La défenseuse des droits humains égyptienne Mona Seif sélectionnée au Prix Front Line 2012 pour les défenseur-ses des droits humains en danger
Mona Seif a attiré l'attention du monde en couvrant, grâce aux médias sociaux, les évènements qui se sont produits au Caire le 25 janvier 2011, ainsi que la répression policière qui s'en est suivie. En réponse aux arrestations de manifestants par l'armée, elle a lancé son propre mouvement en s'opposant aux décisions du Conseil suprême des forces armées (SCAF), à leurs procès militaires et aux détentions de civils.
Le mouvement No Military Trials for Civilians (pas de procès militaires pour les civils) a été une "force galvanisatrice" parmi les révolutionnaires égyptiens, mais a aussi relevé le défi d'exposer les crimes du régime du SCAF contre les détenus. À travers des écrits et des vidéos de témoignages, son blog Tahrir Diaries (Journal de Tahrir) révèle les abus perpétrés par les militaires contre la révolution qu'ils ont un jour prétendu sauver.
Les défenseur-ses des droits humains en Égypte étaient en première ligne du mouvement pour la démocratie et les droits humains en Égypte. Depuis de nombreuses années, ils sont persécutés: ils sont menacés, harcelés, victimes d'arrestations arbitraires et de fausses accusations, stigmatisés, maltraités, torturés et violemment agressés. Le cadre juridique relatif à l'enregistrement des ONG de défense des droits humains est très restrictif. Les manifestations pacifiques en faveur des droits humains sont violemment réprimées par la police.
Mona Seif est chercheuse contre le cancer dans un laboratoire, pourtant elle est plus connue en tant que blogueuse et militante des droits humains. Elle a grandi dans une famille de militants et poursuit son héritage.
Mona a été placée en détention et passée à tabac le 16 décembre 2011 après une manifestation devant le bureau du Premier Ministre. Elle a été libérée le jour même et a immédiatement relayé au monde les actes de torture, les coups et les mauvais traitements infligés aux prisonniers, y compris aux femmes et aux enfants, dont elle a été témoin pendant sa détention.
Mona a commencé en mettant sur pied une campagne mondiale sur internet afin de faire libérer son frère, Alaa Abd El Fattah, lorsqu'il a été arrêté lors d'une manifestation en 2006 et incarcéré pendant 45 jours. Pendant la révolution, entre le 25 janvier et le 5 février, toute la famille de Mona était sur la place.
Pour intimider Mona et ses collègues, le procureur l'a citée à comparaître le 2 juin, et soupçonnée d'être à l'origine d'un incendie criminel contre le siège de campagne du candidat à l'élection présidentielle Ahmad Shafiq.
"J'ai toujours su que je militerai en politique. Je suppose que cela fait partie, en quelque sorte, de mon héritage". "Mais je devais trouver mon propre espace, une façon de laisser mes propres marques". "En utilisant Twitter, les réseaux sociaux et mon téléphone, en travaillant sur des affaires de détentions, de procès militaires et de torture, j'ai trouvé mon propre espace. J'ai trouvé ma propre façon de faire partie de tout ceci".
Mona Seif se concentre principalement sur les individus détenus par l'armée, qui sont privés de procédures régulières ou d'une représentation juridique. Elle parle aussi ouvertement des différents abus dont sont victimes les hommes et les femmes dans une société toujours profondément conservatrice.
"Aux gars, ils disent que l'officier leur a dit de ne pas arrêter de les battre jusqu'à ce qu'ils disent 'longue vie à Mubarak'. Et les filles, ils les alignent et leur demandent qui est vierge et qui ne l'est pas; et à celles qui répondent qu'elles le sont, ils leur envoient quelqu'un, un officier en blouse blanche, elles pensent donc qu'il est médecin, qu'il va vérifier si elles sont vierges ou non, en menaçant celles qui ont menti à propos de leur virginité de les poursuivre pour prostitution. Et vous pouvez voir que cela visait juste à briser leurs esprits. Parce qu'en Égypte, dans cette culture, rien ne briserai leur esprit plus que ça".
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