Érythrée, où des douzaines de journalistes et autres voix dissidentes sont toujours sous le coup de lourdes peines sans charge. En août, certaines sources ont révélé que trois des dix journalistes arrêtés lors de la vague de répression de 2001 sont décédés en prison.

Aucun progrès significatif n’a été réalisé pour lutter contre l’impunité liée aux assassinats de DDH ces dernières années. Bien que les personnes suspectées d’avoir participé aux assassinats de Floribert Chebeya (République Démocratique du Congo) en 2010, et d’Ernest Manirumva (Burundi) en 2009, aient été jugées en appel, tout espoir que justice soit rendue sont vains; les demandes pour l’ouverture d’enquêtes sur de hauts représentants des services de sécurité des deux pays, qui seraient impliqués dans ces meurtres, continuent d’être ignorées.

URGENT CASES

Membres de GALZ
2013/06/8

Le 6 juin 2013 vers 11h, cinq inconnus armés de marteaux ont forcé l’entrée des bureaux de l’organisation Gays and Lesbians of Zimbabwe (GALZ) à Harare.

Lydia Mukami
2013/06/6

À l’aube du 1er juin 2013, la défenseuse des droits humains Mme Lydia Mukami a été abandonnée dans la brousse après avoir été enlevée par des inconnus qui l’ont agressée pendant plusieurs heures.

Affiche annonçant la veillée
2013/06/1

Le 27 mai 2013, au moins neuf défenseurs des droits humains ont été arrêtés, dont messieurs Manuel Nito Alves, Albano Bingo, Nicola, Domingos Cipriano « Aristocrata », Adolfo Miguel Campos André, Graciano, Ferbern, Emiliano Catumbela « Ticreme », et...

Geoffrey Wokulira Ssebaggala
2013/05/28

Le 28 mai 2013, la police ougandaise a arrêté le défenseur des droits humains Geoffrey Wokulira Ssebaggala alors qu’il participait à une manifestation pacifique appelant à la réouverture de quatre organes de presse...

(de gauche à droite)  Victor Munene, Lydia Mukami et  Paul Muchira.
2013/05/28

Le 25 mai 2013, une réunion de la Mwea Foundation , une organisation populaire de producteurs de riz dans la circonscription de Mwea, a été interrompue par l’adjoint du gouverneur du comté de Kirinyaga. Ce dernier s’est adressé aux personnes...